La start-up bruxelloise Ventory a bouclé un tour de table de 2,65 millions d’euros mené par KBC Securities, avec la participation de ses investisseurs historiques Finindus, Matterwave et delaware. Annoncée à Zaventem le 12 mai 2026, l’opération prolonge une trajectoire commerciale soutenue : la jeune entreprise revendique un revenu récurrent annuel multiplié par six en 2025. Elle s’inscrit également dans l’extension du dispositif Start it Fund déployé par le groupe KBC à la fin de l’année dernière.
Fondée en 2021 par Vishal Punamiya, ancien de DHL, Ventory cible un segment encore peu visible de la chaîne d’approvisionnement : la gestion des stocks dispersés sur le terrain, qu’il s’agisse des vans de techniciens, des dépôts avancés, des sites clients ou des inventaires en consignation. Selon les éléments documentaires disponibles, ces stocks décentralisés représentent aujourd’hui plus de la moitié des inventaires détenus par les grandes entreprises, alors même qu’ils demeurent largement invisibles pour les ERP et les systèmes de gestion d’entrepôt classiques. La promesse de la jeune pousse consiste à fournir la couche logicielle qui réconcilie la donnée des systèmes centraux avec la réalité opérationnelle du dernier kilomètre.
Une lacune sectorielle entre l’ERP et le dernier kilomètre
Le tour mené par KBC Securities porte le total levé par Ventory à environ 4,4 millions d’euros, après un seed de 1,75 million d’euros bouclé en septembre 2024 auprès de Finindus, Matterwave Ventures et Ventures by delaware. L’entreprise positionne sa plateforme comme l’interface manquante entre les systèmes d’information centraux (SAP, Oracle, Microsoft Dynamics 365 Business Central, Sage) et les opérations de terrain, avec des intégrations natives revendiquées vers chacune de ces suites. Certifiée ISO/IEC 27001, elle entend se substituer aux feuilles de calcul Excel, aux Google Sheets et aux tickets papier qui, selon Vishal Punamiya, « ont historiquement régi des milliards d’euros d’inventaire sur le terrain ».
« Pendant des décennies, les entreprises ont investi des millions dans des systèmes ERP et ont accepté que la visibilité s’arrête au moment où les stocks quittent l’entrepôt. Ventory comble cette lacune. »
Vishal Punamiya, fondateur et PDG de Ventory
L’année 2025 aura été celle de l’accélération commerciale. Ventory revendique dix nouveaux comptes entreprise signés, plus de 500 sites clients gérés sur sa plateforme et un suivi quotidien de plus de 80 000 références. La société indique servir notamment le premier fabricant mondial de robotique médicale, un opérateur ferroviaire national, des fournisseurs de soins de santé, des distributeurs médicaux ainsi que des producteurs d’énergie et gestionnaires d’actifs, dans sept pays. La traction sur des comptes de cette taille constitue un signal recherché par les investisseurs early-stage : « Ventory a identifié une lacune négligée dans les logiciels d’entreprise, et son expertise et sa traction prouvent sa capacité à s’emparer de cette nouvelle catégorie à croissance rapide », commente Olivier Rits, de KBC Securities. La part respective de cette croissance imputable à l’élargissement du portefeuille clients et à l’expansion intra-comptes n’est toutefois pas précisée.
Une feuille de route articulée autour de l’IA et de l’expansion européenne
Les fonds levés financeront trois priorités annoncées : l’approfondissement de la feuille de route produit autour de l’intelligence artificielle native et des intégrations ERP, l’expansion géographique en Europe de l’Ouest et le renforcement de l’équipe commerciale grands comptes. La séquence apparaît cohérente avec la maturation du segment du field service management, dont le marché mondial pesait, selon les estimations transmises, 5,1 milliards de dollars en 2025 et devrait atteindre 9,17 milliards en 2030, soit un taux de croissance annuel composé d’environ 12,5 %. Les verticales de la santé, des énergies renouvelables et de la logistique tierce sont régulièrement citées comme les plus porteuses.
L’opération illustre aussi la consolidation d’un type d’investisseurs assez spécifique. Finindus, société d’investissement adossée à ArcelorMittal et à la Région flamande, et Matterwave Ventures, fonds européen revendiquant plus de 250 millions d’euros sous gestion et concentré sur la transformation industrielle européenne, prolongent leur soutien apporté en 2024. Delaware, cabinet de conseil belge spécialisé dans l’intégration des écosystèmes SAP et Microsoft, joue ici un rôle hybride d’investisseur et de partenaire opérationnel, susceptible d’accélérer les déploiements ERP sur lesquels la plateforme de Ventory se greffe. Reste à démontrer que cette articulation industrielle, plus rare dans le SaaS B2B early-stage, se traduira en synergies commerciales tangibles.
« Atteindre certaines des entreprises les plus exigeantes au monde nous indique que nous sommes en train de définir une catégorie, et KBC Securities, aux côtés de Finindus, Matterwave et delaware, nous donne la puissance de feu nécessaire pour la conquérir. »
Vishal Punamiya, fondateur et PDG de Ventory
Premier test grandeur nature pour le canal KBC Securities
L’arrivée de KBC Securities en chef de file revêt une dimension structurelle. Le groupe KBC a annoncé en décembre 2025 le déploiement de 100 millions d’euros pour soutenir l’écosystème belge des start-ups : 50 millions en financement d’amorçage pour les meilleures alumnae de Start it @KBC via le Start it Fund, et 50 millions supplémentaires en financement de suivi via KBC Securities. Le tour de Ventory, alumna du programme, figure parmi les premiers à activer ce second étage du dispositif.
« Les start-ups de premier plan de notre programme peuvent compter sur un capital de départ et une année supplémentaire de soutien via le Start it Fund pour accélérer leur croissance ; pour les plus performantes, comme Ventory, il y a aussi la possibilité de recevoir un financement supplémentaire via KBC Securities », déclare Geert Cleuren, CEO de KBC Securities. Le mécanisme, présenté comme un parcours allant « des idées initiales à une éventuelle introduction en bourse », positionne le groupe bancaire comme un acteur intégré du capital-risque early-stage belge. Au-delà du cas Ventory, l’enjeu sera désormais de mesurer la sélectivité réelle de ce canal et la nature des opérations qu’il permettra de boucler sur la durée.
