Newsletter

Magazine

Inscription Newsletter

Abonnement Magazine

Guillaume de Mevius : du Dakar aux ateliers de Wavre, itinéraire d’un pilote-constructeur belge

Deuxième du Dakar 2024 sous les couleurs d’Overdrive, Guillaume de Mevius a connu deux éditions frustrantes chez X-Raid Mini. Le pilote belge n’entend pas pour autant lever le pied. À la tête du G-Rallye Team devenu constructeur de prototypes sous la marque G-ECKO, et désormais impliqué dans le rachat de KTM X-Bow par un consortium belge, il dessine un écosystème entrepreneurial ancré dans le sport automobile. Pour Forbes Belgique, il revient sur ses ambitions de compétiteur et sa mue en industriel.

Forbes Belgique – Vous remportez la première étape du Dakar 2026. Après votre deuxième place au général en 2024, les attentes sont considérables. Quel est votre état d’esprit à ce moment-là ?
Guillaume de Mevius – C’est toujours rassurant de montrer qu’on est capable de signer une première place. Cette victoire d’étape me confortait dans ma performance pure. Mais j’étais lucide : sans coéquipiers pour la suite de la course, je savais que la victoire finale serait très difficile à aller chercher. Mon objectif réaliste restait un top 5. En tant que sportif, on pense être capable, on travaille pour l’être, et puis il faut le prouver. Cette première étape m’a apporté cette confirmation. Mais je savais aussi que les difficultés allaient venir, précisément parce que j’étais seul dans mon équipe.

Guillaume de Mevius et Mathieu Baumel célèbrent leur victoire d’étape au Dakar 2026 à l’issue de la première épreuve © Simon Bauchau

– La suite vous donne raison : problèmes mécaniques, crevaisons à répétition. Comment maintient-on sa motivation quand l’objectif s’éloigne ? D’autant que cette édition revêtait une dimension particulière avec le retour de Mathieu Baumel à vos côtés. (NDLR : Le copilote français, victime d’un grave accident ayant entraîné une amputation partielle de la jambe, effectuait son retour en compétition lors de ce Dakar 2026.)
Il y a toujours plusieurs objectifs dans l’objectif. L’objectif de performance pure, on l’a assez vite vu partir. Restait celui d’aller jusqu’au bout, pour l’équipe, pour nous. Et il y avait la situation de Mathieu, qui donnait à cette course une dimension humaine fondamentalement puissante. On se trouve toujours des raisons de se battre, même si elles ne génèrent pas la même énergie que la perspective d’une victoire.

© Simon Bauchau

– C’est la deuxième saison consécutive où la fiabilité vous fait défaut chez X-Raid Mini. La frustration est-elle d’autant plus vive que vous savez disposer de la vitesse pure ?
C’est très frustrant. Mais c’est le concept même du rally-raid : il faut réunir la vitesse, l’endurance, la navigation et la fiabilité mécanique. Si un seul de ces éléments manque, ça ne fonctionne pas. Cela fait deux ans que nous n’y parvenons pas. Avec l’expérience, on apprend à gérer cette frustration. Le rally-raid a cet avantage de permettre des carrières plus longues. Un Dakar décevant ne signifie pas la fin de tout. Ce n’est pas le cas dans toutes les disciplines. Je ne me considère pas dans une impasse.

– Votre deuxième place au général avait été obtenue avec Overdrive, une structure cofondée par votre père. Qu’est-ce qui vous avait poussé à la quitter pour X-Raid ?
Je ne regrette pas mon choix du moment. Il y avait un projet qui, malheureusement, ne s’est jamais concrétisé. Si ce projet avait vu le jour chez X-Raid, mon choix aurait été parfaitement cohérent. Mais des promesses n’ont pas été tenues, et je me suis retrouvé avec une voiture vieillissante, certes encore rapide, mais sans coéquipiers et sans développement suffisant. Cela dit, rien n’est définitif. Il faut savoir être ouvert d’esprit en sport, y compris pour revenir sur ses décisions. Un retour chez Overdrive n’est pas exclu.

Pilote et mécano, Guillaume de Mevius, passionné de mécanique met lui même la main dans le cambouis quand c’est nécessaire © Simon Bauchau

– L’histoire de votre famille dans l’autombile ne se limite pas à la compétition. Votre père Grégoire a cofondé Overdrive Racing avec Jean-Marc Fortin, votre frère Ghislain a bâti le WIK (Wavre Indoor Karting), un complexe qui dépasse largement la simple piste de karting, et vous reprenez une branche d’activité d’Overdrive. D’où vient cette fibre entrepreneuriale ?
Il y a beaucoup de similitudes entre le sport de haut niveau et l’entrepreneuriat : la fixation d’objectifs, la gestion des défis, le travail de projet. J’ai toujours aimé les challenges. Le rally-raid me laissait suffisamment de temps à côté pour envisager d’autres activités. Les projets ont ensuite pris une ampleur que je n’avais pas forcément anticipée. Mais cette culture du défi permanent, je crois qu’elle est profondément ancrée dans la famille.

– Concrètement, quelle est votre relation avec Overdrive Racing aujourd’hui ?
J’ai repris uniquement la branche OT3, les prototypes légers. Overdrive continue d’exploiter les Toyota Hilux pour le Dakar et le Championnat du monde W2RC sous la direction de Jean-Marc Fortin, qui en reste le patron et le propriétaire. Ce sont deux activités séparées.

En tournage pour Forbes au WIK, chez son frère Ghislain, voisin de ses ateliers de Wavre © Simon Bauchau

– Cette branche OT3, vous l’avez développée au sein du G-Rallye Team. Pouvez-vous retracer la genèse de cette structure ?
Le G-Rallye Team a été créé par mon frère Ghislain, à l’origine comme un simple nom d’équipe pour ses activités en rallye historique avec mon père. Il n’y avait aucune vocation commerciale : c’était un cadre pour leur passion commune des voitures de course anciennes, et c’est d’ailleurs ce qu’ils continuent de faire aujourd’hui. En 2020, pendant le Covid, j’ai créé ma propre société, FO Management, et j’ai repris le nom commercial G-Rallye Team pour y loger mon activité off-road. Les deux entités sont juridiquement distinctes.

– Comment la reprise de l’OT3 s’est-elle concrétisée ?
Mon père a cofondé Overdrive en 2006-2007, puis s’en est retiré en 2011. Overdrive a poursuivi sa croissance et lancé le projet OT3 en 2019. J’y croyais, puisque je pilotais ces machines dans le cadre du Red Bull Off-Road Junior Team. Mais le projet stagnait : les pilotes étaient performants, les voitures ne l’étaient pas suffisamment en termes de fiabilité. Overdrive était surchargée entre la gestion des Hilux et le développement de l’OT3. C’est d’ailleurs Overdrive qui a proposé de nous céder le projet. Je connaissais bien Jean-Marc Fortin, je fréquentais les ateliers depuis l’enfance. Les discussions ont été fluides. C’est comme ça que le G-Rallye Team a véritablement pris son envol.

En piste, au WIK © Simon Bauchau

– Où en est le G-Rallye Team aujourd’hui en termes de capacité industrielle ?
Nous sommes quinze en interne, dédiés au développement et à la production de véhicules qui ont évolué et qui portent désormais la marque G-ECKO. À partir du châssis numéro 16, les OT3 étaient entièrement construits dans nos ateliers à Wavre. Le G-ECKO Challenger One, lancé en octobre 2024 au Rallye du Maroc, représente l’aboutissement de cette montée en compétence : c’est un véhicule intégralement conçu et développé en Brabant wallon, qui intègre l’ensemble des retours d’expérience de nos clients-pilotes. Nous sommes passés du statut de préparateur à celui de constructeur.

– Parmi ces clients-pilotes, on a vu l’ex-champion WRC Kris Meeke au volant d’un OT3 au Dakar 2024, et plus récemment le Belgo-Luxembourgeois Charles Munster en G-ECKO. L’équipe attire des profils de premier plan.
C’est le fruit du travail accompli depuis plusieurs années. Les OT3 avaient remporté les douze spéciales du Dakar 2022 en catégorie T3. Cette crédibilité technique nous a permis d’attirer des pilotes de haut niveau et de nous affirmer dans le championnat du monde. Avec Marc Van Dalen comme team manager depuis 2022, la structure s’est professionnalisée. Nous affichons un taux de présence à l’arrivée supérieur à 85% et des podiums dans une course sur trois.

Avec la KTM et le G-ECKO sur le Red Bull Ring, en Autriche © Simon Bauchau

– Vous évoquez un projet avec KTM Crossbow qui semble changer d’échelle. De quoi s’agit-il exactement ?
Le G-Rallye Team Off-Road va être amené à disparaître en tant que tel pour devenir KTM Crossbow Off-Road. Nous sommes cinq Belges à avoir racheté la société KTM Crossbow, la branche automobile de KTM qui construit aujourd’hui des voitures de route. L’ambition est d’y ajouter un projet off-road : nous allons produire des SSV de série, accessibles au grand public, avec une version de course préparée dans nos ateliers. C’est un projet industriel d’envergure qui prend forme.

– Faut-il s’attendre à vous voir au départ du Dakar en KTM ?
Pas en catégorie Ultimate. J’ai encore l’ambition de gagner au classement général, je compte donc rester avec Mini pour le moment. Mais KTM va arriver en compétition via cette équipe-ci, dans la catégorie SSV. C’est un nouveau chapitre.

– Comment fonctionne cette cohabitation professionnelle entre votre père, votre frère et vous ? La frontière entre famille et business n’est-elle pas difficile à maintenir ?
Ce qui rend notre fonctionnement sain, c’est que chacun a son activité propre. Ghislain gère seul le WIK. J’ai la main sur le G-Rallye Team et le projet KTM. Mon père passe régulièrement à l’atelier parce qu’il y a ses propres voitures et projets, et il nous apporte ses conseils. Mais personne ne s’immisce dans le business de l’autre. Les échanges se font de manière informelle : quand Ghislain passe ici, il me glisse en privé ses observations, et je fais de même quand je vois quelque chose au karting. C’est un équilibre où l’expertise circule sans que l’autorité déborde.

© Simon Bauchau

– Grégoire, Ghislain, Guillaume… Quand on a un prénom qui commence par G et qu’on s’appelle Mevius, la course automobile est-elle une fatalité ?
J’ai été bercé dedans depuis l’enfance. Les voitures, la mécanique, les courses de mon frère et de mon père. Ce qui est intéressant, c’est que Ghislain et moi avons tous les deux adhéré au sport automobile, mais par des entrées très différentes. Lui est passionné par l’histoire du rallye et de la F1, il a une culture encyclopédique de la discipline. Moi, c’est la technique pure qui m’a toujours porté. Petit, j’étais mécanicien sur le quad de compétition de mon frère, trop jeune encore pour rouler moi-même. On évolue dans le même univers, avec des moteurs différents. C’est comme dans beaucoup de familles où un métier se transmet : quand on tombe dedans et qu’on aime ça, on est accroché.

Martin Boonen
Martin Boonen
Martin Boonen est journaliste diplômé de l'Institut de Journalisme de Bruxelles (2012). Il collaboré avec de nombreuses rédactions à différent niveau de responsabilité : journaliste, chef de rubrique, secrétaire de rédaction et rédacteur en chef, tant sur le web que pour la presse imprimée. Spécialisé dans les startups et l'entrepreneuriat à impact, il est devenu en 2025 rédacteur en chef du site web de Forbes Belgique. Il est affilié à l'Organisation Mondiale de la Presse Périodique depuis 2011.

A la une