Voici un exemple peu courant de renouveau industriel sur le littoral nord-européen. Dans le port d’Ostende, Exail Robotics Belgium construit l’avenir de la sécurité maritime avec des drones high-tech de tout premier ordre au niveau mondial en matière de déminage. L’entreprise, au départ une modeste filiale belge d’un groupe industriel français, est devenue en seulement cinq ans un acteur central du cluster européen de la défense et un aimant à talents techniques.
Les racines d’Exail Robotics Belgium plongent profondément dans le passé. Dès les années 1970, l’entreprise française Exail Technologies — alors baptisée ECA — fabriquait des robots pour le déminage, notamment pour la marine belge et néerlandaise. Cette expertise a culminé avec un contrat prestigieux, en partenariat avec Naval Group, pour la construction de douze remorqueurs de mines ultra-modernes destinés à ces deux marines. Chacun d’eux est équipé d’un arsenal de drones navals et sous-marins capables de détecter et neutraliser de manière autonome des mines marines dangereuses.
La marine belge est classée parmi les meilleures au monde en matière de déminage. À deux pas de l’usine d’Ostende siège un centre d’excellence pour la lutte contre les mines lié à l’OTAN. Cette proximité n’est pas un hasard mais une décision stratégique visant à favoriser l’émergence d’un véritable cluster autour des systèmes maritimes autonomes.
« Pour rester leaders, nous devons investir dans la technologie », explique Steven Luys, CEO d’Exail Robotics Belgium.
Une croissance exponentielle alimentée par la R&D
Dès sa création en 2019, l’entreprise connaît une croissance fulgurante. Basé à Mouscron, son département Recherche et Développement compte aujourd’hui trente ingénieurs, tandis que l’usine d’Ostende — un investissement de 10 millions d’euros — s’est imposée comme un centre de production high-tech. En cinq ans à peine, l’effectif est passé d’une poignée de pionniers à plus de 90 employés, avec un doublement des effectifs depuis 2023. La demande accrue dans le domaine du déminage et de la sécurité maritime continue d’accélérer le recrutement.
Exail Robotics Belgium développe non seulement des drones, mais aussi ses propres sonars pour détecter des mines enfouies à grande profondeur. L’entreprise participe à plusieurs projets européens de R&D, comme le programme E=MCM, qui façonne la lutte anti-mines de demain, permettant à la Belgique de maintenir sa position de leader mondial. Ce rayonnement européen n’a jamais été autant d’actualité. Les tensions géopolitiques récentes ont remis en lumière l’importance de la défense. L’Union européenne mise sur le renforcement de la coopération, la standardisation et les investissements dans des technologies de rupture telles que l’intelligence artificielle et les systèmes autonomes. L’objectif est de limiter la fragmentation de l’industrie de la défense et de renforcer l’autonomie stratégique.
Des talents portés par une mission
L’attrait exercé par cette entreprise sur la jeune génération d’ingénieurs est tout à fait frappant. « Nombreux sont ceux qui sentent qu’ils peuvent contribuer à un monde plus sûr », confie Steven Luys. La motivation intrinsèque de ces jeunes talents constitue un atout inattendu dans un marché du travail en proie à des tensions. Toutefois, recruter des profils techniques reste un défi, notamment en Flandre occidentale où la concurrence est féroce sur le marché de l’emploi. La reconnaissance du caractère innovant de la marque Exail Robotics Belgium a cependant permis d’attirer les bons candidats.
L’usine belge ne se limite pas à jouer un rôle de simple site de production : elle constitue un pôle stratégique dans un secteur jusqu’ici dominé par de grands pays comme la France et l’Allemagne. En basant sa production et une partie de sa R&D en Belgique, Exail démontre que même des économies plus modestes peuvent jouer un rôle clé dans l’écosystème européen de la défense. « Notre présence illustre concrètement que de plus petits États peuvent bénéficier de la croissance économique via de grands systèmes d’intégration », affirme Steven Luys. « Mon travail consiste à garantir notre compétitivité, tant en termes de productivité que de fiabilité. »
La technologie sur le front de la sécurité
Les drones maritimes d’Exail ne relèvent pas de la science-fiction, mais de la réalité quotidienne. Ils seront utilisés pour déminer en toute sécurité les champs de mines, protéger les infrastructures critiques telles que les pipelines et les parcs éoliens, et même pour localiser des véhicules ou des corps portés disparus pour le compte de la police. La technologie repose sur la communication acoustique et le sonar, deux éléments essentiels car les signaux radio et GPS classiques ne fonctionnent pas sous l’eau. Exail développe ses propres systèmes de sonar qui, grâce à l’IA, deviennent de plus en plus performants dans la détection et la classification des menaces.
« La guerre hybride menée par la Russie et, dans une certaine mesure, par la Chine, fait peser une menace accrue sur les infrastructures maritimes »
« La guerre hybride menée par la Russie et, dans une certaine mesure, par la Chine, fait peser une menace accrue sur les infrastructures maritimes. Pensez aux pipelines, aux câbles à fibre optique, aux câbles électriques, aux parcs éoliens en mer. Ils requièrent une attention particulière, notamment en matière de détection préventive des menaces. Et c’est là que notre technologie peut également démontrer son utilité. Par exemple, nous avons conçu un robot capable d’effectuer facilement une inspection régulière des pipelines. Aujourd’hui, ça se fait très rarement car ça coûte très cher. Il faut un navire et un équipage, mais nos robots peuvent prendre le relais. »
Le fleuron de la gamme est le K-Ster, un drone mobile capable de naviguer à proximité d’une mine et la faire exploser de manière contrôlée, entièrement à distance et sans danger pour la vie humaine. L’OTAN a récemment commandé des centaines de ces systèmes, pour un contrat de 60 millions d’euros.

Marché en pleine croissance
Le marché mondial des drones maritimes connaît une expansion sans précédent, avec une croissance annuelle prévue de 15 % jusqu’en 2033 au moins. La demande est stimulée par la sécurité nationale, mais aussi par des applications civiles telles que la recherche scientifique, la surveillance environnementale et l’inspection des infrastructures sous-marines. Les plus grands marchés sont actuellement l’Europe et l’Amérique du Nord, mais l’Asie investit également massivement dans cette technologie.
L’exportation de drones militaires est strictement réglementée. Exail Robotics Belgium fournit exclusivement des pays amis et doit se plier à des licences d’exportation, la responsabilité éthique de l’exportation incombant en dernier ressort au gouvernement. Les applications civiles – de l’inspection aux opérations de sauvetage – représentent environ la moitié du chiffre d’affaires, mais le marché militaire connaît une croissance rapide et est en passe d’asseoir sa suprématie.
Un secteur en plein rattrapage
Après des décennies de relative négligence – surnommées « les dividendes de la paix » –, l’industrie de la défense se rattrape à vive allure.
« Investir dans notre sécurité et la défense de l’État n’est pas un luxe, c’est une nécessité »
Steven Luys : « En tant que société, nous avons eu le luxe de pouvoir l’oublier un certain temps. Mais aujourd’hui, nous sommes à nouveau confrontés à la réalité. Investir dans notre sécurité et la défense de l’État n’est pas un luxe, c’est une nécessité. »
Pour des entreprises comme Exail Robotics Belgium, c’est synonyme de croissance, mais ça implique aussi une responsabilité : celle de continuer à agir de manière éthique et à garantir la transparence. « C’est essentiel dans ce domaine », souligne Steven Luys.
Les années à venir promettent une nouvelle accélération. La combinaison de l’innovation technologique, de la coopération européenne et d’une prise de conscience renouvelée de la sécurité font d’entreprises telles qu’Exail Robotics Belgium les porte-drapeaux d’une nouvelle révolution industrielle. De quoi (re)faire d’Ostende un centre maritime important, non plus seulement en tant que ville portuaire, mais aussi en tant que berceau de la technologie maritime de demain.
