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Le holding de la famille Lippens un peu moins familial

Finasucre, le holding de la famille Lippens, va sensiblement évoluer dans les semaines à venir, après avoir été au centre de désaccords familiaux. Résultat des courses: un nouveau CEO prendra à terme les commandes de l’entreprise, en lieu et place de Jérôme Lippens, et le conseil d’administration sera constitué majoritairement de membres non-familiaux. Objectif de cette évolution majeure : adapter la gouvernance du groupe aux enjeux actuels et soutenir l’exécution de sa stratégie.

Comme son nom tend à l’indiquer, Finasucre tire une grande partie de son activité du sucre. Le groupe industriel, créé en 1929, s’articule autour de trois métiers agroindustriels (le sucre, les noix et l’acide lactique et polylactique, qui représentent ensemble environ 70% de la valeur), ainsi que des pôles financier (environ 25%) et immobilier (environ 5%).

Pour opérer ses activités agro-industrielles, le groupe détient des participations majoritaires dans 7 sociétés commerciales, dont Iscal Sugar (Belgique et Pays-Bas), Bundaberg Sugar (Australie) et la Compagnie Sucrière de Kwilu-Ngongo (République Démocratique du Congo). Ces différentes entreprises comptent environ 3.220 collaborateurs permanents et 2.140 travailleurs saisonniers dans le monde.

Au niveau immobilier, Finasucre détient une participation de 46% dans les superbes Galeries Royales Saint-Hubert, situées à deux pas de la Grand Place de Bruxelles, ainsi que 3% dans La Compagnie du Zoute, l’entreprise propriétaire, entre autres, de terrains agricoles, du Royal Zoute Golf Club, du Royal Zoute Tennis Club, de fermettes d’habitation et de terrains à Knokke.

La famille Lippens en est l’actionnaire majoritaire du groupe (environ 70%), devant la famille Boël et d’autres actionnaires particuliers. Une famille qui compte en Belgique, puisque, outre les participations précitées, on ne peut évidemment pas omettre l’héritage laissé par les frères Léopold Lippens, bourgmestre historique de Knokke jusqu’à son décès en 2021, et Maurice Lippens, qui fut le président de Fortis de 1990 à 2008. Cette année-là, il est acculé à la démission en pleine crise financière lors du rachat de la banque par l’Etat belge, qui la revendra ultérieurement au groupe bancaire français BNP Paribas.

Jérôme Lippens, petit-fils de Robert Lippens, fondateur de Finasucre, était le patron du holding depuis 2019, après avoir occupé le poste de directeur financier. Il est actif au sein du groupe depuis plus de vingt ans. Sa prise de fonction à sa tête s’était inscrite dans un contexte rendu difficile par la fin des quotas sucriers européens, qui ont engendré une pression accrue sur les marges du secteur, et par la crise du Covid-19, retrace Finasucre.

Jérôme Lippens © Finasucre

L’actuel CEO restera en fonction jusqu’à ce que la transition soit pleinement assurée, à l’issue du processus de succession (en externe) qui vient de s’enclencher. Le conseil d’administration de Finasucre explique avoir accepté d’un commun accord la démission de Jérôme Lippens.

Cette évolution de la direction du groupe s’inscrit dans la stratégie décidée en mai 2025, il y a presque un an donc, visant à repositionner le holding pour le futur, avec notamment un recentrage sur les activités agro-industrielles et une accélération de la performance opérationnelle des pôles sucre et noix.

Après les périodes de crise dues à la fin des quotas sucriers et à la pandémie de coronavirus, le groupe a poursuivi une politique active de diversification et de développement de ses activités. Le chiffre d’affaires est passé de 327 millions d’euros lors de l’exercice 2019/2020 à un niveau record de 591 millions d’euros lors de l’exercice 2024/2025, soit une croissance de plus de 80% en cinq ans. Le bénéfice opérationnel était, lui, de 33 millions d’euros, contre 41 millions un an plus tôt. Un recul qui questionnait, on le verra plus loin…

Parallèlement à cette évolution à la direction de Finasucre, le conseil d’administration propose de faire évoluer sa composition, en ramenant le nombre d’administrateurs de dix à sept, avec trois membres familiaux qui ne se représenteront pas à l’issue de leur mandat. Grande nouveauté: le CA sera en outre majoritairement composé de membres non-familiaux (4). « Cette évolution vise à assurer un équilibre entre continuité actionnariale et expertise, pour mieux répondre aux besoins du groupe », justifie le holding.

Il faut dire que les membres de la famille Lippens n’étaient pas tous sur la même longueur d’onde ces dernières années et mois, que ce soit en termes de gouvernance, de stratégie ou de croissance pas assez élevée au goût de certains, avec ce bénéfice opérationnel en recul. Il y a un an, Finasucre avait lancé un processus de rachat d’actions propres, pour un montant maximum de 80 millions d’euros, afin de répondre à la demande de certains actionnaires – ceux de la branche de Paul Lippens, en l’occurence, qui détient un quart des actions – de créer de la liquidité. Objectif: leur permettre de céder leur participation. La démarche s’intégrait en outre dans la réflexion stratégique de repositionner Finasucre pour le futur, avec notamment ce recentrage progressif sur les activités agro-industrielles.

L’opération avait cependant capoté car le prix proposé était bien en deça des attentes (5.820 euros par action, là où la branche de Paul Lippens en espérait 7.500 euros). Seules 7.526 actions (9,4% du total des actions de la société) avaient été rachetées, pour un montant total de 43,8 millions d’euros. Les actions rachetées avaient ensuite été annulées.

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