Le groupe belge de chimie de spécialité Syensqo a annoncé ce 3 mars 2026 la nomination de Heike van de Kerkhof en tant que présidente indépendante de son conseil d’administration, avec effet immédiat. L’ancienne directrice générale d’Archroma succède à Rosemary Thorne, qui quittera définitivement le conseil le 31 mars. Ce changement à la tête de l’organe de gouvernance s’inscrit dans une recomposition plus large du board, à un moment critique pour l’entreprise, confrontée à des résultats 2025 décevants et à un effondrement boursier de plus de 30%.
Heike van de Kerkhof prend la présidence du conseil d’administration de Syensqo à compter du 3 mars 2026, selon le communiqué publié par la société. Elle remplace Rosemary Thorne, qui quitte ses fonctions de présidente avec effet immédiat et démissionnera de son mandat d’administratrice indépendante le 31 mars 2026, « afin d’assurer un passage de relais en douceur », précise Syensqo.
La nouvelle présidente siégeait déjà au conseil depuis décembre 2023, date de la création de Syensqo à la suite de la scission de Solvay. Elle y présidait le Comité des nominations. Le communiqué ne précise pas les raisons du départ de Rosemary Thorne, se limitant à remercier cette dernière « pour son leadership et son engagement dans l’accompagnement de la Société au cours d’une phase charnière de son développement. »
Heike van de Kerkhof : trente ans dans la chimie
De nationalité allemande et basée en Suisse, Heike van de Kerkhof est une dirigeante au parcours ancré dans l’industrie chimique mondiale. Elle cumule plus de trente ans d’expérience dans les secteurs des produits chimiques de spécialité, des matériaux et de l’énergie, selon Syensqo.
Sa carrière a débuté chez DuPont en 1989, avant des fonctions de direction chez Chemours, BP et Castrol. De 2020 à 2023, elle a occupé le poste de directrice générale (CEO) d’Archroma, entreprise suisse spécialisée dans la chimie textile. À ce titre, elle a piloté une transformation axée sur la performance et le développement durable, incluant l’acquisition de l’activité Textile Effects de Huntsman.
Elle a par ailleurs siégé aux conseils d’administration de plusieurs groupes industriels cotés : Neste (énergies renouvelables, Helsinki), OCI N.V. (chimie, Amsterdam) et Goodpack (logistique). Ce profil, combinant expérience opérationnelle de CEO et mandats de gouvernance, constitue l’argument principal avancé par Syensqo pour justifier cette nomination.
Départ de Roeland Baan, arrivée de Miguel Mantas
Syensqo a également annoncé aujourd’hui le départ de l’administrateur indépendant Roeland Baan, effectif depuis le 2 mars 2026, « pour des raisons personnelles ». Il siégeait aux comités ESG et Audit et Risques. Le communiqué ne détaille pas davantage les circonstances de ce départ.
En parallèle, Miguel Mantas, ancien directeur général d’Allnex (résines et revêtements), rejoint le conseil en tant qu’administrateur indépendant. Syensqo met en avant son expérience de CEO « dans la conduite de la croissance, la transformation de portefeuille et des opérations complexes transfrontalières », ainsi qu’un leadership éprouvé en Europe, en Asie et en Amérique latine.
Le Comité des nominations recherchera par ailleurs, dans les mois à venir, au moins un administrateur indépendant supplémentaire, dans l’objectif de maintenir une majorité d’indépendants au sein des principaux comités.
Un renouvellement de gouvernance en pleine zone de turbulences
Cette recomposition du conseil intervient dans un contexte particulièrement tendu pour Syensqo. Les résultats annuels 2025, publiés le 26 février 2026, ont révélé un chiffre d’affaires en recul de 6,5% à 6,14 milliards d’euros, un EBITDA sous-jacent en baisse de 14,3% à 1,21 milliard, et un résultat net sous-jacent en chute de 31%. En normes IFRS, l’exercice se clôture dans le rouge pour la deuxième année consécutive.
La réaction du marché a été brutale : l’action a plongé de plus de 30% en quelques séances, tombant sous les 50 euros, contre environ 78 euros avant la publication. La capitalisation boursière est passée sous la barre des 5 milliards d’euros. La guidance 2026, fixée à environ 1,1 milliard d’euros d’EBITDA, se situe quelque 15 % sous le consensus des analystes.
Ce renouvellement suit de près la prise de fonctions de Mike Radossich comme directeur général, le 1er janvier 2026. Vétéran de Solvay/Syensqo depuis plus de trente ans, il a affiché un cap centré sur « l’exécution disciplinée, l’excellence opérationnelle et l’accélération de la création de valeur ».
Ce que ce changement signale
En nommant à sa présidence une dirigeante au profil opérationnel (ancienne CEO, expérience de transformation industrielle, connaissance des chaînes de valeur chimiques), Syensqo envoie un signal de continuité avec le virage « exécution » incarné par Mike Radossich. Heike van de Kerkhof connaît le conseil de l’intérieur depuis deux ans et a piloté le processus de nomination du nouveau CEO en tant que présidente du Comité des nominations.
Reste à observer comment ce nouveau tandem présidente-CEO fonctionnera dans un contexte où les attentes des actionnaires sont élevées et la marge de manœuvre, étroite. Syensqo déploie un plan d’économies de plus de 200 millions d’euros, poursuit le recentrage de son portefeuille (cession d’Oil & Gas finalisée en janvier 2026, Aroma Performance en cours de cession), et fait face à des défis réglementaires liés aux PFAS et à un environnement macroéconomique incertain.
Le recrutement annoncé d’au moins un administrateur supplémentaire confirme que la recomposition du board n’est pas terminée. La capacité de ce conseil renouvelé à accompagner la transformation opérationnelle tout en maintenant des standards de gouvernance exigeants sera scrutée par le marché.
