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Léon Spilliaert : l’Ostendais à Paris

Après New York en 2025, Zwirner, l’une des galeries mondiales majeures, reçoit le génie d’Ostende.

Cette exposition parisienne chez David Zwirner est proposée par les Belges Noémie Goldman et Anne Adriaens-Pannier. « Souvent associé aux symbolistes, notamment Knopff et Ensor, Spilliaert est un artiste du XXe siècle : sa première œuvre date de 1901, et ses visions d’Ostende aux courbes infinies si modernes touchent à l’abstraction. »

À Ostende, que le roi Léopold avait décidé de transformer en « reine des plages », Spilliaert se promène de nuit, nourrit son regard onirique de ce littoral rectiligne.
Dans La Courbe de la digue (1908), le paysage étiré est d’une profondeur qui paraît impossible. « Sa maîtrise du lavis y insuffle une poésie visuelle, souligne Noémie Goldman. Peu d’artistes ont réussi ces dégradés subtils avec un simple mélange d’encre et d’eau. Un fin rayon de lumière est réduit à un trait, et la partie inférieure de la composition devient abstraite. »

© DR

Intérieurs rêveurs

Ses intérieurs ne sont pas moins rêvés. Vers 1907-1909, sa série de flacons, qui ont tous une personnalité, se regarde comme des portraits. « Son père étant créateur de parfums, le flacon est un objet autobiographique. » Entre 1909 et 1917, il travaille la couleur, le reflet, la transparence : le Spilliaert sombre et mélancolique se représente dans des autoportraits entourés d’une aura.

Deux œuvres de l’exposition se réfèrent aux écrits de Maurice Materlinck, dont il a illustré le théâtre, de 1901 à 1913, dans trois volumes conservés aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles. C’est là que vient la figure de femme rêveuse de la Princesse Maleine (créée en 1917, l’année de son mariage) qui regarde vers un ailleurs, typique du théâtre du dramaturge. La lumière dorée de l’extérieur contraste avec l’avant-plan qui évoque une tombe. L’intérieur de Spilliaert ne sera dès lors plus solitaire et peuplé d’objets inanimés, mais partagé avec sa femme.

Les serres chaudes, autre illustration de Maeterlinck, éclaire le lien entre l’artiste et la nature. La représentation des plantes et des arbres architecturés, aux branches fragiles, comme chez le Mondrian des débuts, représente une part intime de l’angoisse humaine.
Enfin, l’exposition s’achève avec Barque dans la tempête (1921), une marine qui semble parler de vie et de mort.

Toutes les œuvres viennent de la famille et de collections privées belges et, sauf les deux autoportraits, sont toutes à vendre (à partir de 80 000 euros).

En 2027-28, ce sera au tour de The Mesnil Collection (Houston) et du Philadelphia Museum of Art de le présenter aux regards américains, avec des œuvres prêtées par la galerie Patrick Derom.

Fin le 28.03
www.davidzwirner.com

Johan-Frédérik Hel Guedj
Johan-Frédérik Hel Guedj
Johan-Frederik Hel Guedj est journaliste et auteur français. Rédacteur en chef pendant 7 ans de la revue Pouvoirs Locaux, consacrée aux politiques culturelles, il a publié huit ouvrages chez des éditeurs français et belges, dont deux romans, un essai consacré à Orson Welles, et quatre livres d’art. En plus de Forbes, il collabore à L’Echo et au Quotidien de l’Art (Paris).

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