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Hollywood bientôt plus vert grâce à TheGreenshot

« On veut devenir la référence aux Etats-Unis! » L’ambition de TheGreenshot, une entreprise belge qui a développé un logiciel et une app qui mesurent l’empreinte carbone de productions audiovisuelles, est claire. La société, sorte d' »Odoo du 7e art », entend clairement se positionner à Hollywood, alors que le cinéma américain, le premier marché mondial, acccélère sa mue vers une production de films plus durable, déjà entamée en Europe.

La start-up bruxelloise a vu le jour en juin 2021, fruit du constat de son fondateur et co-CEO Max Hermans, qu’il manquait d’outils digitalisés pour le suivi financier des productions audiovisuelles, qu’il s’agisse de films, séries, documentaires ou d’émissions de divertissement. Ce trentenaire était, avant cela, régisseur général en charge de la logistique des tournages, notamment sur de grosses productions internationales. Il a testé son outil, doté d’une couche d’IA propriétaire à même de traiter des milliers de dépenses et d’en extraire les données carbone correspondates, durant le tournage du film « Annette », qui a reçu le prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 2021.

Le tout dans un secteur recourant à des travailleurs très temporaires, parfois engagés pour une seule journée. Il a dès lors développé un logiciel et une application mobile de gestion de tournages, que ce soit en termes de planning ou de payroll, avec les prestataires qui peuvent encoder leurs prestations ou notes de frais. Il a ajouté à cela la mesure de l’empreinte de CO2.

Vers une première levée de fonds

Et, depuis, le succès ne se dément pas, à l’image des prix et reconnaissances reçues (Solar Impulse Fondation, EFM Berlinale Startup, PwC Climate Tech Start Up, etc.).
D’un chiffre d’affaires de 300.000 euros en 2022, TheGreenshot est passé à des revenus de 7,2 millions en 2024, et l’exercice 2025 devrait être du même acabit. L’entreprise est particulièrement soutenue par ses partenaires bancaires (Belfius et Triodos), Europe Creative, Start.Brussels & Finance & Invest Brussels et n’a encore jamais levé de fonds auprès d’actionnaires extérieurs.

 

 

La start-up bruxelloise, installée à Ixelles, prépare toutefois une levée de fonds, dans une fourchette de 5 à 6 millions d’euros. De quoi lui ouvrir plus grand encore les portes du marché américain, où la start-up bruxelloise entend devenir la référence dans son secteur.

Avant cela, elle s’est étendue via la France, pays où le reporting des émissions carbone est devenu obligatoire pour obtenir un visa d’exploitation du Centre national du cinéma, un peu à l’image de ce qui existe en Wallonie avec le fonds d’investissement public Wallimage qui diminue son soutien sans rapport d’impact. En 2023, TheGreenshot a ainsi acquis la start-up Ooviiz, qui avait développé un outil permettant aux producteurs de planifier les ressources humaines et matérielles et d’ainsi réduire les émissions des tournages. Car une journée de tournage a un impact environnemental conséquent: environ 3,3 tonnes de CO2 en moyenne.

 

Max Hermans, CEO de TheGreenshot – ©TheGreenshot

Le plus gros contrat de son histoire

Grâce à ce rachat, la société de Max Hermans s’est retrouvée en contact avec de grands acteurs de l’audiovisuel français comme M6 ou France Télévisions, qui a eu recours à l’outil de planning pour ses quelque 3.000 intermittents durant les Jeux Olympiques de Paris en 2024. Une présence hexagonale qui a sans doute fini par convaincre un véritable géant du secteur de signer avec elle. Il y a quelques semaines, c’est ainsi le groupe audiovisuel français Banijay qui s’est associé avec TheGreenshot pour calculer l’empreinte carbone de ses productions, vendues à des chaines de télévision et aux grandes plateformes de streaming. Et on ne parle pas de petits programmes: The Voice, Koh-Lanta, Star Academy, Fort Boyard, Black Mirror, Peaky Blinders, Versailles, etc.

Banijay, société de l’entrepreneur français Stéphane Courbit, c’est près de 5 milliards de chiffre d’affaires attendus en 2025, plus de 220.000 heures de contenus et plus de 130 labels créatifs, pour lesquels il faut comptabiliser l’énergie consommée, les déchets, les transports utilisés ou encore les emballages. Un processus qui se faisait manuellement jusqu’à présent. Et, dorénavant, ce mastodonte recourra aux services (et au logiciel GreenPro, disponible en 11 langues) de la plus si petite structure belge – plus de 50 personnes tout de mêrme – pour calculer l’empreinte carbone de ses productions dans 25 pays. Il s’agit tout simplement du plus important contrat d’un point de vue géographique de l’histoire de TheGreenshot.

Comment avoir réussi à décrocher un tel contrat ? « Dans ce milieu, soit on arrive à décrocher un contrat depuis le haut de la pyramide, soit, à l’inverse, on entre dans un groupe via une des sociétés de production. C’est ce qui s’est passé pour Banijay », se souvient Max Hermans.

A la conquête d’Hollywood

L’année à venir s’annonce très bonne pour le co-CEO, puisqu’il s’attend à conclure deux autres contrats « très importants » dans les mois à venir. Et il l’assure, sa boîte est prête à les assumer. « On ne travaille pas dans l’urgence », affirme-t-il. « On dimensionne et on structure les équipes, avec différents profils. Trois personnes gèrent chaque projet et se partagent les tâches. »

 

© TheGreenshot

L’Europe, donc, en particulier avec la Belgique et la France, mais aussi les Etats-Unis. En mai 2024, un an après l’acquisition d’Ooviz, la start-up a racheté Earth Angel, une société spécialisée dans la réduction des émissions carbone des productions de films et qui a été impliquée dans quelque 180 productions, dont celles de « Spiderman 2 » ou de « Killers of the Flower Moon ». C’était là sa porte d’entrée à Hollywood et à AppleTV, HBO ou Warner. Elle y a en effet des bureaux à Los Angeles, mais aussi à Atlanta et New York, où se trouve son siège, et à Vancouver et Toronto au Canada. Autant d’implantations qui sont aujourd’hui dans l’escarcelle de TheGreenshot, en plus de celles déjà existantes en Belgique et en France.

L’entreprise belge est la première à s’implanter dans le secteur du reporting des émissions carbone aux Etats-Unis. « Certains ne se posent même plus la question de travailler ou non avec nous et on compte bien y devenir la référence », répète Max Hermans. Tout cela pemet à l’entreprise d’être assez résiliente si le marché européen ou américain devait s’arrêter un jour, puisqu’elle compte un total de plus de 400 clients dans son portefeuille.

© TheGreenshot

Après le cinéma, le luxe

De plus, les solutions de TheGreenshot pourraient bien être utilisées dans d’autres secteurs que l’audiovisuel, qui représente 85% de son activité. La start-up a par exemple fait son entrée dans le monde du luxe, qui dispose parfois de ses propres studios de tournage et qui organise des défilés de mode pleins de faste. L’événementiel pourrait être une autre verticale, réfléchit encore Max Hermans.

D’ici là, la prochaine étape pour l’entreprise bruxelloise consiste à développer un outil formulant des recommandations, précises et adaptées à chaque client, pour réduire l’empreinte environnementale sur base des données d’émission carbone, tout en continuant de déployer ses solutions de planning et payroll à l’international.

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