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Johan Van Wassenhove: eau, gaz et électricité à tous les étages

Discret et de caractère bien trempé, Johan Van Wassenhove est depuis 25 ans le CEO de Denys, une entreprise familiale centenaire spécialisée dans les grands travaux de génie civil et d’infrastructures. Tombé il y a 10 ans sous le charme des anciens thermes de Spa, il en termine pour l’instant la très lourde rénovation.

Johan Van Wassenhove by Régine Mahaux with love. © DR

Nous rencontrons le patron de Denys au cœur des anciens thermes de Spa fraîchement rénovés à grands frais. Pas besoin d’une visite approfondie pour rapidement comprendre que ce chantier long, complexe, minutieux et coûteux est assimilable à du mécénat d’entreprise. Et vu l’état déplorable des lieux érigés en 1868 lors de leur rachat en 2013, on se dit qu’il est peu probable que le nouveau propriétaire en tire le moindre bénéfice de son vivant. 

Souci aigu du détail

Dès le premier regard, on se rend compte qu’il entretient avec le lieu un rapport très personnel. Avec le souci aigu du détail qui caractérise l’homme dans tout ce qu’il entreprend. La preuve : à peine arrivé dans le Salon bleu où nous avons rendez-vous, il vérifie les plis des divans en velours à peine installés, apostrophe la décoratrice parisienne présente et s’assied passablement énervé, fermé comme une huitre.

On le laisse respirer, sortir des plis du fauteuil. On lui rappelle brièvement le cadre de l’entretien… « Vous savez, je donne très peu d’interviews. Je n’aime pas me mettre en avant et je n’apprécie guère les journalistes ». On est prévenu…

Rapidement pourtant, l’homme s’ouvre, d’abord en parlant de la sphère politique d’ici et d’ailleurs. Tout aussi rapidement, il se risque à quelques confidences bien placées. « Ca, vous n’écrivez pas, hein. C’est entre nous ». Dommage…

Momentum et cadre oblige, on commence par prendre le pouls de la « danseuse » spadoise qui a ouvert ce printemps à la clientèle la mieux informée ses 43 chambres et suites spacieuses (20 à 50 m2) et vient tout juste d’y ajouter l’ADN historique du lieu: l’importante partie Wellness logée sur 1.300 m2 qui incluera une piscine, sept cabines de soins (dont deux cabines double VIP agrémentées de baignoires en cuivre), deux saunas dont un finlandais, un bain à remous, un bain romain, un mur de sel, une fontaine à glace, une cabine infrarouge et, bien sûr, une salle de repos. C’est la marque myBlend by Clarins qui a été retenue pour y proposer une gamme de soins à la carte comprenant même, histoire oblige, un indispensable centre de revalidation. Un espace fitness équipé des dernières technologies de pointe vient compléter cette offre.

Francorchamps oblige

« On est encore en période de pré-opening. On rôde les différents services. D’ici peu, il y aura également un important espace sécurisé réservé aux voitures de collection, avec conciergerie automobile privée ultra-sécurisée et confidentielle, grâce auquel nous multiplierons les synergies avec les nombreux événements organisés sur et autour du circuit de Francorchamps voisin », ajoute le patron, clairement branché belles mécaniques même s’il ne le montre pas.

Si Johan Van Wassenhove se révèle très provincial et wallon pour l’instant, notamment en terre spadoise ou hutoise du côté de Marchin où il réside régulièrement, il est avant tout citoyen du monde avec un pied-à-terre à Paris. « J’aime dire que je suis né flamand par hasard mais que j’aurais tout aussi bien pu naître ailleurs. Par contre, je dois beaucoup à mes parents, mon père ajusteur de métier, très méticuleux, et ma maman, mère au foyer, très belle et très proche de moi. Le reste, je le dois à des rencontres de personnes qui ont jalonné ma vie professionnelle et au hasard. Sans oublier bien sûr Régine (Mahaux), ma compagne, qui fait intégralement partie de ma vie et qui est aussi exigeante que moi dans son métier de photographe-réalisatrice ». 

Travaux d’Hercule à l’international

Voilà pour les fondations. Pour le reste, impossible d’énumérer tous les travaux d’Hercule dans lesquels l’entreprise Denys s’est lancée depuis 20 ans avec un leitmotiv devenu inoxydable: « une seule activité menée à un seul endroit n’est pas pérenne. Pour espérer durer, il faut bien faire plusieurs choses à plusieurs endroits. »

« Pour espérer durer, il faut bien faire plusieurs choses à plusieurs endroits »

« Pour résumer notre cœur de métier actuel, on pourrait dire qu’on fait passer l’eau, le gaz et l’électricité de toutes sources là où les autres estiment que c’est très difficile voire impossible de le faire. L’ADN de Denys, c’est de pousser en permanence la recherche pointue et le développement de process et d’outils complexes qui nous donnent une valeur ajoutée. Et aussi une expertise unique dans nos secteurs de niche (tunneling, hydraulique, assainissement, etc.) pour nous ouvrir des portes de premier plan sur tous les continents du globe. Allez jeter un œil sur notre département Dreamworks ! », insiste-t-il.

On lui fait remarquer que certains de ses concurrents se sont cassé les dents et ont pris des râteaux dans certains pays peu stables ou transparents. Mais le patron sourit : « On ne parle jamais finances en direct avec les dirigeants africains, arabes ou asiatiques. On passe contrat avec les grands bailleurs de fonds internationaux, comme la Banque Mondiale ou le FMI, qui eux fixent les règles avec les responsables politiques locaux. C’est plus transparent, sans doute parfois moins lucratif, mais presque toujours plus sain et plus sûr même si cela ne nous évite pas certaines mauvaises surprises… »

Recentrement sur le marché européen

On insiste pour en savoir davantage. On revient sur un projet-phare passé en Arabie Saoudite avec Aramco, la plus grosse société pétrolière du globe, pour lui construire des pipelines. On ajoute les nombreux contrats pour approvisionner en eau ou en électricité certains pays d’Afrique équatoriale. Et l’homme réagit du tac au tac : « On ne regrette rien de ces aventures industrielles uniques, complexes et lointaines, mais on se recentre à présent sur nos marchés européens ».

« En Afrique subsaharienne, les Chinois ont remplacé les Européens, qui se sont laissés avoir comme des débutants »

La raison? « Nous avons pour principe de ne pas nous associer à des partenaires locaux mais de former les gens sur place pour qu’ils soient capables de monitorer et d’entretenir nos infrastructures de pointe. Mais avec les Saoudiens, qui supportent difficilement l’expertise étrangère, c’était trop compliqué. Et en Afrique subsaharienne, les Chinois ont remplacé les Européens, qui se sont laissés avoir comme des débutants et ont pris des positions foncières de plus en plus importantes sur la plupart des marchés où nous rivalisions avec eux. Les dés sont pipés et notre valeur ajoutée ne suffit plus à décrocher les marchés ou ils sont beaucoup moins rentables ».

Et le patron de nous demander si nous sommes au courant du mégaprojet de centrale nucléaire dernier cri attribué à EDF par le Royaume-Uni (Hinkley Point C) à Somerset. « Notre expertise y a été sollicitée pour y couler des colonnes en béton serties d’acier dans les énormes cuves de refroidissement. Participer à ce genre de projets particulièrement pointus est pour Denys une carte de visite unique dans des secteurs d’avenir. D’ailleurs, notre carnet de commandes est plein à craquer jusqu’en 2032. Nous allons jouer la carte des nouvelles énergies et, surtout, des canaux nécessaires pour les transporter en toute sécurité, à l’abri des milliers de satellites espions qui scrutent la terre s’il le faut ».

Palais du Midi : marché de dupes

L’an dernier, fort de son expertise de pointe en tunneling et excavations spéciales, Johan Van Wassenhove a présenté à la Région bruxelloise et à la STIB une solution technique innovante pour tenter de sortir par le haut du cul-de-sac actuel plombant les budgets de la ligne 3 du Metro bruxellois au point de la remettre en question. Mais entre solution technique et faisabilité politique et contractuelle, les choses semblent particulièrement compliquées sous nos latitudes. 

Le patron de Denys n’en démord pas et prétend avoir la solution industrielle pour résoudre le casse-tête actuel si le politique y met du sien. « Je suis d’ailleurs furieux sur les entreprises qui ont décroché le marché, Besix et Jan De Nul, qui plombent aujourd’hui les finances publiques. Elles sont les plus expérimentées pour ce type de projet et ne sont pas capables de creuser un tunnel de 120 mètres de long sous le Palais du Midi sans le démonter. C’est tout bonnement scandaleux! Il faut en finir avec le juridisme qui a pourri le 20e siècle et en revenir à davantage de professionnalisme et de goût pour le travail bien fait et au prix juste. Si j’avais décroché ce marché, j’aurais directement été trouver le patron de la STIB pour lui prouver que son cahier des charges ne tenait pas la route », réagit l’intéressé, qui assure ne pas lâcher le morceau malgré l’absence actuelle de pilote dans l’avion régional bruxellois. 

DENYS en quelques chiffres

• Chiffre d’affaires 2024 : 600 millions d’euros

• Ebitda : 7%

• Carnet de commandes complet pour 5 ans

• Personnel : plus de 2.000 ouvriers et employés

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