D’ici 2028, la technologie de probiothérapie de la scale-up belge YUN touchera plus d’un quart de la population mondiale, et ensuite la moitié de la planète. Le tout en partant de six millions de Belges. Dix ans après son lancement et plus de 20 millions d’euros d’investissements en R&D plus tard, l’entreprise biotech anversoise s’exporte plus que jamais à l’international.
YUN, née en 2016 et basée à Niel, près d’Anvers, fabrique des produits contre l’acné et l’eczéma, et commercialise également de la pommade pour les fesses, un spray contre les mycoses des pieds et des produits d’hygiène intime. Elle est aussi active dans la médecine vétérinaire.
L’entreprise est partie d’une idée simple : et si, face aux problèmes cutanés, au lieu d’essayer d’éliminer toutes les bactéries, on utilisait justement les bonnes bactéries pour rétablir l’équilibre naturel ? Les traitements antibactériens classiques visent en effet à supprimer ou à tuer les bactéries, ce qui peut éliminer non seulement les micro-organismes nuisibles mais aussi ceux qui sont bénéfiques. Avec la probiothérapie, YUN sélectionne soigneusement les bonnes bactéries, qui sont ensuite utilisées pour soutenir et rééquilibrer le microbiome, c’est-à-dire ces milliards de micro-organismes qui vivent sur et dans notre corps et qui contribuent à maintenir l’équilibre naturel.
La technologie à la base de YUN est à présent protégée par quelque 78 brevets. L’un d’eux concerne par exemple une technologie de micro-encapsulation. Les bactéries vivantes ne survivent en effet pas dans une crème classique. La scale-up a fait en sorte qu’elles soient précisément protégées et maintenues en dormance jusqu’à ce que le produit soit appliqué sur la peau. Les capsules qui les renferment se brisent alors et les bactéries deviennent actives.
Au total, l’entreprise a déjà investi, en dix ans, plus de 20 millions d’euros dans la recherche et le développement de produits et a constitué sa propre banque de souches. Ces investissements conséquents font que YUN n’est pas encore rentable. L’exercice 2025 s’est d’ailleurs clôturé sur une perte de près d’un million d’euros mais 2026 sera proche du seuil de rentabilité et les bénéfices devraient enfin suivre l’année suivante.
Après tout cela, il fallait encore démontrer que la probiothérapie pouvait également fonctionner à plus grande échelle sur le plan commercial. En 2025, YUN a conclu un accord de collaboration avec la société pharmaceutique canadienne Bausch Health afin de commercialiser ses produits en Pologne en 2025.
« Les premières années, nous avons dû prouver que la science fonctionnait. Ensuite, nous avons dû en faire une technologie et des produits stables, reproductibles et scalables », retrace Tom Verlinden, cofondateur et CEO de YUN. « Aujourd’hui, Bausch Health annonce un partenariat de grande envergure et nous constatons que plusieurs partenaires internationaux sont prêts à mettre leurs propres structures commerciales au service de notre technologie. L’enjeu change. Il ne s’agit désormais plus de savoir si cela peut fonctionner, mais quelle ampleur cela peut prendre. Notre innovation belge aidera des milliards de personnes et d’animaux à travers le monde souffrant de problèmes cutanés et d’autres troubles de santé, tandis que la technologie restera ici. »

Bausch Health vient donc de décider d’étendre la collaboration tant sur le plan géographique qu’en termes de portefeuille de produits, et d’intégrer la scale-up anversoise dans sa stratégie de croissance internationale plus large.
Les produits de YUN sont ainsi désormais déployés en République tchèque, en Slovaquie, en Ukraine, en Bulgarie et au Mexique, suivis du Kazakhstan en octobre. L’entreprise explique avoir délibérément décidé de ne pas mettre en place elle-même de grandes structures commerciales dans des dizaines de pays et de plutôt collaborer avec des partenaires disposant déjà localement de réseaux médicaux, commerciaux et de distribution. Par contre, la recherche, la technologie, la propriété intellectuelle, le développement de produits et le contrôle qualité restent gérés depuis la Belgique.
« En combinant ces expertises, nous pouvons, en tant que petite entreprise belge de biotechnologie, nous développer à l’international beaucoup plus rapidement sans pour autant céder notre cœur de métier scientifique et technologique », défend Tom Verlinden.
Afin d’accélérer son déploiement international et sa montée en puissance, YUN mène des discussions avec des investisseurs externes en vue d’obtenir des capitaux de croissance supplémentaires. Il est question de trois millions d’euros, après une augmentation de capital d’1,5 million d’euros en mars. Parallèlement, l’entreprise, qui emploie une cinquantaine de personnes, continue d’investir dans des technologies et des applications qui devraient générer une nouvelle croissance à l’avenir. « Nous ne levons pas de fonds pour survivre, nous levons des fonds pour pouvoir aller plus vite », résume Jan-Frederik Mahieu, directeur financier de l’entreprise anversoise.
Grâce à cette expansion déjà planifiée et contractuelle ainsi qu’à son portefeuille de projets internationaux, YUN entend être présent, au cours du premier semestre 2027, sur des marchés représentant au total 2 milliards d’habitants. Cela se fera notamment via le marché indien, où le potentiel de la probiothérapie de YUN est « sans précédent » et les besoins médicaux sont immenses. Quatre échantillons sanguins d’E. coli sur cinq analysés y sont résistants aux antibiotiques, ce qui est huit fois plus élevé qu’en Belgique.
Si cette expansion se poursuit comme prévu, la probiothérapie de YUN sera accessible, un an plus tard, à 4 milliards de personnes, soit la moitié de la population mondiale.
