Les licornes ne sont pas légion en Belgique. Et pourtant, elles semblent y avoir trouvé un lieu de villégiature pour se reproduire. Gand abrite en effet désormais quatre des sept licornes belges. L’entreprise de cybersécurité Aikido vient d’ailleurs de rejoindre Team.blue, Deliverect et Lighthouse, toutes des sociétés gantoises, dans ce club très fermé, dont font également partie Collibra, Odoo et I-care.
Après avoir reçu en décembre le titre de « Scale-up de l’année » en Flandre, Aikido vient de lever 60 millions d’euros, ce qui lui permet d’accéder au statut de licorne, qui caractérise une structure non cotée en Bourse ayant atteint une valorisation d’un milliard de dollars. Créée en octobre 2022, elle est l’une des entreprises de cybersécurité les plus rapides à y être arrivé à l’échelle mondiale, et la plus rapide jamais vue en Europe, puisqu’elle a accompli cela en à peine trois ans.
« Nous n’avons pas lancé Aikido car nous pensions que le monde avait besoin d’un nouveau produit de sécurité. Nous l’avons lancé parce que nous étions nous-mêmes développeurs et que nous en avions assez que la sécurité soit quelque chose qui nous arrivait plutôt que quelque chose qui nous aidait, explique Madeline Lawrence, directrice générale d’Aikido. Nous en avions assez des outils qui généraient du bruit au lieu de clarté, de la complexité au lieu de progrès, et des processus au lieu de résultats. »
La société gantoise a plutôt opté pour le principe suivant: « la sécurité commence et finit par une meilleure ingénierie. » Elle a dès lors développé une plateforme unifiée qui aide les développeurs à sécuriser leurs applications et programmes informatiques de bout en bout. Son slogan résume tout: « Secure everything, Compromise nothing » (Sécurisez tout, ne compromettez rien).
Les solutions d’Aikido sont désormais utilisées par plus de 100.000 équipes dans le monde, dont des clients tels que la Premier League (championnat de foot anglais), le Premier ministre britannique, la plateforme de streaming SoundCloud, Niantic (développeur de jeux vidéo, dont Pokémon Go) et la néo-banque Revolut. Au cours de l’année écoulée, elle a multiplié par cinq son chiffre d’affaires et plus que triplé sa clientèle.

Son objectif est de continuer à s’étendre, particulièrement aux Etats-unis, avec, dans un coin de la tête, l’idée de devenir une marque mondiale. Le statut de licorne est une première phase dans ce périple. « Et nous sommes particulièrement fiers de ce que cette étape importante représente en Europe. Dans un secteur dominé par les poids lourds de Palo Alto et Tel Aviv, Aikido prouve que l’Europe peut créer une entreprise de sécurité logicielle de classe mondiale et s’imposer à l’échelle internationale« , se félicite sa directrice générale.
Elle explique ce succès par une mentalité d’outsider. « Sans réseau de distribution dans le secteur, nous n’avions d’autre choix que de nous développer uniquement par le biais du marketing entrant. Avec un budget limité et des acteurs historiques très puissants, nous devions trouver comment nous positionner ou mourir en essayant« , se souvient Madeline Lawrence. Aikido a dès lors constitué une équipe qui reflète cette même mentalité, avec 180 personnes, dont plus de 21 anciens fondateurs, qui effectuent plus de 60 déploiements par jour. Ils sont disséminés entre Gand, San Francisco et Londres. Chicago devrait bientôt se rajouter à cette liste.
Parmi les nouveaux investisseurs ayant participé à la levée de fonds de 60 millions d’euros, on peut citer le Belge Marc Coucke et son véhicule d’investissement Alychlo, mais aussi Nik Storonsky, le CEO de la néobanque Revolut, la banque VDK Bank et le fonds d’investissement américain PSG Equity.
Cette septième licorne belge vient s’ajouter à un cercle qui s’est agrandi par deux fois récemment. Fin décembre, c’est la Montoise I-care, leader mondial dans le domaine de la maintenance prédictive et qui assure le suivi de centaines de milliers de machines industrielles à travers le monde, qui avait déjà rejoint ce club très fermé en tant que 6e membre.
