Rolex a récemment lancé un espace Rolex Certified Pre-Owned chez Hall of Time et Longines a inauguré un Collector’s corner dans sa boutique bruxelloise. Mais pourquoi le marché des montres vintage est-il aujourd’hui si dynamique ? Joaquin Fernandez Cebrians, expert en montres de luxe chez Catawiki, et Gilles Clavareau, négociant et restaurateur de pièces de collection, partagent leurs conseils pour un investissement qui conserve sa valeur.
« Les modèles les plus emblématiques et les plus recherchés du siècle dernier doivent leur renommée à leurs innovations et à leurs performances », explique Joaquin Fernandez Cebrians, expert en montres de luxe chez Catawiki. « De la montre capable d’atteindre les plus grandes profondeurs, la Blancpain Fifty Fathoms, à celle qui a résisté aux conditions extrêmes de l’espace tout en continuant de fonctionner, l’Omega Speedmaster. Les avancées technologiques ont longtemps déterminé quelles montres deviendraient des pièces de collection, en récompensant les premières à dépasser certaines limites. Mais après des décennies d’évolution, l’intérêt a changé : les jeunes générations sont moins fascinées par les seules performances techniques. Les matériaux intéressants, leur histoire et les collaborations artistiques – en bref, les montres qui ont une histoire – figurent désormais parmi les critères de recherche. Il est essentiel de les prendre en compte au moment d’investir. »
Pour des conseils plus pointus, nous avons rejoint Gilles Clavareau parmi pendules, montres et objets d’art à la boutique Éveline Concept qu’il a fondée il y a deux ans dans une ruelle du Sablon, à Bruxelles. Contrairement à L’Artisan du Temps, son autre adresse où les clients peuvent faire entretenir ou réparer leurs montres directement à l’atelier, Éveline Concept se présente avant tout comme un espace dédié à l’accueil et à la vente : un lieu où l’on peut découvrir, comparer et acquérir des pièces vintages sur rendez-vous, avec une attention particulière portée à la sélection, à la provenance et à l’accompagnement plutôt qu’au travail technique. « Toute personne souhaitant investir dans les montres doit comprendre que le marché horloger n’est pas un tout homogène, explique-t-il. Il se divise en trois univers distincts : celui des montres neuves, celui de l’occasion – parfois dominé par la spéculation – et celui du collectionnisme pur. Chacun obéit à ses propres règles. »
La question essentielle est simple : pour quelle raison achetez-vous cette montre ? La voyez-vous comme un « statement piece », un prolongement de votre style personnel ? La choisissez-vous parce qu’elle vous plaît esthétiquement ? Ou espérez-vous aussi qu’elle constitue une valeur sûre ?
« Dans la majorité des cas, l’achat d’une montre neuve entraîne une perte de valeur immédiate dès la sortie de la boutique, répond Clavareau. Seuls quelques modèles échappent à cette règle : la Royal Oak d’Audemars Piguet, la Nautilus et l’Aquanaut de Patek Philippe, et chez Rolex tous les modèles professionnels : Submariner, GMT, Daytona. Sur le marché de l’occasion, ces pièces dépassent souvent leur prix d’origine, parfois même avant d’avoir été portées. Les montres produites entre 1950 et 1980 méritent une attention particulière ; elles ont contribué à bâtir la réputation des grandes maisons et restent très recherchées. La Submariner est toujours produite aujourd’hui, mais les versions actuelles ne sont que des évolutions du modèle d’origine, ce qui renforce l’attrait des premières générations auprès des collectionneurs. Ces pièces sont difficiles à obtenir auprès des revendeurs officiels : la marque ou le revendeur ne veut évidemment pas que la montre soit immédiatement revendue. Ceux qui parviennent à acquérir l’un de ces six modèles au prix catalogue gagnent souvent immédiatement. Les autres voient leur valeur diminuer. »
« L’achat d’une montre neuve entraîne une perte de valeur immédiate dès la sortie de la boutique. »
« La montre habillée connaît un véritable regain d’intérêt et la demande est particulièrement soutenue », observe Clavareau. Élégante et épurée, elle est conçue pour accompagner une tenue formelle – costume ou smoking – et se glisse aisément sous une manchette. « À mon avis, acheter un tel modèle neuf n’est pas un investissement. Les montres habillées affichent souvent des prix élevés à l’état neuf, alors qu’elles sont bien plus accessibles d’occasion. Et celles-ci ont tendance à prendre de la valeur d’année en année, parfois même presque de mois en mois. Certains modèles Tank de Cartier sont déjà plus chers qu’il y a deux mois. Pensez aussi à la Calatrava de Patek Philippe, surtout dans ses versions en or blanc. Même les modèles vintage d’entrée de gamme – comme les petites Tank en vermeil – que l’on pouvait acheter pour une bouchée de pain il y a cinq ans, ont vu leur prix grimper en flèche. Je vendais la Cartier Tank il y a cinq ans, avec trois ans de garantie, autour de 700 euros ; aujourd’hui, elles atteignent facilement 2 500 euros sur le marché de l’occasion. La règle reste la même : mieux vaut acheter d’occasion que neuf. Chez Cartier, la demande pour la Panthère surprend même les connaisseurs. Il est exceptionnel qu’une montre clairement féminine s’impose à la fois comme pièce de collection et comme investissement solide. Pourtant, la Panthère ne cesse de prendre de la valeur. Il y a un an et demi, une Panthère en or jaune avec mouvement à quartz – généralement regardée avec un œil critique par les puristes – coûtait environ 8 000 euros ; aujourd’hui, il est difficile d’en trouver à moins de 15 000 euros. »
« La forte hausse du prix de l’or ces derniers mois a eu un effet inattendu sur le marché horloger », poursuit Gilles Clavareau. « Pour certaines montres en or, la valeur intrinsèque du métal – calculée uniquement au poids – dépasse désormais la valeur marchande de la montre comme objet. Pour les passionnés, c’est une pensée inconfortable : personne ne souhaite voir de belles montres partir au creuset. Mais commercialement, cela crée un véritable dilemme. Lorsqu’une montre vaut davantage comme matière première que comme objet de collection, le comportement du marché change. On voit apparaître de plus en plus d’acheteurs qui ne s’intéressent pas vraiment aux montres, mais à l’or : pour à peu près la somme d’un lingot, ils peuvent acquérir une montre contenant la même quantité d’or – alors pourquoi pas la montre ? Ce type d’achat pèse sur l’équilibre entre l’offre et la demande et entraîne deux phénomènes parallèles : des investisseurs qui achètent des montres pour leur poids d’or, et des pièces qui finissent réellement fondues. À côté de cela, une autre pratique se développe dans le secteur. Certains marchands – dans le jargon, des “coquelards” – retirent le bracelet en or d’origine d’une montre, le revendent ou le font fondre, puis remettent sur le marché le boîtier et le mouvement, mais avec un bracelet en cuir. La conséquence est prévisible : à l’avenir, de plus en plus de montres vendues à l’origine avec un bracelet en or circuleront “dépouillées”. Or les collectionneurs privilégient presque toujours les pièces restées dans leur état d’origine. Les exemplaires ayant conservé leur bracelet en or seront donc les plus recherchés, et les plus chers. La valeur d’une montre ne réside pas dans son or, mais dans son intégrité. »
« Un cadran coloré ou orné d’une pierre peut fortement influencer la valeur d’une montre », explique Clavareau. « Le lapis-lazuli est plus prisé que jamais : les cadrans en cette pierre semi-précieuse d’un bleu profond sont particulièrement recherchés. L’onyx reste populaire, surtout sur des modèles emblématiques comme la Rolex Day-Date et la Datejust. Les tendances de couleurs jouent désormais un rôle majeur : la pistache est très en vogue, le bleu Tiffany et le corail restent prisés. Mais un cadran peut être remplacé relativement facilement, et c’est là que réside le danger : la couleur n’apparaît pas sur les documents officiels, ce qui ouvre la porte à des modifications difficiles à détecter. Certaines pièces de remplacement sont si bien reproduites qu’elles ne peuvent être identifiées que par des experts. Achetez donc votre montre uniquement chez un revendeur réputé, disposant d’un espace physique et d’une équipe de professionnels. Davidoff Brothers à Genève ou Phillips Watches pour les enchères sont des adresses fiables ; à Bruxelles, le Mont-de-Piété peut également réserver de belles découvertes pour qui sait ce qu’il cherche. Au-delà des noms, c’est une question de logique : achetez auprès de quelqu’un qui connaît réellement ses montres – qui les a vues, ouvertes et comprises – et pas seulement mises en ligne. Il peut aussi être judicieux d’acheter à un proche pour en connaître l’histoire, ou de faire examiner la pièce par un expert indépendant. Un cadran qui ne correspond pas au mouvement entraîne une perte de valeur. En horlogerie, le cadran est sacré. »
« En horlogerie, le cadran est sacré. »
« Il arrive que l’usure contribue justement à augmenter la valeur d’une montre. Un exemple emblématique est celui des cadrans bleus de la Rolex Submariner, qui, sous l’effet des rayons UV, prennent avec le temps une teinte violette. Ces fameux “purple dials”, aux reflets parfois irisés ou proches de taches d’huile, étaient autrefois considérés par Rolex comme des défauts de fabrication et systématiquement remplacés. Beaucoup ont ainsi disparu, ce qui rend ces montres particulièrement prisées aujourd’hui. Toutes les imperfections ne sont donc pas des défauts. Comme dans le monde de la philatélie ou de la numismatique, une petite variation – anomalie typographique ou défaut minime de production – peut faire la différence entre un objet ordinaire et une pièce de collection très recherchée. »
« Rareté ne signifie pas automatiquement valeur. Une édition limitée à quinze exemplaires peut sembler exceptionnelle. Mais existe-t-il une véritable demande ? Un marché international ? Un classique d’une grande maison se vend souvent plus vite qu’une édition de niche ultra-exclusive. »
Il faut bien le reconnaître : toutes les éditions rares ne deviennent pas liquides, toutes les montres de luxe ne sont pas un placement et toutes les imperfections ne sont pas négatives. Mais celui qui achète avec discernement, en s’appuyant sur la connaissance plutôt que sur la cupidité, peut se constituer un patrimoine tangible, capable d’apporter autant de satisfaction sur le plan financier qu’esthétique.
« Alors que certaines grandes maisons deviennent de plus en plus exclusives et inaccessibles, le public se tourne davantage vers les micro-marques », explique Joaquin Fernandez Cebrians. « Celles-ci s’associent à des plateformes d’actualités horlogères et proposent des éditions limitées rares, très prisées des collectionneurs. L’Unimatic Modello Uno U1-H Limited Edition pour Hodinkee en est un bel exemple. »
« Le Japon est souvent considéré comme le marché où l’on trouve les modèles les plus rares et dans le meilleur état. Les collectionneurs s’y rendent spécialement pour dénicher des pièces de collection rares comme l’Omega Speedmaster Alaska Project, poursuit l’expert. Plus largement, le marché asiatique présente un profil similaire : un public au fort pouvoir d’achat, particulièrement sensible au savoir-faire et à l’exclusivité, ce qui stimule la demande pour des pièces d’exception. La région est aussi le berceau de nombreuses micro-marques innovantes, en pleine expansion et de plus en plus reconnues à l’international. » En somme, les opportunités existent aussi au-delà des frontières.
Acheter une Rolex en toute confiance

Pour acheter une Rolex en toute confiance, rendez-vous chez Rolex CPO. À Bruxelles, la boutique multimarque Hall of Time — incontournable pour les amateurs de Rolex, IWC, Hublot et Tudor — vient d’être entièrement rénovée et accueille désormais un espace dédié au service Rolex Certified Pre-Owned (Rolex CPO).
Lancé il y a deux ans par Rolex, ce service répond à l’essor du marché de l’occasion, aussi attractif que complexe. Les montres Rolex d’occasion sont très prisées, mais il est souvent difficile pour les acheteurs de savoir exactement ce qu’ils achètent. Le mouvement est-il authentique ? Toutes les pièces sont-elles d’origine ? La configuration correspond-elle à l’année de fabrication ? Et qui se porte garant en cas de problème ?
« C’est précisément là que Rolex CPO fait la différence », explique Françoise Lanoizelet, propriétaire de Hall of Time. « Un revendeur d’occasion peut acheter une montre et la revendre le jour même, sans obligation vis-à-vis de la marque. Via notre corner Rolex CPO, chaque montre suit un protocole rigoureux, imposé par la marque. Concrètement, cela signifie que chaque montre Rolex CPO est entièrement inspectée, révisée et polie. Même sous garantie, elle doit être remise à neuf. Ce n’est qu’après le contrôle et la certification chez Rolex à Bruxelles que Hall of Time est autorisé à la proposer comme Certified Pre-Owned. Cette garantie est particulièrement importante pour les modèles anciens ou rares. »
Françoise Lanoizelet présente une Rolex Explorer II Réf. 1655, produite entre 1971 et 1984 et considérée comme l’une des montres de sport Rolex vintage les plus recherchées. Cet exemplaire de 1976 provient de son premier propriétaire et est accompagné de son coffret et de ses papiers d’origine. Rolex a vérifié que toutes les pièces sont authentiques et parfaitement conformes au modèle, à la référence et à l’année de fabrication. Car même au sein d’une même référence, de subtiles variations peuvent apparaître au fil du temps, qu’il s’agisse du cadran, du bracelet, de la finition ou des spécifications techniques.
Pour les clients, c’est un gage de sécurité. Chaque montre est livrée avec une garantie officielle Rolex de deux ans.
« C’est très différent d’un revendeur d’occasion classique, qui ne vérifie pas toujours le mouvement ni l’origine des composants », souligne Françoise Lanoizelet. « Dans un corner Rolex CPO, le client achète en toute confiance. C’est toute l’expertise de Rolex au service du marché de l’occasion. »
Dans un marché dominé par l’offre en ligne, Hall of Time mise sur l’expérience en magasin. Les montres Rolex CPO peuvent être consultées en ligne, mais l’achat se fait sur place. Les clients peuvent essayer les modèles, les comparer, poser leurs questions et bénéficier des conseils de spécialistes. Ce n’est sans doute pas la manière la plus rapide d’acheter une Rolex, mais certainement l’une des plus sûres.








