Le marché de la seconde main pour les sacs à main de luxe n’est plus simplement une question de shopping durable. Pour de plus en plus de consommateurs, c’est aussi un moyen de préserver, voire de générer de la valeur. Depuis 2012, le belge Labellov a su capter cette évolution et accélère désormais sa croissance avec une acquisition et un nouveau PDG.
Labellov est une plateforme anversoise dédiée à la mode de luxe d’occasion, lancée en 2012. Aujourd’hui, elle s’impose comme le leader du marché du luxe de seconde main au Benelux. Labellov a enregistré un chiffre d’affaires de 7 millions d’euros en 2024 et est rentable depuis sa création, une rareté dans un secteur souvent financé par du capital-risque où l’expansion se fait à perte. En 2025, l’entreprise a amorcé une nouvelle phase de croissance en prenant deux décisions stratégiques majeures : l’acquisition de Designer Wish Bags et la nomination de Babs Van de Mierop (30 ans) comme PDG. Grâce à cette combinaison, Labellov vise un chiffre d’affaires d’au moins 9 millions d’euros, un objectif qui semble déjà à portée de main.
Une entreprise ambitieuse
Pour Babs Van de Mierop, tout s’est aligné au bon moment. « Je cherchais une entreprise avec une forte croissance et une vision ambitieuse pour l’avenir », explique-t-elle. « Birgit, Elien, Nina et le reste de l’équipe ont déjà fait évoluer Labellov de manière impressionnante jusqu’à 7 millions d’euros de chiffre d’affaires. Ils ont posé des bases extrêmement solides auprès d’une clientèle fidèle grâce à des années d’engagement envers l’authenticité et un service personnalisé irréprochable. » Sur le plan personnel, le fit était tout aussi parfait. « Que ce soit des sacs à main complétait le tableau. J’adore la mode et j’ai toujours eu un faible particulier pour les sacs à main parmi mes achats importants. » Elle souligne aussi la culture d’entreprise : « J’ai également perçu une culture bienveillante où le plaisir a toute sa place, ce qui me semble essentiel. »
Son parcours explique en partie pourquoi Labellov l’a attirée. Babs Van de Mierop a précédemment travaillé chez Bain & Company et Bloom & Wild, où elle a allié stratégie et opérations. « Chez Bain, j’ai construit une base stratégique solide et appris à prioriser. Bloom & Wild était plus opérationnel. Cette combinaison me sert parfaitement aujourd’hui. »
La rentabilité comme choix délibéré
Si Labellov est rentable depuis 2012, ce n’est pas un hasard, selon Babs Van de Mierop. « Labellov n’a jamais surinvesti, par exemple en marketing, pour croître. Nous grandissons surtout grâce à des clients satisfaits, tant vendeurs qu’acheteurs, qui reviennent et nous recommandent à leur entourage. » Cette approche diffère du modèle classique du capital-risque. « Ce modèle consiste souvent à investir massivement pour croître vite, quitte à sacrifier la rentabilité au départ, en misant sur la taille pour redresser la barre ensuite. Nous préférons investir sélectivement, avec un souci de rendement, tant sur le plan organisationnel qu’en marketing. » Les piliers fondamentaux restent inchangés. « Authenticité, service personnalisé sans complications et sélection pointue des produits. C’est sur ces bases que nous continuons de bâtir. »

Une acquisition
L’acquisition de Designer Wish Bags s’inscrit parfaitement dans cette philosophie. « Cette opération s’est imposée avant tout grâce à notre alignement de valeurs avec Margareth », confie Babs Van de Mierop. « Elle propose depuis des années authenticité, un service personnel exceptionnel et une belle offre. » Stratégiquement, l’accord est complémentaire. « Labellov maîtrisait déjà l’ensemble des marques. Margareth y ajoute une expertise très spécifique sur Chanel, y compris sur des pièces vintage rares. De plus, elle a constitué une base de clients fidèles dans d’autres pays, notamment en Allemagne. » Sur le plan opérationnel, l’impact est resté limité. « Notre positionnement ne change pas. Margareth est entièrement intégrée à l’équipe et se concentre sur la relation client, tout en étant épaulée côté back-end par Labellov. » Les résultats suivent. « Avec Designer Wish Bags, nous visons déjà les 10 millions d’euros de chiffre d’affaires. »
Cap sur Delvaux
Selon Elien Migalski, directrice générale, le positionnement fort autour de Delvaux joue également un rôle clé dans cet objectif de chiffre d’affaires. « Delvaux est notre fierté belge. » Ce positionnement porte ses fruits à l’international. « Avec l’internationalisation marquée de la marque, nous constatons que des clients viennent chez Labellov spécifiquement pour des pièces rares de Delvaux. Cela génère du trafic, mais surtout de la confiance : qui comprend Delvaux comprend le luxe. »
La technologie au service de la confiance
L’IA joue un rôle de soutien dans ces vérifications d’authenticité. « Nous utilisons l’IA là où elle apporte de l’efficacité, sans compromettre l’expérience de luxe ni l’approche personnalisée », précise Elien Migalski. « Cela passe par des descriptions de produits automatisées, une couche supplémentaire dans notre contrôle d’authenticité et un service client optimisé. » L’authenticité reste le cœur absolu du métier. « Chaque article passe entre les mains d’un expert formé. Nous recourons aussi à l’imagerie microscopique pour détecter ce qui échappe à l’œil nu. L’authenticité n’est pas négociable. »
Perspectives d’avenir
Avec une équipe de onze personnes, Labellov reste délibérément compact, même si un recrutement ciblé est en cours. L’expansion internationale est à l’ordre du jour, la Belgique et les Pays-Bas constituant les premiers marchés cibles. Elien Migalski résume l’ambition : « Nous voulons être la référence du luxe d’occasion curé en Europe : reconnaissable, fiable, désirable. J’imagine un modèle scalable avec des hubs locaux dans des villes stratégiques, une logistique intelligente et un parcours client personnalisé qui évoque une expérience en boutique. Notre communauté Labellov grandit, en taille comme en fidélité, parce que nous misons sans relâche sur la curation, l’authenticité et le service personnel de haut niveau. »
Et ceux qui considèrent encore la seconde main comme un choix secondaire se trompent, selon elle. « L’occasion n’est pas une alternative. C’est un choix réfléchi. Le vintage est le nouveau luxe. L’avenir du luxe est circulaire, et ceux qui l’ont compris ont une longueur d’avance. »
