CEO de la société belge d’équipements médicaux IBA depuis 2012, il a co-créé l’année dernière Oncia Community, une fondation qui développe des maisons de soin intégratives partout dans le monde. Par conviction scientifique, et engagement humaniste.
« Les avancées scientifiques et techniques sont en train de rendre les cancers maladies chroniques, grâce notamment à la détection précoce. Dans les années à venir, on pourra très bien traiter et gérer ces pathologies. Mais je crois aussi à un accompagnement holistique. Les effets bénéfiques complémentaires d’une vie sociale harmonieuse, de la pratique de sport et de la proximité du Beau renforcent l’action des traitements médicaux ».
Olivier Legrain gère 2500 employés pour IBA dont le chiffre d’affaires s’élève à 500 millions d’euros, et distribue à l’international des accélérateurs de particules destinés à la radiothérapie et à la médecine nucléaire. L’entreprise est également experte en protonthérapie, une version avancée de radiothérapie. Outre son poste à responsabilités – il supervise des contrats de plusieurs dizaines de millions d’euros avec les centres de traitement du cancer les plus avancés au monde – ce père de famille attentif s’engage dans la promotion concrète d’un environnement soutenant pour les malades et leurs proches.
Investir dans des maisons de soins intégratives
Avant de s’ancrer à Louvain-La-Neuve près du siège d’IBA fondée il y a 40 ans en étroite collaboration avec l’UCL, Olivier Legrain a enchaîné douze années d’expatriation entre Stockholm, Washington D.C. et Paris. Il a ensuite navigué plus d’un an sur l’Atlantique Nord avec sa femme et ses deux fils, en suivant les alizés. De retour de cette parenthèse sabbatique et suite au diagnostic de cancer du sein reçu par l’une de ses collaboratrices, il a découvert les « Maggie’s Houses», établissements non-médicalisés construits au Royaume-Uni près ou dans des campus d’hôpitaux. On y propose une prise en charge morale et familiale pour les patients, dans l’objectif de leur redonner l’envie de vivre, de bouger, de sociabiliser. Dans ces maisons dessinées pro bono par des architectes de renom, les résidents peuvent accueillir leurs proches et se faire des amis, recevoir des massages, se former à l’art thérapie… Elles s’ouvrent sur de grandes cuisines communautaires, et chacune dispose d’un vaste jardin ressourçant. Les maisons sont designées pour offrir un « wow effect ». « Je crois que la beauté peut participer au traitement des patients ».
Grâce au réseau international d’IBA, Olivier Legrain a donc initié la fondation Oncia Community, qui finance le développement de maisons de soins intégratives selon le même modèle que les « Maggies », qui restent des projets indépendants localisés en Angleterre. En collaboration avec le très réputé centre de traitement du cancer MD Anderson de Houston, Oncia mène des recherches sur l’impact de ce type de structures dans l’amélioration de l’efficacité des protocoles médicaux. « Notre fondation fédère tout le secteur, y compris nos concurrents qui nous rejoignent dans le projet pour stimuler et financer des essais cliniques, puis les faire publier dans la presse scientifique ».
L’art de mobiliser
Grâce à des appels de fonds pour un montant de 1,5 millions d’euros répartis sur 3 ans, Oncia développe actuellement une maison de soin intégrative à Valencia (dans le sillage de l’implémentation de 10 centres de Proton Thérapie en Espagne financée en partenariat avec la fondation Amancio Ortega – INDITEX), et deux autres projets sont en construction près de Sao Paulo et à Taïwan, toujours avec la participation des institutions locales. « Parallèlement, l’ambition est de stimuler l’écosystème des sites d’implantation, en activant la philanthropie. Oncia apporte la méthode et amorce la pompe, puis les hôpitaux partenaires qui disposent généralement d’un très important réseau de donateurs prennent le relais. C’est un projet plein de sens », se réjouit Olivier Legrain. Très vite, cette fondation qui est partie de quelques bonnes volontés a motivé des investisseurs et généré du bénévolat de compétences : quatre postes d’employés y sont désormais dévolus à plein temps.
La science du bon et du beau
Le CEO d’IBA préside depuis 2024 cette fondation avec beaucoup de passion : « je crois à l’intelligence collective. Ces activités sont très complémentaires avec notre mission du point de vue scientifique et technique. Nous sommes tous touchés à un moment ou à un autre par la question du cancer. Je dédie ma vie à la lutte contre ces maladies avec IBA, mais je sais aussi que même si la technologie est extraordinaire, elle ne fait pas tout. Un accompagnement holistique augmente son efficacité. Dans ces maisons intégratives la configuration des lieux, la musique, l’architecture, soignent aussi. Un jardin, un tableau, ça peut faire partie du traitement ».
« Nous sommes tous touchés à un moment ou à un autre par la question du cancer »
Avec son épouse Natacha Mottard, Olivier cultive parallèlement depuis dix ans un projet pluridisciplinaire de galerie d’art, baptisé LMNO. Une dizaine d’artistes y mettent en lien la science, l’art et l’environnement, « pour se projeter dans un futur désirable ». Depuis le mois d’avril, LMNO, dont Natacha est la directrice, a obtenu de la Ville de Bruxelles l’autorisation d’investir les deux anciens pavillons d’octroi situés à l’entrée du bois de la Cambre. L’un de ces bâtiments accueille la galerie, l’autre est aménagé en « project room ». « Ces pavillons marquent à la fois l’entrée de la ville et la porte vers la nature. Arriveront bientôt des projets de films et des rencontres organisées autour de l’impact social de la culture et de notre relation à la biosphère ». Olivier Legrain n’a pas fini de semer.
