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Planet B, l’ambition d’un impact durable

et
Dirk Vandenberghe

« Une obsession, mais à laquelle je cède avec plaisir », avoue Tibbe Verschaffel. Fabricant de produits de soins et d’entretien écologiques et sains, Planet B ambitionne de concurrencer de grands acteurs comme Unilever. 

Tibbe Verschaffel (29 ans) est si occupé qu’il planifie désormais certaines de ses réunions et interviews lors de trajets en voiture (électrique). L’entreprise de biens de consommation durables Planet B a ouvert pas moins de onze boutiques éphémères de la marque de cosmétiques Wondr pendant la période de Noël, dont trois pour la première fois en dehors de Flandre, à Charleroi, Liège et Utrecht. « La période des fêtes de fin d’année est celle des cadeaux. Nous voulons permettre à tout le monde de placer sous le sapin des produits sains et durables, c’est pourquoi nous misons beaucoup sur ces pop-up »,
souligne Tibbe Verschaffel. 

En parallèle, il finalise également l’intégration de Brauzz. La reprise de ce fabricant de feuilles de lessive et de produits ménagers constitue la première grande acquisition de Planet B. Entreprise concurrente, Brauzz proposait également des feuilles sous la marque Klaaar. Celles-ci représentent une alternative écologique aux produits de lavage classiques, comme les liquides ou les capsules. Elles ressemblent à des feuilles de papier épaisses et peuvent être simplement mises dans la machine à laver avec le linge. L’acquisition de Brauzz fait de Planet B le plus grand producteur de produits de consommation durables au Benelux, avec un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros et 44 employés. Mais l’objectif est de prendre pied sur le marché européen pour défier Unilever, Procter & Gamble et Henkel, sans perdre de vue la mission de l’enseigne, axée sur la durabilité, la santé et la technologie innovante. 

Tibbe Verschaffel se doute que d’aucuns trouveront ces ambitions prétentieuses, mais il est on ne peut plus sérieux. Il ne veut pas simplement vendre un produit durable et écologique à un groupe restreint de consommateurs soucieux de l’environnement, il veut faire bouger les ligner. Et pour ce faire, il faut de l’envergure, d’où l’énergie consacrée aux pop-ups, qui génèrent des ventes et renforcent la notoriété de la marque.  

L’entrepreneuriat coule dans les veines du jeune chef d’entreprise. Enfant, il récoltait déjà les sapins de Noël usagés dans la rue pour les replanter et les revendre l’année suivante. À seulement 16 ans, il a fondé son propre club de kickboxing, dont il est toujours président. En 2019, il a été élu étudiant-entrepreneur de l’année, en créant des bars d’été durables proposant des pailles réutilisables en bambou. 

C’est par ce matériau que tout a commencé. Pour son travail de fin d’études d’ingénieur industriel, Tibbe Verschaffel a choisi de travailler sur le bambou comme matériau alternatif dans la construction. Il planchait aussi sur un projet de vélos en bambou et sur une méthode pour préserver la coque dure des tiges de bambou et la rendre résistante au lavage, afin de l’utiliser comme paille. 

Les vélos n’ont finalement jamais vu le jour, même si Tibbe Verschaffel a roulé pendant un temps à Gand sur un vélo fait maison en bambou, volé depuis lors. Mais il avait déjà marqué un point décisif : on peut innover en utilisant des matériaux plus durables. Les pailles en bambou, vendues sous la marque Bambooze, rencontrent toujours du succès. 

Tibbe Verschaffel a créé Planet B pour vendre ses pailles. Il s’est concentré principalement sur le secteur horeca, mais les ventes ont stagné lors de la pandémie. Comme tout entrepreneur digne de ce nom, il a mis à profit cette période pour explorer d’autres domaines où il pourrait faire la différence, et il a rapidement jeté son dévolu sur les produits de grande consommation. « Beaucoup de ces produits, comme les cosmétiques, les détergents ou la nourriture, ne sont pas vraiment sains. Ni pour notre corps, ni pour la planète. En tant que jeune ingénieur, je veux concevoir des produits d’une autre nature. Et je ne veux pas me laisser guider par la recherche du profit, mais par la durabilité. » 

Le choix des cosmétiques relevait presque de l’évidence pour Planet B, car c’est précisément là où la marge de progression en matière de durabilité est la plus importante. Les flacons de shampoing, par exemple, ne contiennent que 20 % de produit, les 80 % restants étant simplement de l’eau. De plus, les particules de plastique provenant de l’emballage pénètrent dans notre corps, entraînant des conséquences néfastes pour notre santé. C’est pourquoi Planet B s’est concentré ces dernières années sur la marque Wondr, une gamme de produits de soins capillaires, corporels, cutanés et de rasage. Des magasins à l’enseigne de la marque ont ouvert leurs portes à Gand et à Anvers, et les shampoings, savons et pommades sont également vendus dans d’autres points de vente, tels que des supermarchés franchisés et plus de 750 pharmacies. Bien sûr, il existe également une boutique en ligne. 

Planet B mise pleinement sur l’innovation et le développement de produits. Quoi de plus logique avec un ingénieur à sa tête ? Mais Tibbe Verschaffel accorde également une grande importance au marketing. Selon lui, c’est la seule façon de passer du statut de petit acteur à celui d’entreprise qui change véritablement les choses. C’est pourquoi Planet B, à travers ses différentes marques, s’affiche sur les réseaux sociaux, mais aussi dans des magazines par le biais d’encarts publicitaires et à quelques endroits ciblés où beaucoup de jeunes se rassemblent. 

Le fait que les premières années soient déficitaires ne pose pas de problème à Tibbe Verschaffel. Il ne s’engage pas dans cette activité pour réaliser un profit rapide, mais pour laisser une empreinte positive à long terme avec ses produits de consommation durables. Beaucoup pensent encore que ces produits sont plus chers que les détergents classiques. Pourtant, comme l’explique l’intéressé, c’est surtout une question de perception : les feuilles de lessive reviennent en fait moins cher à l’usage. Mais il souhaite, grâce à l’innovation et à la mise en place d’une production à plus grande échelle, pouvoir également concurrencer les grandes enseignes dans le secteur des cosmétiques.
 
La durabilité doit en fait devenir le choix logique et abordable », estime Tibbe Verschaffel. « Nous ne pouvons pas être plus chers que les acteurs traditionnels. Nous fabriquons des produits de qualité à un prix accessible. Le durable peut et doit aussi être cool et abordable. » 

Les feuilles de lessive reviennent moins cher à l’usage. © Josefien Tondeleir

Tibbe Verschaffel souhaite également faire croître fortement Planet B dans l’année à venir. L’intégration de Brauzz dans Planet B a été très énergivore, mais elle est maintenant presque terminée. L’entrepreneur avoue avoir un peu sous-estimé cette intégration.
«
Relier les différents systèmes n’était pas évident. Sur le plan technique, il a fallu franchir quelques obstacles. Heureusement, l’intégration des deux équipes s’est déroulée très rapidement et sans problème. Les équipes et les fondateurs partagent les mêmes valeurs, la même foi en la santé, la durabilité et l’écologie. Impossible que ça se passe mal dans ces conditions. » 

« Les probiotiques, ce sont des milliards de bactéries saines qui aiment manger la saleté » 

La dernière étape de l’intégration sera marquée par le lancement, en février 2016, d’un nouveau label pour les feuilles de lessive et autres produits ménagers tels que les tablettes pour lave-vaisselle et les nettoyants multi-usages, qui remplacera les marques existantes, Klaaar et Brauzz. Une grande braderie Klaaar et Brauzz débutera d’ailleurs dès janvier, avec de nombreuses réductions et promotions. Mais il s’agit de bien plus qu’un simple rebranding, car tous les produits ménagers seront améliorés. « Ces derniers temps, nous avons mené de nombreuses recherches sur les probiotiques. Ce sont des milliards de bactéries saines qui aiment manger la saleté. Nous les intégrons désormais dans notre nouvelle gamme, ce qui rend nos produits ménagers encore plus efficaces. » 

Un nouveau site grand public Planet B regroupant toutes les marques verra bientôt le jour. De quoi mettre à la disposition des clients une plateforme unique pour tous les articles de consommation durables, du savon au nettoyant WC. « Si vous souhaitez avoir un foyer sain et sans plastique, vous trouverez tous ces produits sur un seul et même site », explique Tibbe Verschaffel.  

Les boutiques pop-up ouvertes pendant cette période de soldes constituent, selon le jeune entrepreneur, un avant-goût de ce qui nous attend en 2026. Pour l’instant, Planet B se concentre encore principalement sur la Flandre, mais les magasins de Liège, Charleroi et Utrecht témoignent clairement de l’ambition de l’enseigne de se développer également en Wallonie et aux Pays-Bas. De nouveaux produits ou des produits revisités, des « innovations folles », selon Tibbe Verschaffel, dont il ne peut malheureusement pas encore dire grand-chose, vont voir le jour. Et au moins une acquisition est prévue en 2026. Planet B est donc encore très loin d’avoir dit son dernier mot. 

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