Quiconque sollicite aujourd’hui un prêt hypothécaire constate rapidement que le secteur financier ne fonctionne pas encore partout en temps réel. Côté façade, beaucoup a été numérisé : simulateurs, parcours d’inscription en ligne, portails pour le téléchargement de documents. Mais au moment où le temps compte vraiment — l’analyse de crédit — le processus demeure étonnamment manuel dans de nombreuses banques, avec à la clé de longs délais d’attente. C’est précisément ce goulot d’étranglement que la scale-up anversoise Oper entend éliminer.
Dans de nombreuses banques, le dossier démarre numériquement, mais s’achève encore manuellement. Des PDF sont ouverts, les données sont comparées visuellement et ressaisies, et les documents manquants ou mal soumis provoquent des allers-retours entre le client, le courtier, l’agence et le back-office. C’est cette couche manuelle qui ralentit le processus, et c’est là-dessus que se concentre la scale-up anversoise Oper.
L’entreprise développe des logiciels pour les banques et les prêteurs hypothécaires afin de traiter les demandes de crédit immobilier de bout en bout, avec un accent sur le « noyau décisionnel » : souscription, traitement des documents et vérifications de conformité. Pour ce faire, ils s’appuient notamment sur leur agent IA « Herman », qui prépare les dossiers comme un analyste de crédit junior : identifier les documents, vérifier leur exhaustivité, structurer les données et signaler les points d’attention à un analyste senior. Oper est actif sur six marchés européens et tire la majeure partie de son chiffre d’affaires de l’Europe germanophone ainsi que de l’Europe centrale et orientale.
Partager son expertise avec le marché
Fort de cette position, Oper a publié le rapport Mortgage Trends 2026: A New Era of Intelligent Mortgage Origination. Le document tient à la fois de l’analyse de marché et du plaidoyer : selon Oper, 2026 marquera le tournant où les banques devront passer des « hypothèques numériques » aux opérations hypothécaires assistées par l’IA, car les volumes repartent à la hausse tandis que les équipes de souscription ne suivent pas. Le rapport cite des benchmarks indépendants selon lesquels de nombreux prêteurs ont encore besoin de 9 à 14 jours ouvrables pour une approbation finale. Pour les dossiers plus complexes, ce délai peut s’allonger davantage. L’auteur du rapport n’est autre que l’homme derrière l’entreprise : Geert Van Kerckhoven, PDG et cofondateur. Après quinze ans passés dans le secteur bancaire, il a fondé Oper à partir d’une frustration qu’il observait à chaque demande de prêt hypothécaire ou presque : les clients vivent à l’ère du numérique, mais les décisions de crédit reposent encore trop souvent sur le « stare and compare » — comparer des documents à l’œil nu.
Les crédits hypothécaires constituent peut-être l’un des domaines les plus réglementés et conservateurs de la finance. « J’ai travaillé pendant quinze ans dans des banques, et quand on y réfléchit : oui, c’est réglementé et conservateur, mais il n’y a en fait aucune excuse pour ne pas utiliser la technologie », nous confie Geert Van Kerckhoven. Selon lui, la frustration des clients tient principalement au temps d’attente. « Beaucoup de back-offices comparent encore manuellement les documents. » Son objectif final est d’une simplicité presque déconcertante : « Vous visitez l’appartement de vos rêves et vous savez qu’une banque est prête à vous suivre. Vous envoyez un lien vers le bien et recevez immédiatement une réponse positive », explique-t-il. « Mais pour y parvenir, il faut d’abord résoudre toute cette paperasserie. »
Pourquoi est-ce si long ?
Geert Van Kerckhoven décrit la souscription comme le nouveau goulot d’étranglement : l’interface est numérisée, mais l’automatisation fait défaut dès qu’il s’agit de traitement des documents et d’interprétation des politiques. Le résultat : arriérés, inefficacité et ce qu’Oper décrit comme une crise structurelle du time-to-yes. Selon Geert Van Kerckhoven, les causes sont multiples. « Depuis la crise financière, beaucoup de règles se sont ajoutées. C’est logique, mais cela a alourdi les processus », observe-t-il. « Dans une banque classique, vous devez aujourd’hui fournir entre vingt et trente documents pour obtenir une approbation. Dans certaines de nos expérimentations, on atteint même trente à cinquante. Tout cela doit être relu et vérifié, et cela prend du temps. » De plus, les dossiers entrants sont souvent incomplets. « Les dossiers envoyés par une agence bancaire ne sont pas complets. Ils sont sans cesse renvoyés, ce qui crée un effet de ping-pong. »
Les conditions de marché jouent également un rôle. « La solvabilité se durcit. Les gens doivent apporter plus de fonds propres, justifier d’un portefeuille d’investissements plus étoffé et prévoir des garanties. Cela rend les dossiers plus complexes et exige davantage de preuves », poursuit-il. « En même temps, l’analyste de crédit est devenu un métier en pénurie. Cela se ressent inévitablement sur les délais de traitement. »
L’intelligence artificielle comme analyste junior
Les logiciels d’Oper sont conçus pour appuyer le raisonnement dans des cadres stricts de gouvernance et de conformité. « Le système analyse la demande de crédit en fonction de la politique de la banque », explique Geert Van Kerckhoven. « Nous identifions ce qui est nécessaire pour l’approuver, analysons les documents et réalisons l’analyse. De cette façon, nous épaulons l’analyste. » La répartition des rôles reste délibérément claire. « Notre agent IA fonctionne comme une sorte d’analyste junior. Il prépare les dossiers, mais ne peut pas prendre de décisions. C’est toujours un senior qui a le dernier mot. Aujourd’hui, Herman prépare tout pour lui. »
L’essentiel, c’est que l’IA ne « force » pas quand elle n’est pas sûre. « Nos algorithmes ne sont pas binaires. Ils produisent un raisonnement complet », déclare Geert Van Kerckhoven. « Herman peut aujourd’hui exécuter environ 42 tâches, et nous mesurons tout tâche par tâche. » S’il reçoit des fiches de paie autrichiennes pour une banque belge qu’il ne reconnaît pas, il s’arrête. « Pas d’hallucinations. S’il ne connaît pas quelque chose, il l’admet et un analyste senior prend le relais. »

Sur les rails de la banque
Oper n’utilise que les données auxquelles les banques ont elles-mêmes accès aujourd’hui. « Nous travaillons avec les sources de données de la banque et nous entraînons le modèle sur ses politiques », précise Geert Van Kerckhoven. « Nous n’utilisons pas de sources externes qu’une banque n’utiliserait pas déjà à l’heure actuelle. Notre priorité est d’accélérer les processus existants et de détecter les problèmes en amont. » En pratique, le plus grand gain se situe selon lui au moment de l’accueil du dossier. « Nous intervenons tout au long du parcours : collecte, structuration et préparation. Cela permet d’obtenir un dossier de bien meilleure qualité pour la souscription. » Le pouvoir de décision reste toujours du côté de la banque. « Si notre système dit non et que la banque veut dire oui, c’est la banque qui décide. Point final. »
Gagner en scalabilité
Dans son rapport, Oper souligne que les banques souhaitent relancer leurs volumes hypothécaires sans augmenter proportionnellement leurs coûts structurels. Selon lui, cela ne fonctionne que si les processus sont conçus pour être évolutifs. Geert Van Kerckhoven le constate chaque jour chez ses clients : « Quand je discute avec des CEO, ils disent tous la même chose : les analystes de crédit sont les profils les plus difficiles à trouver. Parmi les personnes qui partent à la retraite, un sur cinq à peine est remplacé. » Le problème, selon lui, ne réside pas dans l’ambition, mais dans la capacité. « Les banques veulent croître de dix à vingt pour cent, mais elles ne trouvent pas les talents. Pour chaque point de pourcentage de croissance de votre portefeuille hypothécaire, vous devez aujourd’hui embaucher du personnel supplémentaire, car les processus ne sont pas scalables. C’est exactement le problème que nous résolvons. »
Une vérité qui dérange
Lorsqu’on lui demande d’énoncer une vérité dure que personne n’aime exprimer, Geert Van Kerckhoven hésite un moment, puis répond : « Les banques devraient arrêter le jeu des taux en Belgique. » Et d’expliquer : « Les banques doivent légalement afficher un tarif et peuvent descendre en dessous, mais cela ne repose guère sur de véritables données de segmentation. C’est un jeu où une large part de jugement est laissée à l’agent. » Selon lui, on pourrait faire plus efficace et plus rentable. « Avec une bonne segmentation, le client serait plus satisfait, resterait plus longtemps chez sa banque et les établissements obtiendraient des marges plus élevées. »
Vers des décisions en temps réel
Pour les cinq années à venir, l’ambition de Geert Van Kerckhoven est claire. « Je veux tendre vers une sorte de décision de crédit en temps réel », affirme-t-il. « Pas dans tous les cas, mais je veux que le time to yes soit réduit de 99,99 %, de manière sûre et sans risque. » Selon lui, cela transformera radicalement l’expérience du crédit hypothécaire. « Cela offrira une expérience client totalement inédite. C’est l’horizon vers lequel nous voulons avancer avec Oper. »
