Cet été a une fois de plus rappelé de façon brutale que le changement climatique n’est plus une menace lointaine, mais une réalité dévastatrice. Des feux de forêts ont ravagé l’Espagne, la France, le Portugal, la Grèce, et de nombreuses autres régions d’Europe, détruisant des centaines de milliers d’hectares de forêts, endommageant des habitations, déplaçant des familles et causant des milliards d’euros de dégâts. Et l’Europe n’est pas seule : de l’Amérique du Nord à l’Asie, des vagues de chaleur record, des inondations et des tempêtes d’une violence sans précédent frappent toutes les communautés.
Alors que nous luttons contre les flammes, une crise plus profonde se profile : l’effondrement de la biodiversité. Les forêts, jadis puits de carbone, partent en cendres, les océans s’acidifient et les espèces disparaissent à un rythme alarmant—aggravant encore plus la crise climatique et bouleversant les systèmes naturels qui soutiennent notre santé, notre alimentation et nos économies.

Urgence écologique, financement en recul
À ce moment charnière, alors que les tensions géopolitiques s’intensifient et que l’aide publique au développement recule, la communauté internationale fait face à un paradoxe : jamais la protection de la biodiversité et des écosystèmes n’a été aussi urgente, et pourtant les financements publics stagnent, voire diminuent. À l’approche de la Conférence des Nations Unies sur le climat (COP30) au Brésil le mois prochain, une question cruciale s’impose : comment mobiliser les flux de capitaux privés pour protéger le climat et la biodiversité, au-delà des engagements gouvernementaux ?
La Belgique, acteur clé de la finance verte
La Belgique se situe au carrefour de la finance internationale et de l’innovation durable. Son secteur financier, déjà pionnier en investissement responsable et en obligations vertes, dispose de l’expertise nécessaire pour déployer la prochaine vague de solutions. Au-delà des crises actuelles se dessine une opportunité majeure : des modèles financiers innovants capables de redéfinir la manière dont nous valorisons et protégeons la nature. Pour relever le défi, il est indispensable de mobiliser le capital privé — et la Belgique est bien placée pour transformer ces mécanismes prometteurs en impacts concrets.
Des outils financiers à fort potentiel
Parmi les instruments prometteurs figurent les crédits nature, encore en phase pilote mais capables d’orienter des capitaux à grande échelle vers la conservation et la restauration, à condition qu’ils soient conçus avec crédibilité et transparence et adossés à un marché robuste. Les mécanismes de financement mixte vont plus loin, en combinant stratégiquement fonds publics ou philanthropiques avec des investissements privés afin de réduire les risques et de rendre la conservation véritablement « bancables ». Les échanges dette‐nature démontrent également leur intérêt, offrant aux pays la possibilité de restructurer leur dette souveraine tout en débloquant des financements durables significatifs pour la biodiversité et le climat.
La nature comme actif, pas comme coût

Face à la diminution de l’aide publique et à l’aggravation des menaces écologiques, la clé consiste à réimaginer la nature non pas comme un coût, mais comme un actif générant des rendements, réduisant les risques et assurant la prospérité et la sécurité à long terme. Le Tropical Forests Forever Facility (TFFF), que le Brésil souhaite lancer lors de la COP30, offre un modèle sur la manière dont les capitaux publics et privés peuvent maintenir les forêts debout. Ce dispositif pourrait générer jusqu’à 4 milliards de dollars par an au bénéfice des pays forestiers tropicaux qui démontrent des avancées concrètes en matière de conservation et de restauration. La COP30 représente une occasion unique de faire preuve de leadership en faisant progresser ces modèles financiers innovants et en démontrant comment le capital privé peut devenir un véritable partenaire pour la planète et ses habitants. Les capitaux sont là ; la question est de savoir si nous aurons l’imagination et la volonté de les mettre au service de la nature, avant qu’il ne soit trop tard.
