Aujourd’hui, le développement durable n’est plus une option, mais une nécessité. Gert Linthout en donne la preuve avec ses deux entreprises, Mic Mac Minuscule et Ray & Jules, où impact écologique et valeur économique vont de pair. « Nous cherchons toujours des solutions pragmatiques qui facilitent le choix de la durabilité. »
Gert Linthout a débuté sa carrière comme conseiller en entreprise chez Möbius, un cabinet de conseil, où il a créé et développé plusieurs nouvelles unités commerciales, notamment autour de la durabilité et de la circularité. Après quinze ans, il s’est posé la question suivante : « Est-ce que j’aide vraiment les entreprises et la société à avancer ? »
Le déclic est survenu lorsque sa femme est tombée enceinte de leur deuxième enfant. « Nous avons demandé à la famille et aux amis de donner des vêtements de bébé d’occasion plutôt que des cadeaux neufs. Mais tout le monde n’a pas donné suite à cette demande, surtout pour des raisons d’ordre pratique : les choix durables sont souvent trop compliqués. »
Ce constat l’a conduit à fonder Mic Mac Minuscule, qui conseille les futurs parents et crée des listes de naissance sur mesure composées de vêtements de bébé de seconde main de qualité.

Entrepreneuriat circulaire
Avec sa femme, il a mis au point un site web simple. Deux jours plus tard, leur premier client s’est manifesté. La médiatisation de leur modèle innovant leur a permis de connaître une croissance rapide, mais le succès a aussi ses inconvénients. « Nous faisions tout nous-mêmes et nous nous sommes retrouvés au bord du burn-out. » La solution est venue avec un concept de franchise : « En répartissant le travail, nous avons pu gagner en taille sans négliger l’aspect humain. Les “Miss Mic Mac ” instaurent la confiance, essentielle lorsqu’on propose des produits de seconde main. »
« L’impact n’est pas une option, c’est le moteur stratégique de notre réseau décentralisé »
Aujourd’hui, Gert Linthout gère la logistique et la qualité, tandis que sa femme s’occupe de la coordination et du marketing. En moyenne, Mic Mac Minuscule permet d’économiser environ 200 tonnes de CO2 par liste de naissance. « L’impact n’est pas une option, c’est le moteur stratégique de notre réseau décentralisé. »
Innover avec du café solaire
Lorsque Mic Mac Minuscule a commencé à se développer, une nouvelle opportunité s’est offerte à Gert Linthout par l’intermédiaire de son ami Koen Bosmans. Ce dernier travaille depuis vingt ans avec son entreprise de technologie CEE à des solutions durables pour l’industrie. En cherchant des méthodes de production plus respectueuses de l’environnement, Koen Bosmans a testé une technologie radicalement différente pour torréfier le café, inspirée d’autres industries : « Devant le peu d’intérêt des grands acteurs du café industriel, alors nous avons décidé d’agir nous-mêmes », raconte Gert Linthout. « Pas pour lancer une nouvelle marque de café, mais pour montrer qu’on peut faire autrement, et ainsi secouer le secteur. »
Deux ans auparavant, Koen Bosmans avait déjà mis sur pied un prototype. En 2019, Gert Linthout s’est joint au projet, donnant naissance à Ray & Jules, première entreprise de café qui torréfie le café à l’énergie solaire. « Notre technologie est deux à trois fois plus efficace en énergie, une avancée comparable à l’invention du torréfacteur industriel en 1880 », indique-t-il. « On ne peut pas demander aux gens de boire notre café parce qu’il est bon pour la planète. Il doit être bon tout court. »
De grands noms de leur conseil consultatif, dont un ancien dirigeant de Starbucks, contribuent à faire bouger le secteur. Les ambitions de Ray & Jules vont au-delà de l’énergie. L’entreprise souhaite créer une chaîne équitable, avec des prix justes pour les agriculteurs et un impact climatique minimal.
Le démarrage n’a pas été simple. L’entreprise est née juste avant la crise du coronavirus, en visant les clients B2B et les bureaux. Lorsque ces derniers ont massivement fermé leurs portes, Gert Linthout a dû réagir rapidement. « Nous sommes passés à la vente numérique et au commerce en ligne. Grâce à ça, nous avons connu une croissance forte et nous faisons aujourd’hui partie des acteurs du café qui se développent le plus rapidement en Europe, dans un secteur généralement très conservateur. »
L’impact comme boussole stratégique
Ce qui relie Mic Mac Minuscule et Ray & Jules, c’est leur quête de systèmes pratiques permettant de rendre des choix durables accessibles et réalisables. Qu’il s’agisse de produits pour bébé ou de technologie caféière, l’impact est au centre.
Selon Gert Linthout, la durabilité ne doit pas se faire au détriment de la rentabilité, tant qu’on mesure les deux ensemble. « En alignant impact et paramètres économiques en temps réel, on réduit la tension classique entre les deux. Les entreprises qui intègrent l’impact dans leurs tableaux de bord principaux peuvent le piloter de manière ciblée et créer une différence structurelle. »
C’est également ce qui se vérifie dans la pratique. De grandes chaînes comme Dreambaby ont expérimenté les produits d’occasion, avant de jeter l’éponge, car cette solution ne s’est pas avérée rentable en interne, surtout par rapport à la vente de produits neufs. « Pour nous, la circularité est au cœur de tout, nous n’avons pas de plan B », explique Gert Linthout. « Le secret réside dans l’excellence logistique : un système intelligent sans surstock, avec un transport local et des processus efficaces. »
Persévérer dans une démarche durable
Malgré la croissance, les défis sont réels. Mic Mac Minuscule doit constamment rechercher des produits de seconde main de qualité, dans un marché où l’offre peer-to-peer ne cesse d’augmenter. « La vente en seconde main n’est pas évidente. Les prix sont deux à quatre fois moins élevés que pour le neuf, la réglementation TVA est peu attractive et les clients deviennent de plus en plus exigeants. De plus, il faut chercher, vérifier et nettoyer soi-même les matières premières, avec des marges largement réduites. On ne fait ça que parce qu’on croit sincèrement au sens de notre démarche. »
Ray & Jules connaît aussi ses défis. Le changement climatique entraîne des récoltes imprévisibles et de fortes fluctuations de prix, alors que les matières premières représentent 60 à 70% des coûts totaux. Les relations directes avec les agriculteurs offrent une certaine stabilité, mais ne constituent pas des remparts contre la volatilité.
Cependant, Gert Linthout reste fidèle à sa ligne de conduite. « Ce n’est pas un sprint, c’est un marathon. Il faut traverser les phases difficiles et continuer à afficher ses valeurs. Il y aura toujours des opportunités — acquisitions ou financement — mais il faut bien choisir de qui on accepte l’argent. Sinon, on risque de se retrouver dans une situation périlleuse. »
Se poser la bonne question
Son approche part toujours d’une question centrale : quel impact positif pouvons-nous avoir ? Pour Gert Linthout, la durabilité n’est pas une posture morale sans engagement réel, mais une nécessité stratégique. « Avant 1970, les objectifs sociaux et économiques n’étaient pas opposés. Ce n’est que lorsque Milton Friedman a affirmé que le seul but d’une entreprise consiste à faire du profit que la brèche s’est ouverte. Je souhaite pour ma part dépasser cette dualité. »
