Depuis Lisbonne, Martine Hardeveld Kleuver gère le marché belge et néerlandais pour la scale-up finlandaise Swappie. Elle ne croit pas au traditionnel 9 to 5 comme mesure d’engagement, mais plutôt en la productivité et la confiance. Entretien sur le télétravail, le leadership féminin et la raison pour laquelle personne n’est jamais totalement prêt pour un nouveau rôle.
Deux à trois minutes d’arrêt. Pas de téléphone. Simplement un espresso au comptoir puis on continue. Cela peut sembler un rituel anodin, mais pour Martine Harvath Kluiver, cela résume parfaitement sa vision du travail et de la vie. Être présent de manière consciente, puis donner le meilleur de soi. Elle a déménagé à Lisbonne il y a deux ans, suivant son partenaire venu pour lancer sa propre entreprise. Pour son employeur, la scale-up finlandaise Swappie, cela ne posait aucun problème. L’entreprise vend des produits Apple de seconde main et a été pensée pour le télétravail dès ses débuts, en pleine pandémie. “Swappie évalue ce que vous produisez, pas l’heure à laquelle vous vous connectez ou déconnectez”, explique Martine Hardeveld Kleuver. Depuis la capitale portugaise, elle dirige en tant que country lead Benelux l’expansion aux Pays-Bas et en Belgique.
Adieu le 9 to 5
La journée de travail traditionnelle ? Elle n’en a que faire. “Le 9 to 5 est un vestige d’une époque révolue. À l’époque, ça fonctionnait bien parce que tout le monde était au bureau avec des rôles bien définis. Mais le monde a énormément changé depuis.” Dans sa propre semaine de travail, aucune ne ressemble à la précédente. Parfois, elle travaille tard dans la nuit, non par nécessité, mais parce qu’elle est dans le flow. À d’autres moments, elle termine plus tôt. “Si je suis moins en forme le vendredi, je m’arrête une heure plus tôt. C’est bien plus efficace que de s’acharner à maintenir l’équilibre parfait.” Cette même liberté, elle l’accorde aussi à son équipe. Un collaborateur qui promène son chien et revient dix minutes plus tard avec des idées fraîches ? Parfait. Un collègue dont l’enfant est malade à la maison ? Aucun problème. “Tant que le travail est bien fait et bouclé, les gens peuvent choisir eux-mêmes quand s’y atteler.”
L’ambition avant CV
Elle avait 28 ans quand elle a rejoint Swappie en tant que country manager, sans expérience en gestion de P&L, mais avec un solide bagage en marketing et médias. Elle a eu des doutes, notamment lors des entretiens avec des journalistes. “Que peut bien avoir à dire une femme de 28 ans sur la tech de seconde main ?” Mais elle a rapidement balayé le doute. “Il n’y a pas d’âge magique où, en tant que jeune femme, on a soudainement assez d’expertise. Je savais que je l’avais. Alors, j’ai simplement foncé. » Le syndrome de l’imposteur, elle le connaît, comme tout le monde. « Mais peut-être que les hommes le cachent mieux. Personne n’est jamais prêt à cent pour cent pour un nouveau rôle. » Elle apprécie que son PDG choisisse les bonnes personnes plutôt que le meilleur CV. « Si vous avez l’ambition et la capacité d’apprendre, Swappie vous donne la chance de faire vos preuves. »
Inégalités structurelles
La Journée internationale des droits des femme n’est pas un simple symbole pour Hardeveld Kleuver, mais une occasion de se pencher sur des points douloureux concrets. “Nous sommes encore loin du compte.” Elle s’agace des choix que font les femmes après la naissance d’un enfant : famille ou carrière ? “Beaucoup de mes amies travaillent souvent à temps partiel, non parce qu’elles le souhaitent, mais parce que cela semble être la meilleure solution dans les structures existantes. Personne ne devrait être contraint à ce choix. ” Elle ressent également l’inégalité au travail. Elle pèse soigneusement ses mots pour ne pas être perçue comme trop dure ou trop douce. « Un collègue masculin pourrait dire la même chose sans que ça pose problème. Moi, je fais attention à la façon dont je formule. » Swappie s’efforce d’y répondre en interne via des quotas féminins dans le pipeline de recrutement et des formations en communication — non seulement sur le genre, mais aussi en matière de diversité culturelle, avec 65 nationalités au sein de l’entreprise. « Cela vous oblige à réfléchir à la manière dont un message est perçu, indépendamment de la culture, de l’origine ou du genre. »
Cap sur la croissance
Quatre ans et demi plus tard, Martine Hardeveld Kleuver a non seulement évolué dans son rôle, mais aussi en tant que leader. Elle tire de plus en plus d’énergie de l’accompagnement de son équipe. « Voir mes collaborateurs progresser et se dépasser me procure énormément de satisfaction. » Les ambitions de Swappie sont grandes. Après les iPhones et iPads, des AirPods ont été ajoutés à l’assortiment belge, et d’autres catégories suivront. L’entreprise, qui compte désormais quelque 700 collaborateurs, est devenue en 2022 la société à la croissance la plus rapide d’Europe. Sa mission axée sur la durablité — la seconde main comme choix conscient pour le consommateur et la planète — n’est pas un aspect secondaire à ses yeux, mais l’une des raisons pour lesquelles elle y travaille chaque jour avec plaisir. Et ce café ? Elle le boit au comptoir. « Juste deux minutes sans téléphone. Puis je repars à fond. »
