» Il était un temps, il y a 40 ans, où je disais ‘I’ll be back‘. Maintenant, je dis plutôt ‘Auw, my back!’ » Voilà le trait d’esprit par lequel Arnold Schwarzenegger a terminé sa conférence donnée à Anvers en conclusion du festival technologique et de l’innovation anversois Supernova. Et le moins que l’on puisse écrire, c’est que, malgré ses 78 ans, Terminator – et Governator – a encore la tête et les muscles bien remplis et est toujours autant capable de se réinventer, comme il l’a fait durant toute sa carrière. Morceaux choisis de son intervention inspirante, qu’on pourrait résumer en une phrase. « Il faut avoir un but dans la vie et tout donner dans cet objectif.«
Après l’ancien président américain Barack Obama en 2024, puis Oprah Winfrey l’an dernier, c’était donc au tour de l’ancien gouverneur de Californie (2003-2011) de prendre place sur la scène et de discuter pendant un peu plus d’une heure avec Jürgen Ingels, le fondateur du festival Supernova. Le tout devant 1.800 personnes, pour l’essentiel des entrepreneurs et patrons d’entreprise ayant déboursé 1.000 euros pour cette soirée. Dans le public, on retrouvait également le Premier ministre Bart De Wever, qui, dans son discours d’introduction, a préfacé la conférence à sa manière…
« Aujourd’hui, d’une certaine manière, ses films reflètent mon mandat de Premier ministre. Il y a un an, à mes débuts, je me sentais comme le Terminator. Chômage illimité ? Terminated ! Défense négligée ? Terminated ! Irresponsabilité budgétaire ? Terminated ! Refus des réformes socio-économiques ? Terminated ! Mais aujourd’hui, un an plus tard, alors que de nombreux prédateurs (en référence à Predator, NDLR) ont refait surface dans la jungle politique belge, je dois avouer que je me sens parfois plus comme Un flic à la maternelle !« , a lancé avec humour Bart De Wever, déclenchant l’hilarité de la salle. « Peut-être que, dans un an, je serai tenté de quitter la politique et de concourir pour le titre de Mister Universe. On verra bien…« , a-t-il conclu, avant de laisser la parole à Arnold Schwarzenegger.

La vision et l’objectif avant tout
Durant son entretien, l’ancien Mister Universe est longuement revenu sur son parcours et sur les succès qu’il a accumulés et pour lesquels il n’a pas eu besoin de discipline. Notamment pour devenir un bodybuilder de renom, ce qui le mènera à son incroyable carrière d’acteur – qui n’est d’ailleurs pas terminée – et la suite que l’on connait. « Quand j’étais jeune, j’avais une vision très claire d’où je voulais aller. J’avais hâte de me lever pour aller m’entraîner le matin, de 7h00 à 9h00, avant d’aller à l’école, puis de nouveau deux heures, de 17h00 à 19h00. Je n’avais pas besoin de discipline pour cela car j’étais accroché à ma vision d’atteindre mes objectifs. Et ce fut la même chose avec les répétitions comme acteur et c’est encore le cas pour tout ce que je fais dans ma vie quand je me lève de mon lit le matin. »
La vision est, selon lui, prépondérante. « La discipline n’est utile que lorsque vous détestez faire quelque chose. Or, aux Etats-Unis, il apparait que 78% des gens détestent leur travail. Ces gens n’ont pas une vision claire. Ils ne savaient pas, lorsqu’ils ont choisi ce travail, quel était leur but. »

L’acteur austro-américain a dès lors eu un message fort pour la jeunesse. « La plupart des enfants aujourd’hui ont un grand problème. Il y a tellement de choses sur internet (à regarder avec leur smartphone, NDLR) qu’ils n’ont pas le temps de réfléchir par eux-mêmes. Ils savent ce que tous les autres sont en train de faire. Mais cela ne vous aide pas. Vous devez faire quelque chose par vous-même. Détachez vous de votre machine ! Vous devez avoir un but dans la vie. Comme je dis parfois, vous pouvez avoir le meilleur avion au monde, si le pilote ne sait pas où aller, il finira par se crasher. C’est exactement ce qu’il se passe avec la vie de nombreuses personnes. Elles traversent cette période, elles détestent leur travail et puis, soudain, cela devient une crise existentielle. Elles tombent en dépression et prennent des médicaments, etc. Ce n’est pas une façon de vivre ! »
Un plan A, pas de plan B
Avoir une vision, un objectif, des rêves. Les voir, y croire et y parvenir. Voilà le mantra de Terminator. Et ne pas écouter les personnes négatives, peu importe à quel point la décision est importante. Et, en réalité, plus elle l’est, plus de personnes se montreront pessimistes, a-t-il analysé. « Si, dans la vie, vous avez un plan B, c’est que vous vous dites intérieurement que le plan A pourrait ne pas fonctionner. Mais si vous doutez de vous, vous êtes fichu, c’est terminé. Il n’y a pas de plan B. Il n’y a qu’un seul plan, et c’est le A. Et je vais faire tout dans ce but, quoi qu’il en coûte. Peu importe les efforts à accomplir, peu importe le nombre d’heures à étudier ou travailler. C’est, je pense, la façon dont j’ai toujours vu ma vie. »
Pour Arnold Schwarzenegger, le confort est un ennemi. « Le seul moyen de faire grossir le muscle est de souffrir. Tout ce qui est facile est un ennemi. C’est comme avec la nourriture. Tout ce qui semble bon, crachez-le car ce n’est pas bon pour votre corps ! La seule façon de prouver, c’est de surmonter la résistance car c’est comme cela que vous devez attaquer votre vie. Vous n’avez qu’une seule chance. Il ne s’agit pas d’une répétition générale. »
Casser le miroir
Après tout ce qu’il a reçu durant ses multiples carrières, l’ancien gouverneur républicain s’est montré empli de gratitude, en particulier pour l’aide dont il a bénéficié. « Beaucoup de gens m’ont aidé, de mes parents à mes entraineurs ou aux fans qui ont fait de moi une star. 5,8 millions de personnes m’ont élu gouverneur. C’était à mon tour de sortir et d’aider les gens. Comme le disait mon beau-père, casse ce miroir qui est en face de toi et tu verras les millions de personnes qui sont derrière et qui ont besoin de ton aide. » Ce qu’il a fait durant sept ans à la tête de la Californie, durant lesquels il ne s’est pas vu comme un politicien devant servir un parti mais plutôt comme un fonctionnaire devant servir le peuple.

Puisque certains politiciens étaient dans la salle, Jürgen Ingels a profité de la présence de Bart De Wever pour interroger son invité sur la difficulté de gérer la dette publique. « C’est l’un des problèmes les plus complexes. Il est facile de dire: ‘Allons-y, résorbons le déficit budgétaire‘. J’ai hérité d’un déficit budgétaire en Californie. Et quand j’ai quitté mes fonctions, nous en avions toujours un. Mais j’ai voulu faire tout mon possible pour l’éliminer. »
Autre morceau choisi, toujours sur la question du budget, et qui a fait rire aux éclats certains dans la salle. « En ce qui concerne le budget, je n’avais aucune possibilité d’intervenir, car les Démocrates adorent dépenser l’argent qu’ils n’ont pas. Ils adorent ça parce qu’ils n’ont pas l’habitude de signer un chèque, que ce soit au recto ou au verso. En fait, ils ont l’habitude de dépenser sans compter, jusqu’à épuisement des fonds publics. C’est comme ça que ça marche. » Le Premier ministre a dû apprécier…

« En politique, on ne peut pas arriver et résoudre tous les problèmes d’un coup, parce que ça ne fonctionne pas comme ça. Pendant qu’on s’attaque à un problème et qu’on le résout, un autre se déclare. On essaie de l’éteindre, et un autre apparaît. C’est comme ça, c’est tout. Mais c’est stimulant, c’est passionnant. Vous me parlez du déficit budgétaire de la Belgique. Tous les pays du monde ont un déficit budgétaire. Ils (les responsables politiques, NLDR) doivent trouver une solution pour le résorber. »
L’acteur, septuagénaire plus qu’accompli, a-t-il encore des rêves ou des objectifs ? Evidemment, a-t-il répondu. Il continue toujours à jouer dans des films. Il commencera le tournage d’un long métrage d’action à Budapest au mois de mai, avant d’enchaîner avec la suite du film Conan le barbare (1982), quarante-cinq ans plus tard. Quand il disait, certes dans un autre rôle, « I’ll be back!« …
