L’industrie mondiale de la beauté connaît une croissance paradoxale. Alors que les soins de la peau sont de plus en plus associés à la science et au bien-être, un phénomène parallèle inquiète : la « cosméticorexie ». Une obsession des soins de beauté qui gagne désormais les enfants et les jeunes adolescents, et soulève des interrogations sur la santé, la construction de l’identité et la réglementation.
La cosméticorexie — contraction des termes « cosmétique » et « anorexie » (ou, plus largement, une forme d’obsession ou de dépendance) — désigne une quête renforcée par des influences culturelles visant à atteindre une peau dite « parfaite ». Cette fixation se traduit par une utilisation excessive, parfois compulsive, de produits et de soins pour la peau, souvent sans tenir compte de l’âge ou du type de peau.

Selon la professeure Laura Vandenbosch (KU Leuven), cette évolution s’inscrit dans une longue histoire de normes de beauté assimilées dès le plus jeune âge : « Dès l’âge de cinq ou six ans, les enfants sont déjà capables d’identifier ce qui est considéré comme beau par la société, même s’ils ne l’expriment pas encore de cette manière. En grandissant — vers sept ans, lorsqu’ils développent une pensée plus abstraite —, ils commencent également à comprendre s’ils correspondent ou non à ces idéaux. Les garçons, par exemple, commencent à valoriser davantage la musculature, tandis que les filles apprennent que la minceur est perçue comme un idéal. »
Cette intériorisation précoce crée un terrain propice à l’apparition, plus tard, de comportements plus extrêmes. Ce phénomène, parfois également désigné sous le terme de « dermorexie » — dérivé des mots grecs derma (« peau ») et orexis (« désir » ou « appétit ») — s’inscrit dans une tendance plus large de médicalisation de l’esthétique. À l’image de l’alimentation ou du fitness<
