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Alumni 30 Under 30 : Le parcours de Florian De Boeck chez Spentys

« Toute notre aventure est une succession de petits pas »

Florian De Boeck et son associé Louis-Philippe Broze font partie de la prestigieuse communauté des 30 under 30 du Forbes US et il a déjà levé plus de 6,5 millions de dollars pour Spentys en 7 ans d’existence. Leur start-up active dans la fabrication de prothèses et d’orthèses 3D a connu bien des aventures depuis sa création. Si aujourd’hui, leurs dispositifs médicaux sont utilisés par 10 000 patients dans le monde, leur parcours est loin d’être une ligne droite. Ingénieur biomédical de formation, Florian De Boeck partage sa façon d’adresser ses défis. 

“Mettre un dispositif médical sur mesure sur le marché, c’est un gros challenge.” Florian De Boeck et Louis-Philippe Broze se sont réinventés pour trouver une façon de travailler qui soit adaptée au temps long qu’exige le secteur médical.  

Comment passe-t-on d’une idée à 12000 patients et une implantation à New-York ? “Il faut poser le premier pas. Toute notre aventure est une succession de petits pas. Un appel, une réunion, un médecin, la dynamique est alors enclenchée. Même dans les moments où l’on a voulu laisser tomber, nous nous rappelons qu’ il y a quelque part un patient ou un médecin qui utilise déjà notre produit qu’on ne veut pas décevoir. Quelqu’un croit en nous, alors, on continue.”

Justement, comment tient-on pendant les moments les plus sombres? “Il ne faut pas être seul : un collègue, un associé, un investisseur qui vous guide. Soit il vous conforte dans la vision, même si à court terme c’est difficile, soit il vous montre autre chose. Dans tous les cas, c’est un projet d’équipe et c’est ce qui le maintient en vie.”

Recruter quand on est une start-up ne coule pas de source “Nous avons appris à recruter suivant nos valeurs. Lorsqu’on est une si petite équipe, au-delà des compétences, l’essentiel est de faire adhérer à nos valeurs. Nous avons commis quelques erreurs au début et cela nous a affectés, nous avons donc corrigé le tir grâce à un coaching et une réflexion autour des talents. Nos collaborateurs doivent être patients et résilients, car le succès n’est pas tout de suite au rendez-vous et certains ont du mal avec ce rapport au temps. C’est toujours un moment difficile de se séparer d’un collègue car l’équipe est petite. Hire slow, fire fast. Une fois le choc encaissé, ça permet à tout le monde de repartir sur des bases saines.”

Le secteur est très consommateur en capital, ce qui demande une approche active du réseau et de la gouvernance et parfois des sueurs froides lorsqu’on manque de fond. De fait, ce sont 6 levées de fonds successives qui leur ont permis de se développer : 100 mille, puis 800 mille, puis 1.5 millions en 2019, 1.6 millions en 2021, 2.7 millions en 2023.

“J’ai eu l’idée avec un ami pendant mes études. A ce moment-là, on ne pense qu’à l’impact que notre produit aura sur le monde et sur les gens qu’il aidera.  On est attirés par la technologie et l’innovation, on rêve grand. On ne pense pas à la levée de fonds ou la gestion des autorisations..” Talent que cet ingénieur biomédical s’est visiblement découvert car il explique être très précis sur sa gestion au quotidien “. J’aime prendre mes décisions sur base de données précises. Chaque département a des tableaux reprenant des données sur nos opérations et nos clients.” Leurs objectifs sont tout aussi précis : doubler le nombre d’utilisateurs en 2024 et leur chiffre d’affaires. Ils terminent 2023 avec environ 1 millions d’euros d’ARR et prévoient de tripler ce chiffre en 2024. 

“Le market fit n’est pas toujours au rendez-vous. On peut avoir une super idée et voir qu’elle ne correspond pas à la réalité de la demande, que ce soit du patient ou du médecin. Par exemple, nous voulions investir dans des plâtres sur mesure et proposer des services pour la traumatologie. Cela s’est avéré inadéquat dans l’utilisation, puisqu’un patient doit être immobilisé immédiatement et qu’un appareillage 3D est plus long à faire. Nous nous sommes alors spécialisés dans les orthèses et prothèses pour les pathologies chroniques. Là encore, la question du temps est présente. Le rôle d’un leader est de choisir le bon moment pour avancer, de bien connaître son équipe et d’adapter la vitesse des projets en conséquence.”

L’équilibre vie privée et vie professionnelle, un mythe quand on est entrepreneur? 

“Comme tout bon entrepreneur, j’ai eu une relation problématique avec mon téléphone et mon ordinateur 😉 J’ai dû apprendre à trouver mon équilibre” On imagine que la passion et l’ambition du début sont tellement fortes qu’il est difficile de poser des limites. “Petit à petit, on réalise que cette passion peut nuire à nos relations. J’essaie donc maintenant d’être plus attentif au moment présent. 

Quand je me sens fatigué ou moins productif, je prends du temps pour moi : dormir un peu plus, ou prendre une journée de congé, faire du sport, lire, regarder un manga ou s’investir dans d’autres projets. J’ai par exemple démarré une micro-brasserie avec mes frères et ma sœur.” L’écoute de soi et l’ouverture au monde comme solution pour maintenir son rythme. 

J’aime bien l’analogie avec les voitures : certaines vont vite mais consomment beaucoup et doivent s’arrêter souvent, d’autres ont une plus grande autonomie mais nécessitent des pauses plus longues.

 

Leur ambition a valu aux deux co-fondateurs d’être repris dans le prestigieux classement Forbes 30 under 30. “C’est une aventure merveilleuse. Nous suivions ce classement de près et nous avons été heureux d’avoir été appelés et sélectionnés sur base d’un dossier complet demandant des indicateurs précis, nos objectifs, notre mindset. Nous avons pu rencontrer des personnes que nous n’aurions jamais pu rencontrer avant, comme par exemple être à table avec Kendall Jenner, Bad Bunny ou encore Machine Gun Kelly. Les réseau des alumni brasse des univers variés de la musique à un grand restaurant à NY et les évènements annuels ont lieu aux États-Unis, à Dubaï, Londres ou au Botswana. “Cela nous aide au quotidien d’une part et d’autre part, ça nous ouvre l’esprit sur d’autres réalités car nous avons tendance à ne discuter qu’avec des personnes de notre environnement professionnel. J’adore le véritable esprit de communauté où l’on a accès à plein de profils qui ont très bien réussi leur aventure entrepreneuriale et qui sont très généreux en conseils et contacts. Je suis très reconnaissant de faire partie de cette communauté.”

La prochaine étape “Les Etats-Unis qui sont un énorme marché avec de grands acteurs orthopédiques. Nous sommes approuvés par la FDA, nous avons un bureau à NY. C’est une étape logique dans notre croissance”. Note que la rentabilité est prévue en 2025. “J’aime cette citation de Gandalf : tout ce que vous avez à faire, c’est décider de ce que vous ferez dans le temps que la vie vous donne.” 

Salma Haouach
Salma Haouach
De formation ingénieure de gestion de Solvay en 2001, major finance, Salma Haouach a démarré sa carrière dans le secteur financier avant de travailler dans l’ingénierie marketing et la communication stratégique à Valencia, Casablanca, Bordeaux et Le Havre avant de revenir à Bruxelles il y’a 10 ans et poursuivre sa carrière dans le conseil en stratégie et leadership durable. Parallèlement, elle a construit une carrière médiatique comme chroniqueuse dans des médias audiovisuels nationaux à partir de 2008 (L’Express, La Première, La Deux, BX1), elle a créé un média online d'éducation aux médias (Le Lab.) puis éditant et présentant deux émissions économiques : Coûte que Coûte sur Bel RTL et Business Club sur LN24.

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