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Michelin Belgique-Luxembourg 2026 : pourquoi le palmarès se contracte

Le Guide Michelin Belgique et Luxembourg 2026 a été dévoilé ce 4 mai à Anvers. La sélection référence 139 restaurants étoilés, parmi lesquels deux nouveaux deux étoiles, Cuines 33 à Knokke et The Jane à Anvers, ainsi que dix nouveaux une étoile. Un palmarès en contraction, qui s’inscrit dans un secteur Horeca sous pression économique.

Pour la troisième année consécutive, la cérémonie de remise des distinctions s’est tenue à la Handelsbeurs d’Anvers. L’édition 2026 compte 764 restaurants au total, dont deux trois étoiles, vingt-deux deux étoiles et cent quinze une étoile. Le total recule par rapport aux 151 étoiles de la sélection 2025 et aux 153 de 2024. Aucun nouveau trois étoiles n’a été décerné cette année. Zilte (Viki Geunes) à Anvers et Boury (Tim Boury) à Roulers conservent leur place au sommet, qu’ils occupent respectivement depuis 2021 et 2022. Selon Gwendal Poullennec, directeur international du Guide, « la sélection 2026 témoigne une nouvelle fois du dynamisme gastronomique de la Belgique et du Luxembourg », dans un millésime qui valorise la technique au service du goût et de l’expérience du convive.

Cuines 33 et The Jane, deux trajectoires de réinvention

À Knokke, Edwin Menue et sa compagne Fleur Boussy entrent dans le club très fermé des doublement étoilés avec Cuines 33. Dans un cadre intime de seize couverts proposant une seule formule, le chef a recomposé l’expérience client : les convives traversent littéralement le restaurant, du comptoir de cuisine à la salle. Les inspecteurs soulignent une cuisine « plus sereine, plus maîtrisée », mêlant influences asiatiques, épices et produits de la mer.

À Anvers, Nick Bril franchit lui aussi un cap avec The Jane. Le chef a quitté la chapelle militaire du XIXe siècle qui faisait l’identité visuelle du restaurant pour s’installer dans un ancien entrepôt reconverti du quartier de l’Eilandje, près du port. Le nouveau lieu, signé par l’architecte Nicolas Schuybroek, articule plusieurs séquences : vestibule aux finitions brillantes, speakeasy d’inspiration japonaise, salle baignée de lumière. La cuisine évolue vers des cuissons au feu, de la maturation et des sauces profondes, dans une atmosphère où le design et la musique tiennent une place centrale.

Avec ces deux promotions, la Belgique et le Luxembourg comptent désormais 22 restaurants doublement étoilés.

Dix nouvelles étoiles, un seul gain pour le Luxembourg

La sélection accueille dix nouveaux une étoile, portant le total à 115 établissements. La répartition reste très flamande, avec des entrées à Borgerhout (Bloesem, par Nebo Schamp et Brend Geudens), Wommelgem (Komaf, Anthony Stoop), Gentbrugge (Moscou by Danny Horseele), Sint-Martens-Bodegem (Agnes, Thomas Locus), La Panne (Subtiel, Stéphane Buyens), Kontich (Vintage, Cyril Moulin) et Leefdaal (Atelier Noun, Bert Castermans).

La Wallonie obtient deux étoiles : Est, à Heverlee, où Abel Demeestere et Laurence De Smet font revivre l’ancien Arenberg, et La Table-Lasne by Alain Bianchin, à Lasne.

Le Luxembourg ne compte qu’une seule promotion, Le Lys, installé dans l’hôtel Villa Pétrusse à Luxembourg-Ville. Le chef Kim De Dood y propose une cuisine luxembourgeoise enrichie d’influences asiatiques. Le Grand-Duché n’enregistre aucun nouveau Bib Gourmand cette année.

Bib Gourmand, Étoiles Vertes et prix spéciaux

Sept nouveaux Bib Gourmand rejoignent la sélection, portant le total à 113 établissements, tous belges. Trois d’entre eux sont bruxellois et puisent dans la cuisine asiatique, à l’image d’Alley Mian, dédié à la cuisine de Lanzhou. La Flandre ajoute deux adresses, dont Den Bourgondiër à Wilrijk, et la Wallonie deux autres, parmi lesquelles Basta ! et ses inspirations siciliennes.

Trois nouvelles Étoiles Vertes distinguent des établissements engagés dans une approche durable : Instroom by Seppe Nobels, installé sur la rive gauche d’Anvers, Màloma à Rosières, et Nova à Saint-Nicolas. Seppe Nobels, déjà reconnu pour son précédent restaurant nomade, étoffe ainsi un parcours articulé autour de la gastronomie végétale et des produits locaux.

Quatre prix spéciaux complètent le palmarès. Abel Demeestere (Est) est désigné Jeune Chef de l’année. Nicolas Campus, des Gribaumonts à Mons, reçoit le prix de la Sommellerie pour une carte des vins centrée sur les terroirs français. Le prix du Service revient à Viviane Plaquet et sa fille Gitte Geunes, du Zilte à Anvers. La Villa Lorraine, à Bruxelles, est désignée Meilleure Ouverture de l’Année. Ces catégories, censées valoriser des dimensions précises du métier au-delà de l’assiette, fonctionnent aussi, dans plusieurs cas, comme un signal de prestige adressé à des maisons que les inspecteurs n’ont pas, ou plus, retenues dans la hiérarchie étoilée. Une forme de reconnaissance latérale inédite qui fait plus penser à un lot de consolation qu’à une vraie récompense.

Anvers consolide, Bruxelles cherche son souffle

Le choix d’Anvers comme ville hôte pour la troisième année consécutive confirme le poids de la métropole flamande. Avec 17 établissements étoilés et 6 Bib Gourmand, Anvers figure parmi les cinq villes au monde comptant le plus de restaurants étoilés par habitant. En Europe, seule Paris la précède sur ce critère. L’arrivée de The Jane parmi les deux étoiles renforce ce positionnement.

Bruxelles présente un profil moins favorable. La capitale ne compte plus que 14 restaurants étoilés, dont aucun trois étoiles, à comparer aux 88 établissements étoilés recensés en Flandre. Le tissu de la restauration bruxelloise reste sous tension : le taux de faillite dans l’Horeca de la capitale atteint 40 pour 1 000 établissements, soit le double du taux flamand. À l’échelle nationale, 813 restaurants ont fermé en 2024, année qui a par ailleurs enregistré 12 097 faillites toutes activités confondues, un record depuis 2013.

Dans ce contexte, la distinction « Meilleure Ouverture de l’Année » accordée à La Villa Lorraine prend une portée particulière, et plus ambivalente. L’institution bruxelloise, fondée en 1953, fut la première table belge à décrocher trois étoiles Michelin et la première maison à les obtenir hors de France. Sa rouverture, le 22 janvier 2026, sous une identité repensée par la famille Litvine et un repositionnement confié au jeune chef Reuben Christiaens, coïncide avec la perte de sa dernière étoile dans la sélection dévoilée ce lundi. Si la maison a déjà traversé, au cours de sa longue histoire, des périodes sans distinction étoilée, le prix Michelin de l’Ouverture salue donc cette année un repositionnement plus qu’une consécration culinaire. Un « honneur » réservé semble-t-il aux adresses historique sur le retour, ou alors est-ce une prime à l’ancienneté ? Une fois de plus, il n’est simple de comprendre la logique du Guide rouge.

Un palmarès qui dit aussi quelque chose du marché

Le recul de 151 à 139 étoiles en un an, et de 153 à 139 sur deux ans, n’est pas anodin. Il traduit une sélectivité accrue dans un secteur soumis à une pression économique forte. La lecture financière reste nuancée : si une étoile constitue un puissant accélérateur de chiffre d’affaires, sa rentabilité effective demeure contrainte par la hausse proportionnelle des charges de personnel, de matières premières et d’équipements, ramenant la marge médiane à un niveau modeste. Une rétrogradation peut, à l’inverse, faire chuter le chiffre d’affaires de 10 à 30% en quelques mois. La Villa Lorraine, désormais sans étoile, devient le cas d’école grandeur nature de cette dynamique. Reste à voir si son statut d’icône bruxelloise et de temple historique de la gastronomie suffiront à amortir l’érosion, malgré d’un repositionnement moins élitiste et d’un changement de chef.

 

Le palmarès 2026 met aussi en évidence deux mouvements structurels. Le premier est l’ouverture aux cuisines du monde, lisible chez Nick Bril, Kim De Dood ou parmi les nouveaux Bib Gourmand asiatiques de Bruxelles. Le second est l’enracinement de la durabilité au sommet de la hiérarchie, porté par les nouvelles Étoiles Vertes. Pour la scène belge et luxembourgeoise, ces signaux révèlent, comme l’explique délicieusement Phiippe Limbourg (directeur du restaurant Gueuleton Bruxelles) sur sa page Facebook, un secteur qui se contrate et un guide n’arrive pas, dans ce contexte, à se réinventer.

Martin Boonen
Martin Boonen
Martin Boonen est journaliste diplômé de l'Institut de Journalisme de Bruxelles (2012). Il collaboré avec de nombreuses rédactions à différent niveau de responsabilité : journaliste, chef de rubrique, secrétaire de rédaction et rédacteur en chef, tant sur le web que pour la presse imprimée. Spécialisé dans les startups et l'entrepreneuriat à impact, il est devenu en 2025 rédacteur en chef du site web de Forbes Belgique. Il est affilié à l'Organisation Mondiale de la Presse Périodique depuis 2011.

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