Au Locle (Suisse), le Belge Koenraad Dedobbeleer redonne un nom aux oubliés.
Né à Halle en 1975, lauréat du Prix Mies van der Rohe en 2009, exposé à l’Extra City Kunsthal (Anvers) et au Wiels (2018), Koeraad Dedobbeleer avait présenté un avant-goût de Decorative Chaos Dress, to Impress en carte blanche lors du 13e Art Genève 2025. Au Locle (Suisse), il croise des œuvres anonymes de la collection de 5000 pièces du Musée des Beaux-Arts en miroir avec ses propres pièces.

Typique de l’esprit belge, il joue d’associations d’idées, de références à l’histoire de l’art et d’ironie. Son attrait pour l’objet (d’art) le pousse à le déconstruire, le manipuler en invitant à interroger l’essence des choses et leur signification. Ainsi, Nominal Representation (2018–2025) transforme une statue de Diane en effigie de son épouse, en interrogeant l’idéal de la représentation. Lost Chances (2005–2025), simple table abandonnée, devient œuvre d’art par le biais de la photographie et de la mise en scène, brouillant la césure entre usage et contemplation.

Il a donc associé ses pièces à des œuvres anonymes du musée, qui lui avaient inspiré un autre titre : The Graveyards Are Full of People the World Could Not Do Without. [Les cimetières sont pleins de gens dont le monde ne pourrait se passer]. Il s’y perd comme dans une encyclopédie : « J’ai créé ce fil conducteur de l’anonymat, dit-il, qui, n’existe pas réellement. Ce sont des œuvres en stand by, temporairement flottantes. » Ces œuvres, à la présentation spécialement conçue, sur des socles cylindriques dessinés par l’artiste, sont donc d’auteur inconnu. Or, pour lui, l’anonymat étant un état temporaire, elles sont dans un entre-deux, suspendues entre « un saut et un atterrissage majestueux », selon ses mots. Ainsi, une « toile avec la dame en rose » (sans titre) présumée anonyme, a été confiée à l’équipe de restauration. Un examen sous lumière UV révèle une signature sous la peinture : « William Aubert, 1895 ». L’œuvre n’était pas anonyme, le nom de son auteur existe, invisible à l’œil nu, dissimulé sous les strates de matière et de temps, attendant de refaire surface. L’exposition prend ainsi la forme d’un hommage aux figures oubliées, aux artistes invisibles qui ont glissé hors du récit dominant de l’histoire.
