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Le gouvernement wallon concrétise sur le fil le rachat des anciennes friches liégeoises d’ArcelorMittal

Wallonie Entreprendre, le nouveau bras armé économique régional, vient de concrétiser le rachat des anciennes friches industrielles d’ArcelorMittal en région liégeoise.

La nouvelle a été confirmée ce vendredi matin par un aréopage de ténors politiques wallons en campagne électorale. Wallonie Entreprendre (WE) acquiert la totalité du méga-site industriel de Chertal et s’associe aux entreprises privées Ecoterres (Groupe DEME) et MG Real Estate pour, respectivement, la reconversion des terrains sérésiens de la Cokerie et du Haut Fourneau B (HFB), dont l’avenir a été pris en main par Eriges, la régie communale autonome de la Ville de Seraing, depuis une vingtaine d’années déjà.

«Concernant le site du Haut Fourneau 6 (HF6), les discussions se poursuivent avec le consortium REVEL, dont la composition reste pour l’instant non précisée; à défaut d’accord final d’ici la fin de l’année 2024, Wallonie Entreprendre se portera acquéreur du site», précise le ministre de l’Economie Willy Borsus, qui ose qualifier le moment d’historique.  Celui-ci ajoute que la reconversion des sites industriels liégeois hérités d’ArcelorMittal, pour laquelle une enveloppe régionale de 80 millions d’euros a été dédiée dans le Plan de relance (PRW), va se poursuivre sous la houlette du Gouvernement wallon, de Wallonie Entreprendre et des acteurs locaux afin de «restituer à ces grands terrains stratégiques une vocation de développement économique et de création d’emploi tout en veillant aux aspects urbanistiques et paysagers».

Contexte complexe pour le prochain gouvernement

Les enjeux aujourd’hui sur la table sont multiples, complexes et coûteux: réhabiliter durablement des fonciers lourdement pollués en y limitant l’artificialisation des sols, y remettre à niveau l’environnement, le cadre de vie toute en y redéployant un tissu économique cohérent ne sera pas mince affaire et ne pourra se faire sans des partenariats transparents et mieux cadrés que par le passé avec le secteur privé.

Vue aérienne du site de Chertal. Photo: Denis Closon/Sogepa

Pour rappel, la Wallonie comptait au 1er juillet 2023 (chiffres IWEPS) 3.224 hectares de SAR (sites à réaménager) pour une superficie de 0,19% de son territoire. Ces terrains sont situés à des endroits stratégiques, à proximité des villes et des grands axes. Cette localisation en fait des lieux déterminants à plus d’un titre et les projets y lancés devront respecter la chèvre -la relance économique des bassins- et le chou – l’environnement et la population locale, échaudée par certains avatars récents, dont les extensions tumultueuses de l’aéroport de Bierset.

Potentiel stratégique unique… donc de tous les dangers

Par ailleurs, cette logique de reconversion constitue une opportunité unique de rencontrer l’objectif du gouvernement de reconvertir 100 hectares de friches industrielles par an pour anticiper les besoins de terrains destinés aux grands projets industriels en évitant de grignoter les terres agricoles.

Le site de la Cokerie d’Ougrée d’ArcelorMittal. Photo: Geoffroy Libert/Sogepa

Les sites d’ArcelorMittal aujourd’hui visés représentent à eux seuls un potentiel de 282 hectares. La surface est répartie entre la friche de Chertal, la plus vaste  avec 186 hectares, et trois autres terrains situés à Seraing: le site du Haut Fourneau 6 (HF6), du Haut Fourneau B (HFB) et de la Cokerie d’Ougrée, chacun couvrant une surface moyenne de 32 hectares, soit des fonciers parcelles urbaines uniques que le bras public se doit de valoriser au mieux pour les générations futures de ces zones historiquement sinistrées.

A surveiller: masterplan et processus collaboratif

Le travail de reconversion a démarré il y a plusieurs mois avec la sélection d’une équipe pluridisciplinaire emmenée par le bureau urbaniste et paysager Agence TER. L’objectif était d’établir un Masterplan et une feuille de route dédiée à long terme pour le redéploiement spécifique de chaque site à reconvertir.

Logé juste en face du stade du Standard, le vaste site du Haut Fourneau B. Photo: Denis Closon/Sogepa

«Les négociations entre les parties prenantes ont été longues, mais leur aboutissement témoigne d’une véritable dynamique positive et collaborative, car ce n’est pas l’aboutissement d’un projet, mais de plusieurs projets dont l’optimisation a été poussée loin afin que chaque terrain puisse bénéficier des meilleures perspectives d’avenir et de qualité», précise le ministre de tutelle.

Au final, comme on devait s’y attendre, le plus gros morceau -le site de Chertal– restera sous le contrôle de WE qui en restera l’assemblier via la Sorecher, une société dédiée qui sera spécialement créée pour y loger l’actif à reconvertir.

Les sites de la Cokerie et du HFB s’inscrivent pour leur part dans un PPP (partenariat public-privé) respectivement avec Ecoterres (Groupe DEME),  présent à 51% dans le partenariat public-privé, et le promoteur flamand MG Real Estate (Ignace De Paepe), monté à 75% moins une part sur la reconversion du HFB.

Les emplacements urbains des principaux sites sérésiens d’ArcelorMittal à reconvertir. Source: Eriges

Si un des projets ne pouvait au final se réaliser tel que cadré, c’est WE, outil de coordination régional, qui reprendra alors 100% du site concerné.

Qui va financer?

Les opérations de réhabilitation de fonciers déjà artificialisés génèrent le plus souvent des dépenses supplémentaires de démantèlement, de dépollution ou de restructuration lourde entraînant également des délais plus longs, ainsi que des risques financiers plus importants que le développement d’un projet similaire sur un terrain vierge.

«Une grande partie du travail aujourd’hui présenté a été d’une part d’évaluer la valeur des terrains après démantèlement et dépollution, et d’autre part d’évaluer le coût de la dépollution. Dans ce cadre, ArcelorMittal assumera le financement des opérations d’assainissement dont il est responsable (principe du pollueur-payeur)», rappelle-t-on du côté du gouvernement wallon. A terme, tout a été élaboré pour que l’opération présente au final une rentabilité et que les coûts engagés soient compensés par les recettes générées en fin de reconversion.

La reconversion des quatre fonciers aujourd’hui visés et acquis font déjà l’objet d’opérations de démantèlement qui devraient s’étendre jusqu’en 2027, conformément à l’octroi des permis de déconstruction accordés dès avril 2021. Des études complémentaires de sol devront alors être programmées afin de planifier les travaux d’assainissement indispensables sous les bâtiments. En parallèle, les projets de redéploiement seront affinés, précisés et présentés aux parties prenantes préalablement à l’introduction des demandes de permis.

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