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Bientôt un moteur belge en F1 ?

Le groupe familial belge Dumarey et Renault Group ont annoncé le 22 octobre 2026 un accord portant sur la reprise d’Alpine Racing SAS, l’entité de Viry-Châtillon qui développait les moteurs Renault de Formule 1. La transaction n’est pas encore finalisée. Selon De Tijd, Guido Dumarey ambitionne de fournir un moteur à une écurie de F1 d’ici à 2029.

Le nom de Guido Dumarey revient dans l’actualité industrielle, cette fois du côté de la Formule 1. Jeudi 22 octobre, Renault Group et le groupe Dumarey ont annoncé la signature d’un accord portant sur l’acquisition d’Alpine Racing SAS, installée à Viry-Châtillon, dans l’Essonne. L’opération porte sur les équipes ainsi que sur les actifs matériels et immatériels nécessaires à l’exploitation du site. Environ 150 salariés seraient repris, selon Reuters et l’AFP. Le prix n’a pas été communiqué.

L’accord ne vaut pas encore cession. Le projet a été présenté le même jour aux représentants du personnel, lors d’un comité social et économique extraordinaire, et sa réalisation reste soumise à la procédure légale d’information-consultation ainsi qu’aux autorisations réglementaires requises. Aucune date de finalisation n’a été publiée. Une fois l’opération bouclée, l’entité fonctionnera sous la marque, la propriété et la gestion du groupe Dumarey.

Un moteur belge en Formule 1 ?

De Tijd rapporte que Guido Dumarey veut introduire un moteur belge auprès d’une écurie de Formule 1 d’ici à 2029, une ambition également relayée par HLN et par Autosportwereld. Ce dernier, qui attribue l’information à une enquête de Bas Kurstjens pour De Tijd, précise que l’industriel souhaite associer les compétences de Viry à celles des centres du groupe à Turin et à Pise.

Le communiqué officiel reste plus général. Il évoque la volonté de développer les activités de motorsport du groupe et envisage de mettre, à l’avenir, l’expertise des équipes en moteurs de F1 au service d’écuries de compétition. Il ne cite ni échéance, ni client, ni budget, ni programme moteur détaillé. L’horizon 2029 relève donc, à ce stade, plus une vue d’entrepreneur, un souhait, voir un rêve, qu’une véritable feuille de route. La notion même de « moteur belge » requiert d’être nuancé puisque le site repris se trouve en France et le montage industriel décrit par Autosportwereld ferait aussi appel à des compétences italiennes.

Viry-Châtillon et Enstone, deux entités distinctes

Autre précisions pour éviter toute confusion :  Alpine Racing SAS, fait référence à l’entité moteur en France, alors qu’Alpine Racing Limited, au Royaume-Uni, a son siège à Enstone, au Royaume-Uni et s’occupe de la conception des chassis de l’équipe F1. Cette dernière reste dans le giron de Renault, qui y conserve la conception et l’assemblage des monoplaces : aérodynamique, composites, suspensions et carrosserie. Il faut être très clair, en rachetant Alpine Racing SAS, Guido Dumarey ne rachète pas l’écurie de Formule 1.

Par contre, le site Viry-Châtillon visé par l’opération constituait est intimement lié à l’histoire du moteur Renault en F1 depuis les débuts du constructeur dans la discipline, en 1977, avec le pari alors novateur du turbo. En tant que motoriste, Renault a contribué à douze titres mondiaux des constructeurs et à onze titres pilotes, dont les doublés de Renault et Fernando Alonso en 2005 et 2006, puis ceux de Red Bull et Sebastian Vettel jusqu’en 2013.

Pourquoi Renault se retire

La cession prolonge une décision prise il y a deux ans. Le 30 septembre 2024, Alpine confirmait l’arrêt du développement de son nouveau moteur de F1, tout en maintenant les activités liées aux moteurs existants jusqu’à la fin de la saison 2025. L’écurie utilise des moteurs Mercedes, dans le cadre d’un accord annoncé le 12 novembre 2024 qui couvre la période de 2026 à 2030 au moins.

L’argument avancé à l’époque était financier. En octobre 2024, Luca de Meo évoquait un coût de 200 à 250 millions d’euros par an pour un moteur maison, contre moins de 20 millions d’euros pour une fourniture extérieure. D’autres estimations contemporaines situaient le programme interne autour de 100 à 120 millions d’euros. Les montants ont varié selon les interlocuteurs et les périmètres retenus.

Renault a ensuite tenté une reconversion du site. En 2024, le groupe annonçait Hypertech Alpine, un centre d’ingénierie destiné notamment à travailler sur une future supercar, les batteries, les moteurs électriques et plusieurs programmes de compétition. En février 2026, Alpine annonçait son retrait du Championnat du monde d’endurance à l’issue de la saison et recentrait sa stratégie sportive sur la F1. Le site de Viry, présenté sous le nom d’Alpine Tech, devait alors développer ses prestations pour des entreprises extérieures. La reprise par Dumarey remplace cette perspective interne par celle d’un rattachement à un équipementier et prestataire d’ingénierie indépendant.

Un industriel habitué des reprises

Né en septembre 1959, Guido Dumarey s’est fait connaître par la reprise et la transformation d’activités industrielles, souvent en difficulté. Son parcours d’entrepreneur commence en 1983 avec la reprise de New Impriver, à Gand, et se poursuit sous la marque Punch. Le groupe a ensuite adopté le nom Dumarey, un changement officialisé progressivement autour de 2023 et 2024. Ses activités ont couvert les composants industriels, l’électronique, les transmissions et l’ingénierie automobile. En 2020, il reprenait à Turin le centre d’ingénierie de propulsion de General Motors.

En Belgique, son nom reste associé à sa candidature à la reprise de Van Hool en 2024, qui n’a pas abouti : les repreneurs retenus ont été VDL et Schmitz Cargobull. Le groupe poursuit ses acquisitions sur le sol belge. Le 2 septembre 2026, il a finalisé la reprise du site d’Aumovio à Malines et de ses quelque 300 salariés.

Dans le communiqué du 22 octobre, Dumarey se présente comme un groupe familial international réunissant environ 2 500 personnes sur onze sites, pour un chiffre d’affaires annuel d’environ 750 millions d’euros. À noter que ces chiffres sont inférieurs à ceux communiqué en février 2024, qui faisait état de plus de 3 000 collaborateurs et d’environ un milliard d’euros de chiffre d’affaires. Le groupe est actif dans les moteurs, les systèmes de propulsion et de contrôle, le stockage d’énergie, l’ingénierie et l’hydrogène.

Le savoir-faire de Viry au centre de l’opération

Le communiqué met en avant les compétences humaines et technologiques du site : propulsion haute performance, systèmes hybrides et électriques, simulation, logiciels et essais. Dumarey entend s’appuyer sur ces capacités pour développer ses activités de motorsport et renforcer son offre d’ingénierie dans l’automobile, l’aérospatial et l’industrie. L’opération vise ainsi une équipe d’ingénieurs de très haut niveau autant qu’un outil industriel. Rien ne permet toutefois, à ce stade, de conclure à l’existence d’un carnet de commandes ou d’un modèle économique rentable pour l’entité reprise.

Les obstacles avant la grille de départ

Revenir en F1 ne sera, malgré le savoir faire des équipes française de Viry, une mince affaire, et rien ne le garanti à ce stade. Aucune écurie cliente n’est nommée. Rien n’indique non plus qu’Alpine redeviendrait cliente de Viry, puisque son contrat avec Mercedes court jusqu’en 2030 au moins. Le prix de la reprise, les investissements futurs et le budget d’un éventuel programme motoriste n’ont pas été publiés. Reprendre une structure d’ingénierie et financer un moteur compétitif restent deux projets distincts, que les informations disponibles ne permettent pas encore de chiffrer.

Le statut de motoriste passe aussi par la FIA. General Motors a obtenu une approbation spécifique pour GM Performance Power Units, en vue d’une entrée en 2029. Il est encore bien trop précoce pour Dumarey  d’initier de ce genre de procédure lourde et longue. Le calendrier réglementaire ajoute une inconnue fondamentale. La génération de moteurs introduite en 2026 conserve un V6 turbo de 1,6 litre, avec davantage de puissance électrique et sans MGU-H. La FIA et les constructeurs discutent cependant déjà d’un retour au V8 au début des années 2030, sans que les modalités soient formellement arrêtées. Une arrivée en 2029 obligerait Dumarey à choisir entre un moteur de la génération actuelle, la préparation du cycle suivant ou la fourniture de technologies à un autre motoriste.

Des garanties sociales à préciser

Le communiqué prévoit la reprise de l’ensemble des salariés de l’entité. La portée des protections dont ils bénéficieront reste à éclaircir. La Tribune évoque une garantie d’emploi de deux ans, tandis que l’AFP cite une source proche du dossier qui parle du maintien des salaires et avantages sociaux pendant 24 mois. Les deux engagements ne sont évidemment pas équivalents.

La question se pose avec d’autant plus d’acuité que le groupe gère des dossiers sociaux lourds en France. À Strasbourg, Dumarey Powerglide a annoncé en janvier 2026 un projet de fermeture entraînant la suppression de 320 emplois, après un premier plan social de 234 postes en 2025. La direction invoque la rupture anticipée des commandes de ZF et l’effondrement de l’activité ; les syndicats mettent en cause la stratégie du groupe et une diversification insuffisante. À Andrézieux-Bouthéon, site repris à ZF en 2023, une fermeture est annoncée pour fin 2026 et concerne environ 260 salariés, au terme d’un conflit social prolongé. Les syndicats y contestent le respect d’un engagement de maintien de l’emploi jusqu’à fin 2027, la direction faisant valoir la dégradation du marché et la baisse continue du chiffre d’affaires.

Ces précédents ne disent rien de l’avenir de Viry-Châtillon. Ils placent toutefois la durée et le financement des engagements du repreneur au cœur de la procédure d’information-consultation qui s’ouvre avec les représentants du personnel.

Martin Boonen
Martin Boonen
Martin Boonen est journaliste diplômé de l'Institut de Journalisme de Bruxelles (2012). Il collaboré avec de nombreuses rédactions à différent niveau de responsabilité : journaliste, chef de rubrique, secrétaire de rédaction et rédacteur en chef, tant sur le web que pour la presse imprimée. Spécialisé dans les startups et l'entrepreneuriat à impact, il est devenu en 2025 rédacteur en chef du site web de Forbes Belgique. Il est affilié à l'Organisation Mondiale de la Presse Périodique depuis 2011.

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