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Le Prix Européen de l’Espace Public urbain pour le Zuidpark – Anvers

Le Centre de culture contemporaine de Barcelone a décerné le 16 octobre son Prix européen de l’Espace public urbain au Zuidpark, créé par une équipe belgo-suisse.

Le Prix européen de l’Espace public urbain que vient de décerner le 6 octobre récompense le Zuidpark ouvert en 2024 au cœur d’Anvers, créé par une équipe belgo-suisse. Ce prix est décerné par le Centre de culture contemporaine de Barcelone dirigé par Judit Carrera, créé en 2000. Doté d’un budget de 16 millions par la municipalité et le conseil provincial de Barcelone, ce Centre public a été fondé en 1994.

L’édition 2026 retenait quatre finalistes : Les Bains du Rond-point, bains publics temporaires installés six jours à un carrefour de Logroño (Espagne) ; le réaménagement d’un nœud routier en parc paysager sur la place des Glòries Catalanes (Barcelone) et la mutation d’un ancien aéroport près de Vicence (Italie) en Parc de la Paix baigné de bassins.

L’équipe lauréate (Descombes, atelier adr et Tractebel) a donc reconverti les anciens docks de Gedempte Zuiderdokken construits en 1878, transformés dans les années 1960 en esplanade recouverte de bitume servant de parking, accueillant une fois par an la foire de Sinksenfoor. Conduite par le Genevois Georges Descombes, elle a reconverti l’ensemble en parc de centaines d’arbres long de 800 mètres, avec jardin aquatique, terrains de sport et trois plazas, ouvert sur le quartier. Le musée de la photographie, le FOMU, se situe à l’une des extrémités.

© Isabelle Pateer

Infrastructure climatique

L’architecte paysagiste Bas Smets, chargé notamment de réaménager les abords de Notre-Dame de Paris, faisait partie du jury présidé par l’architecte catalane Eva Prats. Pour lui, les quatre finalistes, « de grande qualité », traitent tous de la gestion de l’eau dans les villes futures, confrontées au manque d’eau l’été et au trop-plein l’hiver, aggravé par le changement climatique. « À chaque degré supplémentaire, l’air absorbe 7 % d’humidité de plus. La hausse planétaire moyenne étant de 1,3° est en ville plutôt de 3°, et entraîne une pluviosité accrue de 20 % l’hiver, qui impose de repenser l’urbanisme afin de stocker l’eau en hiver et de la redistribuer en été. »

Le Zuidpark, caractéristique de villes portuaires qui ne sont pas des métropoles, repense le passé industriel et l’espace public : « cette infrastructure portuaire devenue parking à ciel ouvert s’est muée en infrastructure climatique », explique le natif de Hasselt. Un vide urbain a ainsi été transformé en espace public conjuguant un usage quotidien et une gestion innovante de l’eau. « Le développement du paysage urbain est devenu plus professionnel, plus scientifique, plus global, souligne encore Bas Smets. C’est une machine spatiale et paysagère qui prépare la ville au défi climatique. »

Ville-éponge

© Isabelle Pateer

Le Suisse Georges Descombes, qui se qualifie d’« architecte du territoire », voit dans les projets sélectionnés une parenté avec le concept de ville-éponge développé par son confrère et ami chinois Kongjian Yu, disparu dans un accident en 2025. Son agence, Turenscape, a développé plus de 1 000 projets dans plus de 200 villes, intégrant les techniques traditionnelles chinoises de gestion de l’eau à l’urbanisme moderne, « une manière de concilier l’urbanisation fulgurante de la Chine avec les villes-éponges écologiques ». Cette « ville-éponge » organise en milieu urbain une gestion de l’eau fondée sur la nature, atténue les inondations, améliore la qualité de l’eau et renforce la biodiversité. Au lieu de systèmes de drainage en béton, des zones humides, des surfaces perméables et des espaces verts absorbent, filtrent et stockent les eaux pluviales. Ce modèle d’aménagement a été adopté par le pouvoir central chinois en tant que politique nationale de développement urbain en 2014.

Et Georges Descombes d’invoquer le philosophe allemand Walter Benjamin qui estimait qu’on ne peut rien faire sans tradition, à condition d’expurger la tradition de tout conformisme. Il ajoute : « il n’y a pas de bon projet sans risque ». Ayant travaillé dix ans au Zuidpark, il juge « difficile de rester radical, au noyau de ce qui doit être réalisé. Si je devais reprendre ce projet à zéro, je me limiterais à une prairie et deux petites forêts aux extrémités, où les enfants joueraient et où les riverains cultiveraient leurs plantes, sourit-il. Mon ami Kongjian Yu disait que l’architecture est l’art de la survie, et nous sommes à ce moment où se joue notre survie ».

cccb.org
publicspace.org

Johan-Frédérik Hel Guedj
Johan-Frédérik Hel Guedj
Johan-Frederik Hel Guedj est journaliste et auteur français. Rédacteur en chef pendant 7 ans de la revue Pouvoirs Locaux, consacrée aux politiques culturelles, il a publié huit ouvrages chez des éditeurs français et belges, dont deux romans, un essai consacré à Orson Welles, et quatre livres d’art. En plus de Forbes, il collabore à L’Echo et au Quotidien de l’Art (Paris).

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