Newsletter

Magazine

Inscription Newsletter

Abonnement Magazine

Belgium Startup Awards 2026 : ce que révèlent les 51 finalistes

Pour sa deuxième saison, le concours national dédié aux startups belges a sélectionné 51 finalistes à l’issue de pitchs organisés dans huit tech hubs, de Bruxelles à Hasselt en passant par Charleroi et Courtrai. Derrière la vitrine, une lecture économique de la sélection fait apparaître des signaux intéressants : des levées de fonds significatives, une prédominance de modèles B2B et SaaS, une vague climat-énergie bien documentée, mais aussi des écarts de maturité notables entre les dossiers. Analyse.

Les Belgium Startup Awards ont franchi, ce 9 mars 2026, une étape déterminante avec l’annonce des 51 startups retenues pour la suite de la compétition. Issus des sélections organisées dans huit hubs technologiques répartis sur l’ensemble du territoire (BeCentral à Bruxelles, Corda Campus à Hasselt, Hangar K à Courtrai, Wintercircus à Gand, The Beacon à Anvers, A6K à Charleroi, The POD à Louvain-la-Neuve et La Grand Poste à Liège), ces finalistes ont été retenus par des jurys composés d’experts et d’investisseurs. Plus de septante candidatures avaient été déposées.

Porté par Nicolas Debray et le Belgium Startup Ecosystem, le concours se veut le premier événement national capable de rassembler les startups des trois régions sous une même bannière. L’ambition, formulée dès la première édition en 2025, reste inchangée : structurer un écosystème belge longtemps fragmenté entre communautés linguistiques, hubs régionaux et réseaux d’investisseurs cloisonnés. Le fait que les pitchs de sélection se soient tenus dans huit villes différentes, en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles, traduit cette volonté de couverture nationale.

Une sélection dominée par le B2B et le SaaS

La liste des 51 finalistes se répartit en six catégories : AI, Consumers, B2B, SaaS, Platforms et Impact. Un premier constat s’impose : les modèles B2B et SaaS occupent une place prépondérante. Des solutions de gestion hospitalière à l’automatisation de la rémunération variable, en passant par l’archivage numérique souverain ou la digitalisation de la sécurité incendie, la sélection reflète la montée en puissance d’un tissu de startups qui vendent de la productivité, de la conformité réglementaire ou de l’optimisation opérationnelle à d’autres entreprises. Ce profil, moins spectaculaire que les plateformes grand public, est aussi celui que les investisseurs professionnels tendent à privilégier pour la prévisibilité de ses revenus récurrents.

L’intelligence artificielle irrigue une part significative des dossiers, mais rarement sous la forme de produits IA « purs ». Elle apparaît plutôt comme une couche fonctionnelle intégrée à des verticales métier : analyse vidéo pour le sport, automatisation du conseil stratégique, génération de témoignages clients, assistant vocal pour les artisans du bâtiment. La catégorie Impact, pour sa part, rassemble une grappe de projets autour du climat, de l’énergie, de la circularité et de la restauration des écosystèmes. C’est dans cette catégorie que se trouvent certains des dossiers les plus documentés sur le plan financier.

Ark Capture Solutions, le dossier le mieux financé de la sélection

Parmi les 51 finalistes, Ark Capture Solutions se distingue par la solidité de son tour de table. Fondée en 2023 à Louvain-la-Neuve, cette cleantech a bouclé une levée de plus de 2,2 millions d’euros en pré-seed à peine neuf mois après sa création. Le tour a été mené par Aperam Ventures et Seeder Fund, avec la participation de Climate Club, BeAngels, Lune Ventures, InvestBW, Noshaq et Wallonie Entreprendre. La densité de ce pool d’investisseurs, à la fois stratégiques et institutionnels, est inhabituelle pour un pré-seed belge.

Le modèle d’Ark repose sur des équipements modulaires de capture de CO₂ à faible concentration, avec un positionnement « Capture as a Service » destiné à rendre la technologie accessible aux sites industriels de toutes tailles. Les unités actuelles affichent une capacité de 2 tonnes par an, avec un objectif de montée en puissance vers 40, puis 400 à 1 000 tonnes par an en pilote industriel. L’enjeu pour la startup est de standardiser un segment de marché encore émergent (le « small-scale carbon capture ») sur lequel les grands acteurs industriels sont peu présents. Les fonds levés doivent financer l’industrialisation de la technologie, les premiers pilotes et le renforcement de l’équipe d’ingénierie.

Driven et Opal Solutions : deux trajectoires SaaS à suivre

Dans la catégorie SaaS, Driven a levé 1,5 million d’euros en seed pour réinventer la gestion de la rémunération variable des équipes commerciales. Soutenue par Pitchdrive et des business angels du SaaS B2B, la startup gantoise propose une plateforme « AI-native » qui se connecte aux principaux CRM (HubSpot, Salesforce) et remplace les tableurs de calcul de commissions par des plans de rémunération dynamiques, calculés en temps réel. L’équipe vise un million d’euros de revenus récurrents annuels et une expansion européenne, sur un marché mondial où la gestion des commissions reste largement manuelle malgré l’omniprésence de la rémunération variable dans les fonctions commerciales.

Opal Solutions occupe un positionnement différent mais tout aussi lisible : son SaaS hospitalier optimise la planification des gardes, la dotation en personnel et les flux patients en intégrant données de présence, compétences, volumes d’activité et contraintes légales. La startup est présente dans plus de 90% des hôpitaux francophones de Belgique et amorce une expansion en France, ce qui implique un niveau de revenus récurrents significatif et une forte visibilité sur les flux de trésorerie. Dans un contexte où les coûts de personnel représentent l’essentiel des budgets hospitaliers, la proposition de valeur (réduction des coûts d’allocation et mitigation du risque juridique lié aux horaires) parle directement aux directions financières.

Climat, énergie, circularité : la vague impact prend de l’épaisseur

Au-delà d’Ark, la catégorie Impact de cette édition 2026 présente plusieurs dossiers à la lecture économique intéressante. Mygrid développe des batteries domestiques modulaires pensées pour les locataires et les appartements, un segment jusqu’ici mal adressé par les grosses batteries murales. Lauréate du concours VITO4STARTERS, soutenue par une aide VLAIO de 50 000 euros et une bourse de prototypage de la Fondation pour les Générations Futures, la startup a également mené une campagne Kickstarter et décroché un Red Dot Design Award pour son produit Moduly. Le pari est celui de la démocratisation du stockage domestique, avec un ticket d’entrée plus faible et un positionnement résolument orienté consommateur, dans un marché européen de l’autoconsommation en croissance.

Go Ocean, de son côté, finance des projets de restauration d’écosystèmes marins (herbiers, zones côtières, « blue carbon ») et commercialise les impacts sous forme de crédits nature auprès des entreprises et des particuliers. Le modèle s’inscrit dans la vague des crédits carbone et nature régénératifs, avec un ciblage des entreprises européennes à la recherche de projets crédibles dans l’univers océanique plutôt que dans la forêt tropicale. No Waste Republic, quant à elle, valorise les surplus de pain invendu en chapelure et panures circulaires destinées à l’industrie alimentaire, créant une double source d’économie pour les distributeurs et les industriels.

Nolla Care, enfin, s’est positionnée sur la cosmétique zéro déchet avec un produit phare — un déodorant solide écoresponsable, et un modèle e-commerce et retail propice à des marges brutes élevées.

IA appliquée : du conseil automatisé au scouting sportif

La catégorie AI rassemble neuf finalistes aux profils variés. Noah se présente comme un consultant virtuel capable d’automatiser en une heure des diagnostics et recommandations que des cabinets de conseil traditionnels livrent en plusieurs jours. La promesse (convertir du « time and material » humain en produit SaaS scalable) vise frontalement un marché du conseil à forte marge.

SmashVision applique l’intelligence artificielle à l’analyse vidéo dans le volley-ball, avec une adoption par la fédération belge qui constitue une référence sectorielle notable.

Cobria, pour sa part, édite un logiciel tout-en-un pour le bâtiment et la construction, complété par un assistant vocal IA pour les artisans. Wonka AI, référencée dans la cartographie Digital Wallonia, développe une plateforme d’IA générative pour automatiser des tâches métier en entreprise.

Aldoptation (Aidoptation), spécialisée dans les systèmes autonomes combinant perception, planification et contrôle, s’adresse aux usages commerciaux et à la défense.

Ces profils illustrent une tendance observable bien au-delà de la Belgique : l’IA comme couche d’accélération intégrée à des produits métier, davantage que comme technologie vendue pour elle-même. Pour un investisseur, la question de la « défensabilité » de ces modèles (la capacité à créer une barrière à l’entrée durable) reste cependant ouverte pour plusieurs d’entre eux.

Plateformes et infrastructures numériques : des niches à fort potentiel

Dans les catégories Platforms et SaaS, d’autres dossiers méritent l’attention. Capsyra construit une solution d’archivage numérique souverain à très long terme, ciblant les organisations soumises à des obligations de conservation sur plusieurs décennies (secteur public, finance, santé). Le positionnement joue sur la compliance en croissance (eIDAS, RGPD, cybersécurité) et l’argument de souveraineté européenne face aux hyperscalers américains.

Gowlz et Mobvious opèrent tous deux sur la logistique de véhicules, digitalisant les flux entre constructeurs, concessionnaires et prestataires. Dans un secteur automobile sous pression (taux élevés, stocks importants, transition vers l’électrique), ces plateformes vendent un gain de capital circulant et de visibilité opérationnelle.

HappyClient industrialise les témoignages vidéo clients grâce à l’IA, réduisant le coût unitaire d’un case study vidéo et accélérant le cycle de vente en marketing B2B.

Côté consommateurs, la sélection inclut des marques positionnées sur des niches à forte valeur ajoutée : Aspilon Cosmetics développe des soins dermo-cosmétiques pour des pathologies cutanées, un segment à cheval entre cosmétique et dispositif médical ; Beer Crackers mise sur le snacking premium autour de la bière belge ; Hazelly Hairlove s’adresse au marché des cheveux texturés et bouclés.

Ces projets, souvent moins documentés financièrement, tablent sur des dynamiques de marque et de communauté.

Ce que la sélection dit… et ce qu’elle ne dit pas

Vue dans son ensemble, la sélection 2026 des Belgium Startup Awards dessine un écosystème belge qui se professionnalise par ses modèles B2B, ses verticales SaaS et ses premières levées significatives. La coexistence entre projets très early-stage et startups déjà structurées reflète la réalité d’un concours qui cherche à embrasser l’ensemble du spectre entrepreneurial plutôt qu’à distinguer uniquement les plus avancés.

Cette tension entre narration écosystémique et réalité business constitue sans doute la limite la plus visible de l’exercice. Pour plusieurs finalistes, les informations économiques publiquement disponibles restent minces. L’absence de données de chiffre d’affaires, de traction ou de financement pour une partie significative de la sélection rend la comparaison entre dossiers délicate, d’autant que les catégories mêlent des secteurs aux cycles et aux métriques très différents. C’est un défi inhérent à tout concours de cette nature, et le fait de le nommer ne diminue en rien l’intérêt de la démarche.

Prochaines étapes : masterclasses, pitchs finaux et Startup Day

Les 51 finalistes participeront à une première demi-journée de masterclasses le 18 mars au Proximus Lounge, puis à une seconde session au Googleplex de Bruxelles, animées par des experts de l’industrie. Ces étapes de préparation précéderont les pitchs finaux et une campagne de votes du public. Le Startup Day et la cérémonie de remise des prix sont prévus le mardi 2 juin à Bruxelles, sous la forme d’une journée complète de conférences articulée autour de quatre scènes thématiques (startups, experts, investisseurs et grandes entreprises) et d’une compétition de live pitch dotée d’un prêt convertible de 100 000 euros.

L’enjeu pour les organisateurs dépasse la cérémonie elle-même. L’objectif affiché est de faire de cet événement la « réunion annuelle de famille » de l’écosystème startup belge, rassemblant fondateurs, investisseurs, corporates et acteurs publics. Reste à savoir si, parmi les 51 noms retenus, certains parviendront à transformer la visibilité offerte par le concours en accélération. C’est à cette aune, plus qu’au nombre de finalistes, que se mesurera le véritable impact des Belgium Startup Awards.

Martin Boonen
Martin Boonen
Martin Boonen est journaliste diplômé de l'Institut de Journalisme de Bruxelles (2012). Il collaboré avec de nombreuses rédactions à différent niveau de responsabilité : journaliste, chef de rubrique, secrétaire de rédaction et rédacteur en chef, tant sur le web que pour la presse imprimée. Spécialisé dans les startups et l'entrepreneuriat à impact, il est devenu en 2025 rédacteur en chef du site web de Forbes Belgique. Il est affilié à l'Organisation Mondiale de la Presse Périodique depuis 2011.

A la une