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Alumni 30 Under 30 : La curiosité comme avantage compétitif chez Techwolf

« Ma première rencontre avec l’entrepreneuriat eut lieu à mes 11-12 ans : j’ai commencé à faire des sites pour la famille, les amis, puis les amis des amis,… » s’amuse Jeroen Van Hautte, CEO de Techwolf, entreprise d’intelligence artificielle active dans les ressources humaines. Il fait partie de la prestigieuse cohorte des Forbes 30 Under 30. 

« J’ai appris à coder très vite. C’était simple pour moi, ce qui m’a amené à beaucoup programmer. » La première étape de son projet entrepreneurial eût lieu la dernière année de ses études à l’université de Gand avec la constitution de l’équipe qui dirigerait Techwolf « Mes deux meilleurs amis et moi avons participé à un Hackaton. Nous avons adoré travailler ensemble. Il y eut une sorte de magie, un déclic qui a généré beaucoup d’énergie positive. Nous avons décidé de mettre nos compétences en commun pour créer quelque chose qui n’existait pas. » La rencontre de l’intelligence artificielle et des ressources humaines a eu lieu dans un deuxième temps, en observant la dynamique des jobs étudiants « Beaucoup d’étudiants travaillent dans les services mais nombre d’entre eux ne faisaient pas ce qui était en lien avec leurs qualifications. » En 2018, ils décident de créer une plateforme pour faire correspondre les talents et identifier les compétences-clés des étudiants et combler cette lacune. « C’est la différence entre être guidés par le sens par rapport à une approche de marché plus froide. » pose Jeroen Van Hautte. 

Le mot « compétence » est quasi un terme tiroir aujourd’hui. Ce qui était une compétence hier ne le sera pas forcément aujourd’hui. Quant à demain… « Tout dépend de la vitesse à laquelle ces dernières évoluent dans votre secteur. Je pense qu’aujourd’hui il faut apprendre vite et être flexible. » ce qui démontre une orientation vers le savoir-être plutôt que le savoir-faire. « C’est en effet un mélange entre apprentissage et attitude. J’ai une affinité pour les gens curieux. Au plus les choses changent, au plus la curiosité devient un avantage compétitif. » illustre Jeroen Van Hautte. Il sait de quoi il parle, certainement : étudiant, il a commencé à apprendre la photographie par appétence, est devenu semi-professionnel jusqu’à prendre des photos pour Tomorrowland. 

L’expertise demandée par les recruteurs serait évaluée selon la capacité d’une personne de faire des choses, au-delà du diplôme. « Tout le monde n’a pas la chance d’aller aux études supérieures. Nous constatons que ce qui compte pour les managers aujourd’hui, ce sont des personnes qui sont capables de délivrer des résultats, peu importe comment il ont acquis ses compétences. »

 Un discours qu’on aimerait réel mais qui se frotte à la dure réalité du changement au sein des organisations les plus conservatrices, recrutant encore sur base des diplômes uniquement « C’est une transition en cours, chaque entreprise a son propre rythme pour y arriver. Finalement, ce seront celles qui empruntent le chemin du changement qui seront les plus performantes. » A l’instar de ceux qui ont dû s’adapter au Covid et ont changé de mode opératoire en temps record. Les chiffres semblent donner raison à cette vision :  Techwolf est en 160ème position dans le classement du Financial Times des 1000 entreprises ayant la plus forte croissance en Europe. 

« Je suis passé de codeur (il a écrit 90% de la première version du site, ndlr) à architecte, puis à la production et à l’ingénierie. Aujourd’hui, je suis concentré sur les aspects d’intelligence artificielle et j’ai construit l’équipe d’ingénierie. » Celui dont l’objectif est de pousser l’entreprise plus loin dans l’innovation avoue être parfois « perfectionniste » et porté sur les détails. Son défi consiste à se concentrer sur les choses les plus importantes et à harmoniser ce qui est important dans son travail et celui de ses collègues, quitte à s’imposer de laisser certaines phases de projets à d’autres pour avancer. « Je tire mon énergie de la variation. Je m’attaque à une situation, j’en fais une mission puis lorsqu’elle est réglée, je passe à la suivante. J’aime pousser l’équipe à être à la pointe, state of the art. » 12 millions d’euros ont été investis dans Techwolf jusqu’à présent, entre autres par Stride (Fred Destin) et Fortino. 

Cette recherche de la performance laisse-t-elle de la place à la finesse de l’analyse des talents ? « Nous sommes conscients que nous opérons dans un espace de ressources humaines, ce qui signifie que nous avons beaucoup de responsabilités. Par exemple, la prévention des biais, notamment de genre et d’ethnie, est importante. » Selon Jeroen Van Hautte, le meilleur moyen d’éviter à l’IA de prendre les raccourcis conduisant à ces biais se trouve dans la construction d’une architecture solide. « Nous réalisons aussi des audits internes avec nos clients, une équipe de chercheurs et de spécialistes analysent la data pour prévenir ou identifier d’éventuels biais. Il y’a beaucoup plus de données objectives aujourd’hui qui permettent d’identifier les compétences réelles. » 

Basée à Gand, l’entreprise s’installe à Londres, puis NY. « Notre challenge aujourd’hui en tant que fondateurs est de travailler à l’inclusivité au sein de notre organisation avec son ouverture au monde. » C’est un changement culturel qui s’opère, tant par l’internationalisation en cours que par la définition de son identité, la définition de ses valeurs et de ses pratiques. « Tant que c’est en Belgique et que ça fonctionne, on ne se pose pas ces questions. Les valeurs personnelles des fondateurs se fondent avec celles de l’entreprise. Le cœur de notre activité, c’est d’aider le plus de monde possible à trouver leur zone de génie, celle où on se dit « je suis né.e pour ça. Notre mission, c’est d’avoir un impact des millions de personnes » s’enthousiasme Jeroen Van Hautte. Lui qui préfère travailler en équipe voit la culture d’une entreprise comme un OS (Operating System) pour lequel il convient de définir comment construire ses réseaux et les projets, la communication, la collaboration entre équipes et favoriser la créativité. 

La Success Story prend un tournant en 2020 lorsqu’ils sont cités en 2020 par le Forum économique mondial parmi les 100 pionniers technologiques les plus prometteurs  (lien : Technology Pioneers of 2022). Ils sont alors invités à parler à Davos et à appliquer aux 30 Under 30 du magazine Forbes. « Cela nous a ouvert des portes, permis des rencontrer des gens inspirants. Nous avons par exemple participé au 30 Summit a Cleveland, noué des contacts lorsqu’on voyage et surtout, donné beaucoup d’inspiration et d’élan pour la créativité. En rencontrant d’autres entrepreneurs du même âge qui font complètement autre chose, on apprend des approches différentes et éclairantes. »

Jeroen Van Hautte ferait presque oublier qu’il n’a jamais travaillé ailleurs avant « C’est un challenge » reconnaît-il « quand c’est juste pour soi, les conséquences ne sont pas très graves. Quand on est responsable d’équipe, on prend les choses bien plus au sérieux. ». L’une des solutions consiste à engager des gens passionnés, qui peuvent vraiment nous soutenir. » Les 75 personnes qui constituent désormais leur équipe entre Gand et Londres se reconnaîtront. 

Salma Haouach
Salma Haouach
De formation ingénieure de gestion de Solvay en 2001, major finance, Salma Haouach a démarré sa carrière dans le secteur financier avant de travailler dans l’ingénierie marketing et la communication stratégique à Valencia, Casablanca, Bordeaux et Le Havre avant de revenir à Bruxelles il y’a 10 ans et poursuivre sa carrière dans le conseil en stratégie et leadership durable. Parallèlement, elle a construit une carrière médiatique comme chroniqueuse dans des médias audiovisuels nationaux à partir de 2008 (L’Express, La Première, La Deux, BX1), elle a créé un média online d'éducation aux médias (Le Lab.) puis éditant et présentant deux émissions économiques : Coûte que Coûte sur Bel RTL et Business Club sur LN24.

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