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Quels sont les quartiers bruxellois qui ont le vent en poupe ?

La géographie Horeca de la capitale se redessine alors que les points de gravité se déplacent. Certains quartiers ont le vent en poupe. Un vent parfois imperceptible mais sensible. Décryptage avec Grégory Sorgeloose, co-gérant du cabinet Sorgeloose&Trice spécialisé dans la cession de commerces.

Les zones d’intérêt de la capitale évoluent et se déplacent. Certains quartiers perdent de leur attrait; d’autres se réveillent. «Bruxelles préfère muter par vagues, par frémissements, par quartiers, par zones et par coups d’éclat de restaurateurs visionnaires. Ce lent tremblement permanent crée aujourd’hui un phénomène plutôt grisant…», commente Grégory Sorgeloose, qui se nourrit de ces balbutiements assimilables à des battements de cœur que d’autres ne sentent souvent qu’après-coup.

Certains quartiers s’envolent, d’autres s’assoupissent

Pour ce spécialiste qui participe activement de ces frémissements et s’est récemment confié au magazine professionnel Horeca Bruxelles, des zones entières -longtemps considérées comme des terres vierges ou des “non-quartiers”- deviennent soudain les terrains de jeu d’une génération fertile où les idées donnent naissance à des projets novateurs.

«Dans la catégorie des étoiles montantes, précise-t-il, le quartier Plasky avance à pas feutrés mais sûrs. Pas d’effet d’annonce, mais une montée en puissance organique, portée par un tissu résidentiel dense, des commerces qui se réinventent et une attractivité qui ne demande qu’à être exploitée».

Des exemples? «Perruche, nouvellement repris, a mué en Chez Tom, tandis que son voisin d’en-face, l’inamovible restaurant italien Le Max, a déposé les armes et passé la main à un développeur réputé qui ne ratera pas l’occasion de réussir son pari à cette adresse». Une explication? «Les développeurs s’y intéressent enfin, séduits par un équilibre rare: des loyers encore acceptables, une population jeune et un potentiel narratif».

Les quatre Mousquetaires: Plasky, Dumon, Cocq et Châtelain

Selon Grégory Sorgeloose, le même mouvement -mais en version plus assumée- est perceptible place Dumon, à Stockel. «Moderne, rénovée, plus harmonieuse que jamais, elle retrouve une seconde jeunesse là où on la catégorisait autrefois au rayon rhumatisme et thé dansant. Les enseignes y arrivent avec prudence mais conviction, sachant qu’un quartier où le pouvoir d’achat est solidement établi finit toujours par attirer les concepts les plus soignés».

Des exemples? «C’est déjà le parti (gagnant) pris par Journal, Cali, Rhubarb Café et prochainement par le Shake Hands nouvelle génération, encore dans sa chrysalide».

Après Waterloo, Cali vient d’ouvrir à Woluwe-Saint-Pierre (Stockel).

Et puis il y a le cas d’école : Fernand Cocq. Preuve vivante, selon l’expert du trottoir commerçant toujours, que dans les quartiers densément peuplés, la rénovation bien pensée de l’espace public agit comme un diffuseur de bonnes ondes. «La nouvelle place, piétonne et accueillante, a induit l’arrivée d’enseignes à forte identité –Brasserie Boemvol, Booza, Panam– ou les reprises ambitieuses comme celles de Contrebande ou du Sucré Salé, encore en gestation mais avec des concepts qui enverront du lourd. En quelques années, le quartier a changé de dimension. Il respire mieux, séduit davantage, attire une clientèle plus jeune, plus mobile, plus encline à l’expérimentation et nullement ennuyée par les sempiternels sujets de mobilité. L’Horeca, en bon baromètre social, n’a fait que suivre la logique», conclut-il.

La place Fernand Cocq telle qu’elle avait été repensée en 2017 par les décideurs politiques.

Autre quartier, autre exemple: celui déjà archi-connu et couru du Châtelain. Autrefois véritable place-to-be-to-eat, il a progressivement perdu, à force de s’autocongratuler en s’endormant dans un renom glorieux, de son pouvoir de séduction au profit d’autres zones. «Mais après une phase de repos végétatif, le quartier repart de plus belle, notamment suite aux douloureux travaux de piétonisation de la place».

Des exemples? «Maison Poesy, Gratin, Must, Baci, Chez Jacky, Café Club: une succession de nouvelles enseignes qui, sur un autre territoire, aurait déjà saturé le marché. Pas ici. Cette hyperactivité crée une énergie rare», constate le spécialiste. Avant de mettre un bémol et d’admettre que cette effervescence a son prix: l’accessibilité se dégrade à vue d’œil et les clients historiques -plus âgés, souvent plus aisés- abandonnent peu à peu un quartier devenu un casse-tête pour y arriver autant que pour s’y garer au prix fort. Les annulations de dernière minute y sont le nouveau sport local dans la tranche 40-70. À force de réussite, le Châtelain a changé de public… et donc de rythme.

Le restaurant Must, rue Américaine à Ixelles.

L’effet loco

Ailleurs, un autre phénomène s’installe : l’effet “locomotive”. Un exemple? La place du Miroir, à Jette. «Elle n’a jamais été considérée comme un hotspot Horeca. Mais l’arrivée d’une enseigne forte, presque iconique, suffit à modifier les équilibres. C’est d’ailleurs ce qui se produira prochainement quand tout le monde aura intégré l’identité du repreneur de la vénérable Brasserie du Miroir. On prend les paris?», risque l’observateur aguerri. Selon ce dernier, l’Horeca y était routinier et tout sauf créatif -un reproche récurrent du Nord de Bruxelles, qui souffre d’un manque cruel de créativité dans les concepts qui s’y développent. Mais le réveil a sonné…», promet l’acteur de terrain. Selon lui, les quartiers périphériques ont une vertu: la densité y est élevée, le renouvellement démographique rapide, le potentiel immense. Avec un pilote solide, la montée en gamme peut être fulgurante. «La place du Miroir n’en est qu’au début de sa nouvelle histoire. Rendez-vous dans trois ans pour vérifier à quel point un seul acteur peut changer le destin d’une place entière».

Les non-quartiers…

Plus surprenant, l’émergence la plus notable de l’année écoulée se situerait dans les “non-quartiers”, ces zones ignorées, délaissées, qui n’attiraient personne. «La génération Y, puis Z, n’a pas eu d’autre choix que d’y chercher son salut. Les loyers centraux étant devenus stratosphériques, les jeunes restaurateurs et restauratrices se sont aventurés ailleurs. Avec audace et créativité, d’ailleurs».

Un exemple? «Risquez-vous au bout de la rue de Flandre: les interstices urbains s’y animent et la zone reliant le Marché aux Poissons, Sainctelette et le futur musée Kanal-Pompidou devient l’un des terrains encore vierges les plus prometteurs de la capitale. Barge, pionnier incontesté ouvert le long du boulevard d’Ypres, a prouvé qu’un établissement visionnaire peut redéfinir un périmètre entier. Et lorsque Kanal ouvrira, la bascule sera totale!», assure notre témoin.

… et ceux en pantoufles

Face à ces dynamiques puissantes, certains quartiers afficheraient une stabilité endormie presque rassurante: Ils fonctionnent, remplissent, séduisent… mais n’inventent plus.

Des exemples? «Le parvis de Saint-Gilles, tout comme son cousin de Saint-Pierre, restent des lieux vivants mais qui ne surprennent plus vraiment. La place Brugmann, quasi parfaite mais immobile, continue elle aussi à jouer son rôle de réserve naturelle d’expatriés et d’exilés fiscaux. Flagey, pourtant gorgé de potentiel, n’a connu que peu de secousses récentes, hormis l’arrivée notable de Barracuda (Big Mamma Group). Quant à Saint-Boniface, il conserve son charme mais manque de nouvelles narratives même si l’arrivée du Ratz Food Market pourrait, avec un peu de chance, lui redonner du tonus».

La trattoria Le Barracuda, place Flagey. Le groupe Big Mamma gère déjà 26 restaurants italiens dans 7 pays.
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