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Le mois des galeries et musées de Forbes

Les galeries bruxelloises explorent ce mois-ci les territoires intimes de la création. Chez Meessen, six artistes interrogent la portée de l’art face aux fractures du monde ; avenue Louise, Maruani-Mercier dévoile les toiles labyrinthiques d’Æmen Ededéen, nées du hasard et de la littérature ; tandis qu’à la Verrière, les peintures d’Elene Shatberashvili composent, de miroir en fenêtre, un autoportrait éclaté. Trois propositions, une même conviction : l’image comme refuge et comme éveil.

Meessen

Limites du désespoir/Sans limites à l’espoir rassemble six artistes, sur cette question : quel rôle joue l’art en ces temps de tourmente ? Madrugada, d’André Romão, accueille le visiteur de sa main en bronze surplombant six cloches, référence au tocsin dans le christianisme, le bouddhisme, l’hindouisme, ou les pratiques païennes prophylactiques de la Rome antique. Autre alerte poétique, Homeless Colors de Taysir Batniji, parisien originaire de Gaza, se compose de sept œuvres sur papier au crayon, feutre, stylo trouvés dans la rue, exercice méditatif qui le soustrait à la réalité du 7 octobre 2023. Building a Home with Time, du Libanais Stéphanie Saadé, forme un collier de 2 832 perles, un par jour entre sa naissance et la fin de la guerre civile libanaise et sa broderie We’ve Been Swallowed by Our Houses a transformé le plan de son appartement beyrouthin en labyrinthe, aux motifs de broderie des femmes syriennes contraintes de fuir leur pays. Les aquarelles faussement apaisées de la Belge Céline Cuvelier représentent le domicile d’une femme infanticide, bouleversant le rapport à l’image de presse réputée neutre. Concrete Faith, Fragile Minds du Hollandais Chaim van Luit trace une ligne de ciment, rappel des murs de protection, semée de fragments de verre coloré provenant de fouilles archéologiques aux Pays-Bas, qui ont révélé un atelier de vitraux de la fin du Moyen Âge. Enfin, les peintures de la Française Hanna Dubey recomposent l’acte de boire, illustration des premiers versets de la Genèse, où la lumière est source de vie.

Maruani-Mercier

La galerie de l’avenue Louise expose les toiles complexes, symphoniques, tempétueuses de la série The Glass Dream Game d’Æmen Ededéen (alias Joshua Hagler), qui joue du hasard et du choix, produisant des compositions complexes et oniriques. Ededéen emprunte son titre au Jeu des perles de verre, de Hermann Hesse, roman-poème mathématique où les joueurs réinterprètent le savoir humain. Ededéen fonde chaque tableau sur un choix aléatoire de six livres, qu’il appelle hexagramme, inspirée du I Ching, le livre divinatoire. Il écrit ensuite des « rêves », d’où naissent les peintures. Il dit : « Je ne sais pas de quoi traite l’œuvre, et c’est pour cela que je me donne le mal d’inventer un jeu, où accrocher cet amour de l’ignorance. »

« Under the skin », Æmen Ededéen, chez Maruani-Mercier

Ainsi, des images de doubles/jumeaux et de peau lui ont inspiré Under the Skin, qui raconte un renouveau personnel : la surface de l’œuvre semble chargée d’un corps vivant, et deux contours lumineux émergeant de part et d’autre, jusqu’à ce « qu’ils se perdent dans une sorte d’inversion figure-fond ».

À la Verrière

« Villa Atrata », Elene Shatberashvili

La complexité méditative d’Elene Shatberashvili fait écho à celle, opératique, d’Æmen Ededéen. Quatre, quatrième exposition personnelle de l’artiste et dixième exposition du commissaire Joël Riff à la Verrière, invite cette artiste géorgienne née à Tbilissi, formée à Paris et Hambourg. Ses autoportraits, scènes du jour et natures mortes déclinent les icônes de son pays avec des couleurs vibrantes et un jeu de reflets à travers miroirs et fenêtres, surfaces qui renvoient aussi au reflet de son visage. En ce sens, souligne le commissaire, « ses toiles peuvent être perçues comme autant de fragments d’un autoportrait. »

www.fondationdentreprisehermes.org

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