Dans un secteur aussi concurrentiel que celui des châssis, rares sont les entreprises capables de conjuguer croissance, innovation et fidélité à un ADN familial. Pierret fait partie de ces exceptions. Fondée en 1953 en province de Luxembourg, l’entreprise wallonne est devenue, au fil des décennies, un acteur industriel de référence en Belgique et en France. Une transformation patiente, structurée et assumée, que décrypte Arnaud Pierret, directeur marketing et commercial du groupe.
« Pierret, c’est d’abord une histoire de famille, mais surtout une histoire de métier », rappelle Arnaud Pierret. L’aventure débute avec son grand-père, Georges Pierret. « À l’origine, il fabriquait… des cercueils. Puis il est passé à la fenêtre, et très vite au PVC. À l’époque, rien n’existait. Il a fallu inventer les profils, la quincaillerie, les méthodes de soudure. » Visionnaire, il est l’un des premiers à croire au potentiel du PVC en Wallonie. « Je n’ai pas peur de le dire : il a créé la fenêtre PVC en Wallonie. »
La première structuration industrielle intervient en 1983, lorsque la deuxième génération reprend l’entreprise. « Mon père a vraiment transformé Pierret en industrie. Il fallait gagner en volume, apprendre à produire de manière industrielle. À l’époque, on grandissait pour grandir, avec l’envie de réussir. » L’entreprise se développe, investit, mais reste encore dépendante de profils achetés à des tiers.
« Devenir gamiste nous a donné une maîtrise totale du produit, de la conception à la fabrication. »
Le véritable tournant stratégique arrive en 2000. Pierret décide de devenir gamiste, c’est-à-dire de concevoir et d’extruder ses propres profils. « Très peu d’acteurs en Belgique font ce choix. Cela signifie maîtriser totalement son produit. Des groupes comme Schüco ou Reynaers sont des gamistes, mais ils n’assemblent pas eux-mêmes leurs fenêtres. En Belgique, il y a Profel et Pierret. Pas beaucoup d’autres. » Cette décision donne à l’entreprise un contrôle total sur la qualité, la performance et l’évolution de ses produits.
Autre rupture majeure : en 2015, Pierret simplifie radicalement son offre. « Nous avons décidé de passer de trois gammes à une seule gamme par matériau. Une gamme excellente dès le standard », insiste Arnaud Pierret. Un choix à contre-courant du marché. « Notre gamme unique est meilleure que ce que nous faisions auparavant en haut de gamme. Grâce aux économies d’échelle, nous avons pu proposer un produit premium à un prix normal. »

Cette stratégie se traduit par des choix techniques forts : sécurité renforcée de série, triple joint d’étanchéité, vitrage collé pour rigidifier les cadres, performances thermiques élevées sans option. « Tout ce qui était option avant est devenu standard. Notre logique est simple : une fenêtre doit être faite pour durer. » Pierret revendique même une promesse ambitieuse : « Idéalement, un client ne devrait remplacer ses fenêtres qu’une seule fois dans sa vie. »
« Une innovation qui ne tient pas dans le temps n’a aucun sens pour nous »
La crise du Covid agit comme un révélateur. « On s’est rendu compte à ce moment-là que nous étions bons… mais surtout que nous aimions nos clients. » Alors que le secteur est à l’arrêt, Pierret continue à communiquer, à accompagner ses partenaires. « Nos clients sont des patrons souvent seuls. Quand on résout un problème en cinq minutes plutôt qu’en cinq mails, on leur fait gagner du temps. Et du confort de vie. » Cette approche renforce une vision très claire : chez Pierret, on ne parle plus de clients, mais de partenaires.
Cette philosophie s’accompagne aujourd’hui d’un investissement industriel majeur : 100 millions d’euros investis voici quelques mois pour une nouvelle usine ultra-automatisée à Transinne. « Nous avions atteint les limites de nos outils de production. L’objectif n’est pas de doubler le chiffre d’affaires du jour au lendemain, mais d’avoir la capacité machine pour servir nos clients avec un très haut niveau de qualité pour les dix prochaines années. »

Toujours détenue à 100% par la famille, Pierret revendique une culture d’entreprise forte. « Travail, convivialité, esprit d’équipe, ouverture d’esprit. On n’est jamais aussi forts qu’ensemble. » Une vision qui explique aussi un turnover limité et une capacité à attirer des talents malgré une implantation géographique excentrée.
L’innovation majeure de 2026 : les soudures invisibles en PVC
L’innovation reste au cœur du modèle. « On n’est pas dans la révolution permanente, mais dans l’amélioration continue. » Une chose est toutefois certaine : 2026 marquera une étape technologique majeure pour Pierret. L’entreprise s’apprête à lancer une nouvelle génération de profilés, avec une grande première sur le marché européen : des soudures invisibles en PVC, combinant exigence esthétique et résistance mécanique sur le long terme. « La technologie existe depuis quelques années, mais elle ne tenait pas dans le temps. Nous avons attendu qu’elle soit parfaitement maîtrisée. Aujourd’hui, elle tient, et parfois mieux que les soudures traditionnelles. »
Ce n’est pas tout, verront également le jour en 2026 des nouvelles coulissantes aluminium alliant esthétique et performances thermiques proches de celles d’une fenêtre classique, et une nouvelle gamme bois répondant aux exigences strictes des Architectes des Bâtiments de France. « Nous avons attendu que la technologie soit totalement fiable. Une innovation qui ne tient pas dans le temps n’a aucun sens pour nous. »
Se préparer aux conséquences du réchauffement climatique
Ici, la durabilité est abordée sans discours creux. « Chez Pierret, le greenwashing, on ne connaît pas. » Production d’énergie photovoltaïque, éolienne, flotte de véhicules électriques, optimisation des chutes de matériaux, bilan carbone anticipé : « Ce sont mille petits projets, parfois invisibles, mais constants. » Et surtout, une cohérence produit. « Nous ne jouons pas avec le fait que nous vendons un produit isolant. Ce serait trop facile. Notre vraie durabilité, c’est une performance qui ne se dégrade pas dans le temps. »

Mais ce souci environnemental se retrouve dans les exigences industrielles. « Ce ne sont jamais des ruptures spectaculaires, mais une suite d’innovations utiles, fiables et pensées pour les besoins de demain », résume Arnaud Pierret. Dans un contexte de réchauffement climatique, l’entreprise anticipe déjà les prochains défis : après l’isolation, la lutte contre la surchauffe et la protection solaire deviendront des enjeux centraux. Une manière, fidèle à l’ADN de Pierret, de conserver toujours un coup d’avance, sans jamais sacrifier le temps long. Une conviction fidèle à l’ADN de Pierret : avoir toujours un coup d’avance, sans jamais perdre de vue le temps long.
