Dans une serre high-tech du port de Gand, un projet inattendu bouscule les codes sur la dépollution des sols. OVMB, la filiale environnementale du groupe Eiffage Construction BeLux, associée aux innovateurs belges de C-biotech et C-ground, a mis au point une solution pionnière en Europe pour extraire les “polluants éternels tels que les PFAS.
“Les PFAS constituent aujourd’hui l’un des plus grands défis en matière de dépollution des sols, en Belgique comme à l’étranger”, déclare Maarten Taelemans, administrateur délégué d’OVMB. “En unissant nos forces, nous explorons une alternative durable, évolutive et porteuse de perspectives pour de futurs projets.”
Une innovation belge pour un problème mondial
Les PFAS sont présents dans une multitude de produits industriels et de consommation (des emballages anti-adhésifs aux mousses anti-feu) et leur extrême stabilité chimique fait qu’ils ne se dégradent pratiquement jamais. Résultat ? Ils s’accumulent dans les sols et les eaux, avec des liens vérifiés à des problèmes de santé graves, comme le cancer ou des troubles hormonaux.
La Belgique, selon une étude commandée par la Commission européenne, est même une zone à risque extrême, où 100% de la population vit dans une zone exposée à ces polluants, dont 20% dans une zone à haut risque.

Face à cette urgence sanitaire et environnementale, la réponse de l’industrie a longtemps consisté à excaver puis enfouir les terres contaminées. Une solution coûteuse, partielle et loin d’être durable.
Le chanvre comme machine à dépolluer
C’est ici que l’innovation belge entre en jeu. Dans une serre 100% contrôlée, une équipe teste un mélange unique de chanvre industriel (non psychoactif) et d’additifs de sol capables de capter et extraire les PFAS du terrain.
Grâce à son système racinaire profond et à sa croissance rapide, le chanvre absorbe les polluants tandis que les additifs favorisent leur mobilisation dans une biomasse qui peut ensuite être éliminée en toute sécurité.
“Ce projet démontre comment l’innovation et la collaboration peuvent conduire à des solutions durables et concrètes pour des problématiques environnementales complexes”, explique Herman Backaert, Innovation Manager chez C-ground. “La serre fermée nous permet de tester la dépollution des PFAS de manière contrôlée, sûre et accélérée.”
Un ancrage local, une ambition globale
Ce qui rend cette initiative particulièrement remarquable pour Forbes.be : il s’agit d’une première européenne avec une forte implication locale. La serre test a été conçue et construite directement à Gand, créant des emplois spécialisés et renforçant l’écosystème innovant belge en matière de technologies vertes.

Ingmar Nopens, Managing Director chez C-biotech, ajoute : “Plutôt que de déplacer le problème vers une décharge, nous voulons créer des sols sains pouvant être réutilisés. Il n’existe pas de solution miracle, mais une approche ex situ comme celle-ci est indispensable pour les sites où l’excavation est la seule option.”
Vers une révolution verte ?
Les partenaires envisagent déjà une montée en puissance du procédé si les résultats des tests se confirment, avec l’objectif de traiter des volumes de sols bien plus importants.
Dans un contexte où les coûts de dépollution et de santé associés aux PFAS pourraient atteindre des centaines de milliards d’euros, cette innovation belge pourrait bien devenir un modèle exportable à l’échelle mondiale, et placer la Belgique au cœur d’une révolution verte concrète, là où la science, l’industrie et l’environnement se rencontrent.
