Fondée en 2010, l’agence GG&Grace International a conçu plus de 30 hôtels et resorts dans 18 pays et sur quatre continents. Que ce soient les groupes Marriott, Accor ou encore Club Med, tous ont fait appel au designer belge Gauthier Guillaume pour un ou plusieurs projets. Rencontre au Club Med de Punta Cana en République dominicaine, dont il vient de signer la rénovation.
Habillé de bois et de teintes chaudes, surplombé d’un planétarium suspendu, le salon Buena Vista de Punta Cana accueille les voyageurs face à un horizon d’eaux turquoise et de palmiers. À l’origine de la métamorphose d’une grande partie du resort, Gauthier Guillaume lève le voile sur les étapes clés de son parcours.
Forbes.be – Gauthier Guillaume, comment un Belge se retrouve-t-il à Dubaï à concevoir les intérieurs d’hôtels de luxe aux quatre coins du monde ?
Gauthier Guillaume – J’ai toujours rêvé de travailler à l’international et de m’inspirer d’autres cultures dans mon métier de designer. Dès la fin de mes études à Bruxelles, je suis parti à Londres, où j’ai débuté dans un bureau spécialisé en résidentiel ultra‑luxe, avec des projets de yachts et d’avions privés. C’était une expérience très enrichissante. Ensuite, j’ai rencontré Mohamed Al‑Fayed qui m’a fait entrer chez Harrods : il voulait monter un département dédié à des projets haut de gamme hors magasin. Mon épouse et moi nous étions donc installés à Londres, mais ce projet a été abandonné et il a fallu rebondir. Grâce au directeur du College of Art and Design, j’ai pu entrer en contact avec un architecte français qui m’a fait venir au Caire et découvrir le Moyen‑Orient (Doha, Dubaï, etc.). J’ai tout de suite été conquis par cette région qui était en plein essor et en plein boom architectural et culturel. Deux ans et demi plus tard, nous partions nous y installer, convaincus par le potentiel de la région. J’ai alors lancé ma propre agence de design en Égypte. Au début nous n’étions que trois. Aujourd’hui, nous sommes plus d’une trentaine. Nous avons remporté de nombreux projets, qui nous ont notamment été confiés par Marriott (la rénovation du Méridien en face des pyramides), Radisson (Djerba, Hammamet), et Accor (des restaurants au Sofitel du Caire). Avec l’arrivée du printemps arabe, certains projets sont tombés à l’eau, mais nous sommes restés en Égypte malgré les difficultés. Ensuite, nous avons vécu quelques années à Rome où mon épouse a rejoint les Nations Unies. Pendant quatre ans, j’ai fait les allers et retours entre Rome et Le Caire et je me suis occupé, entre autres, de la conception de la Zen Oasis du Club Med de Punta Cana et du magnifique hôtel Chedi au Montenegro (en collaboration avec Besix). J’ai ouvert un bureau à Dubaï en 2018 pour développer ma clientèle internationale et être protégé de nouvelles turbulences régionales. Depuis, l’agence a grandi : nous sommes un peu moins de 40 personnes, avec une activité concentrée au Moyen‑Orient et en Afrique, et des clients comme Accor, Marriott, Hilton, Club Med et IHG.

– Quels sont vos projets en cours?
– Nous avons plusieurs chantiers en Afrique et au Moyen-Orient. Pour Accor, nous conduisons la rénovation d’un Mövenpick à Dakar et d’un Pullman au Cap, et nous venons de démarrer le design d’un Novotel à Riyad. Du côté de Marriott, nous travaillons sur la rénovation du Sheraton Somabay, sur la mer Rouge, ainsi que sur un projet Marriott Residences au Caire. Pour IHG, nous intervenons sur deux hôtels VOCO et un Crowne Plaza en Arabie saoudite, en collaboration avec le PIF (Public Investment Fund, fonds souverain saoudien). Nous supervisons également un Hilton au Caire et un Radisson à Fujairah, aux Émirats arabes unis. Enfin, nous commençons les études de design du Club Med Yasmina au Maroc, tandis que la construction d’un Club Med au Bénin vient de débuter après trois années de conception. Notre réputation s’est construite autour de nos talents d’architecture d’intérieur et de design mais aussi sur la capacité de nos équipes à intervenir vite et bien dans des contextes compliqués, sans perdre en qualité et en finesse du design.

– Lorsque l’on vous confie un projet, prenez-vous l’aspect durable en compte?
– La durabilité de nos projets est centrale pour nous. Nos équipes sont très attentives au respect de l’environnement et des populations et cultures locales que nous côtoyons. Nous répondons régulièrement à des exigences environnementales significatives. Pour le Club Med au Bénin par exemple, nous suivons le référentiel BREEAM, (un système international d’évaluation de la durabilité des bâtiments, ndlr) qui impose des exigences en matière de construction, de gestion des déchets, de gestion de site, de sélection des matériaux, d’éclairage et de consommation d’énergie. Concrètement, il s’agit de limiter le volume des baignoires, de calibrer les débits des robinets, d’utiliser des matériaux durables, etc. Ce sont de petits ajustements qui, cumulés, font une vraie différence.S’agissant des matériaux, même si l’industrie dans son ensemble a encore des progrès à faire, certains opérateurs, comme Marriott ou Club Med, sont en avance et ont des standards très élevés et exigeants. De plus en plus de nos clients sont sensibles à l’aspect durable. De notre côté, mon équipe qui appartient à la nouvelle génération, est spontanément très engagée sur les sujets environnementaux, notamment l’approvisionnement, et favorise les filières responsables comme les tissus recyclés par exemple. Nous travaillons beaucoup avec Bru Textiles, une marque belge qui propose une large collection de tissus recyclés, avec plus de 27 000 références.

– Quel projet vous fait particulièrement rêver à court terme?
– Le projet qui me tient particulièrement à cœur actuellement est la construction d’un Club Med à Oman. Je suis un grand fan de ce pays qui allie sobriété et paysages spectaculaires, avec une identité très pure qui résonne avec notre approche d’un luxe discret et ancré. Nous étions finalistes pour l’aménagement intérieur de ce Club Med et nous avons appris le 24 décembre que nous étions sélectionnés. C’était vraiment mon plus beau cadeau de Noël cette année ! Ce contexte est particulièrement stimulant : traduire l’esprit omanais sans pastiche, travailler des matières minérales, la lumière, le rythme des ombres, et un rapport au désert et à la mer. Habitant à Dubaï, je serai à 3 heures en voiture du site, ce qui permettra un suivi créatif très fin, presque en temps réel. Ce sera mon premier grand projet Club Med que je pourrai suivre sans passer par les transports aériens. J’ai hâte de commencer ce projet qui m’inspire tant.
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