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Capital Santé – Cancer : faut-il vraiment arrêter de travailler ?

La mauvaise nouvelle vient de tomber. Mais comment savoir si l’on pourra continuer à travailler pendant un cancer, s’il faut lever le pied ou s’arrêter complètement ? Le point avec le Professeur François Duhoux, chef de service en oncologie aux Cliniques universitaires Saint-Luc.

Forbes.be — Lorsqu’un patient apprend qu’il a un cancer, pouvez-vous déjà estimer sa capacité à continuer à travailler ?
Professeur François Duhoux — Tout dépend évidemment du type de cancer. Pour ceux qui sont incurables à assez brève échéance, le retour au travail est forcément moins une priorité. Mais pour les pathologies dont les perspectives sont meilleures, c’est différent. Là, tout va dépendre de la lourdeur du traitement. Au moment du diagnostic, on ne sait pas forcément exactement quelle tournure la maladie va prendre. Il faudra d’abord procéder à toute une série d’examens pour déterminer quels traitements seront nécessaires. On pourra alors discuter de leur compatibilité avec la vie professionnelle. Tout dépend aussi du métier. Certains sont combinables avec les traitements, d’autres pas. Si la thérapie ou ses conséquences sont lourdes, il sera compliqué de mener de front un travail très physique, comme coach sportif, ou un métier impliquant beaucoup de déplacements, comme responsable clientèle. En revanche, si l’essentiel du temps est passé derrière un ordinateur et qu’il est possible de recourir au télétravail, il sera envisageable de poursuivre son activité, au moins partiellement, avec des horaires adaptés. Le statut joue également un rôle : lorsqu’on est indépendant, il est souvent plus facile de disposer de son temps avec souplesse, de travailler les bons jours et de se reposer les mauvais.

— On peut donc combiner traitement contre le cancer et travail ?
— Oui, même en cas de chimiothérapie. Simplement, il faudra faire preuve de flexibilité, car il y aura des jours sans. La radiothérapie, elle, implique de venir à l’hôpital tous les jours, mais les séances sont courtes et donc compatibles avec le travail le reste du temps. D’autres traitements, comme l’hormonothérapie, peuvent provoquer des difficultés de concentration. En cas de brouillard mental, il sera recommandé de travailler à temps partiel, car il faut objectivement plus de temps pour faire les choses.

— Mais est-ce qu’on ne risque pas d’en faire trop ? De se fragiliser à force de vouloir poursuivre le travail ?
— Qu’on se rassure : aucune étude n’est venue affirmer que travailler pouvait entraîner une rechute d’un cancer. C’est un mythe complet ! L’injonction au repos durant les traitements est d’ailleurs remise en question. Quand j’ai commencé ma carrière, on disait effectivement aux patients de se reposer au maximum. Aujourd’hui, on leur conseille de faire du sport, car on s’est rendu compte que l’activité physique pendant et après un cancer était extrêmement bénéfique à tous les niveaux. Je suis aussi convaincu que, lorsque c’est possible, poursuivre sa vie professionnelle de façon adaptée est positif. Franchement, rester chez soi à tourner en rond ne permet pas de mieux vaincre la maladie. En revanche, un point me semble encore insuffisamment pris en compte : l’accompagnement à la réorientation professionnelle post-cancer, lorsque l’activité que l’on exerçait auparavant n’est plus compatible avec ses capacités.

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