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Savaco Inspire 2026 : « L’IA exige bien plus que de la technologie »

Trois quarts des projets d’IA échouent non pas pour des raisons technologiques, mais en raison de lacunes dans les processus, la gouvernance et l’organisation. C’est le constat marquant dressé par l’experte en IA Mieke De Ketelaere lors du congrès Savaco Inspire 2026, organisé au Wintercircus de Gand. Alors que les entreprises investissent massivement dans l’intelligence artificielle, elles manquent encore souvent, selon elle, d’une stratégie claire et d’une gestion responsable.

Le thème central du congrès, « la force des connexions », n’avait rien d’un hasard. Savaco, prestataire de services informatiques et partenaire technologique belge qui accompagne les entreprises, les PME, les pouvoirs publics et les organisations dans leur transformation numérique, souligne que l’IA va aujourd’hui bien au-delà d’un simple projet informatique. Selon son CEO, Dirk Michiels, l’intelligence artificielle touche l’ensemble de l’organisation. « Pour réussir sa mise en œuvre, il faut impliquer la direction, établir une gouvernance claire, adapter les processus, assurer une sécurité solide et prêter attention aux collaborateurs. » Selon lui, les entreprises qui déploieront l’IA de manière sûre, responsable et stratégique feront la différence.

© Dirk Michiels

De l’expérimentation à l’intégration structurelle

Selon Mieke De Ketelaere, le principal défi ne réside pas dans la technologie elle-même, mais dans la manière dont les organisations l’abordent. « Malgré des systèmes d’IA toujours plus puissants, de nombreuses entreprises restent bloquées au stade des projets pilotes. Elles se concentrent souvent trop sur la technologie et pas assez sur les processus et les personnes. »

De nombreuses entreprises utilisent désormais l’IA générative pour leurs tâches quotidiennes. Les salariés font appel à des chatbots pour rédiger des textes, réaliser des résumés et retrouver plus rapidement des informations. Selon Melissa Declercq, Senior Advisor Data, AI & Modern Work chez Savaco, ces usages sont désormais devenus courants.

Le véritable défi apparaît lorsque l’IA devient une composante permanente du fonctionnement de l’entreprise. « De nombreuses organisations sous-estiment alors l’importance de la gouvernance. L’infrastructure et les données ne sont pas les seuls éléments essentiels : il faut aussi définir clairement les responsabilités et les processus, et veiller au respect de la réglementation. »

La gouvernance de l’IA, une nécessité

Selon Declercq, l’utilisation incontrôlée des outils d’IA représente un risque majeur. « Des collaborateurs installent des applications de leur propre initiative, saisissent des données de l’entreprise dans des systèmes externes ou développent eux-mêmes des solutions d’IA sans savoir comment celles-ci sont stockées, sécurisées ou gérées. »

Ce qui commence comme un outil pratique peut entraîner des problèmes de compliance, de sécurité ou de propriété intellectuelle. Savaco préconise donc la création de comités de gouvernance de l’IA réunissant la direction, l’IT, des spécialistes de la sécurité, des juristes et des responsables métier. Un tel organe peut déterminer quelles applications sont autorisées, quels risques sont acceptables et comment les organisations doivent aborder de nouvelles réglementations telles que l’AI Act européen.

La sécurité comme fondement

Wesley Droogenbroot © DR

L’essor des agents d’IA s’accompagne également d’une complexité accrue. Ces assistants numériques peuvent recueillir des informations de manière autonome, exécuter des actions et préparer des décisions. Selon l’expert informatique Wesley Droogenbroot, les risques de fuite de données et d’utilisation abusive augmentent eux aussi. « Les organisations doivent donc commencer par cartographier la gestion de leurs informations. Quelles données sont publiques, internes, confidentielles ou strictement protégées ? Ce n’est qu’une fois cette classification clairement établie qu’elles peuvent déterminer quelles applications d’IA auront accès à quelles informations. »

Loïc Vandemoortele © DR

Les experts ont également mis en garde contre l’essor de ce que l’on appelle la « shadow AI » : des applications utilisées à l’insu du service informatique. Sans visibilité sur les outils employés par les collaborateurs ni sur les données qui y sont introduites, la sécurité reste un angle mort. Selon Loïc Vandemoortele, la solution passe par une approche intégrée combinant gouvernance, classification des données, sécurité et surveillance. « Non pas pour freiner l’innovation, mais pour pouvoir déployer l’IA à grande échelle en toute sécurité. »

L’humain reste essentiel

Outre la technologie et la gouvernance, le facteur humain était également au cœur des débats. Mieke De Ketelaere a mis en garde contre une dépendance croissante aux systèmes d’IA. « Les collaborateurs utilisent de plus en plus souvent des chatbots pour accomplir des tâches variées, de la rédaction de textes à la préparation de décisions. Cela améliore la productivité, mais peut aussi réduire l’esprit critique et l’acquisition de connaissances. »

Selon elle, il est donc essentiel d’investir dans l’acculturation à l’IA. « Les travailleurs doivent non seulement apprendre à utiliser l’IA, mais aussi comprendre comment ces systèmes fonctionnent, quelles sont leurs limites et quels risques ils comportent. » Parallèlement, l’IA transforme la nature du travail intellectuel. Les collaborateurs sont de plus en plus souvent chargés de piloter les systèmes d’IA, de contrôler leurs résultats et de coordonner les assistants numériques. « Cela nécessite de nouvelles compétences et une autre manière de travailler. »

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