À Paris, le Salon du Dessin et Drawing Now, deux manifestations emblématiques du dessin passé et contemporain, accueillent pas moins de douze galeries belges.
Au Salon du Dessin, célébration annuelle de la discipline, deux galeries belges sont là pour la première fois participantes. Tyr Baudouin, chez l’Anversoise Lowet de Wotrenge, spécialisé en tableaux, dessins et sculptures, venait depuis longtemps en visiteur. « Puis les organisateurs m’ont invité. On reçoit ici la visite de collectionneurs et de musées de premier plan. »

Pour l’occasion, il a coédité avec son confrère rotterdamois Jonathan van Otter un élégant catalogue des œuvres exposées, parmi lesquelles une feuille de Jean Bruegel l’Ancien, extraite d’un carnet d’esquisses qu’il avait emporté avec lui lors d’un voyage à Spa, en août 1612, et une étude préparatoire de Denys Calvaert, esquisse à l’huile sur papier, pour son tableau Danaé et la pluie d’or (1616).

Première aussi pour La Forest Divonne (Bruxelles) notamment avec le Hongrois Alexandre Hollan, présent dans plus de vingt musées européens, qui depuis plus de soixante ans, dessine inlassablement arbres et natures mortes, intitulé Arbres ou Vies silencieuses, qui marie, par le regard et le geste, l’exploration de soi et la vibration invisible du monde.
Dessin contemporain
Au salon Drawing Now du dessin contemporain, Alex Reding (Nosbaum-Reding, Bruxelles et Luxembourg) mettait l’accent sur l’Allemand David Schmitz, 32 ans, qui vit à Trève. « C’est mon seul artiste abstrait, souligne le galeriste, très impressionné par une œuvre monumentale de l’artiste, au titre très heideggerien, Tragödie des Seins. » Tous ses dessins, très spatiaux et énergiques, sont inspirés du flot libre du free jazz.
Archiraar (Bruxelles) expose Roman Moriceau, inspiré des sakura, les cerisiers nippons, et de la chute de leurs fleurs, dont il a recueilli l’empreinte sur le papier en les brûlant, évocation du deuil d’un de ses proches.

Quant à la galerie liégeoise Quai 4, ouverte en 2014, elle offre un solo show de Michiko Van de Velde, jeune artiste belgo-nippone, diplômée de la Cambre et de Saint-Martins (Londres). « J’observe la lumière qui traverse les arbres, et saisis le komorebi, mot japonais qui désigne la lumière du soleil filtrant à travers les feuillages », souvent utilisé dans les haïku qu’évoque le choix de ses titres : Belgian winter sunrise, Etant donné la lumière dans mon atelier, Komorebi, mémoire du pin coupé. « Je trace une forme circulaire, projection de la lumière entre les feuillages. C’est le même phénomène que celui de la camera oscura, où la lumière passe par un petit orifice. » Elle a ainsi tracé l’un de ses komorebi sous un arbre un jour d’éclipse solaire, avec un soleil entamé par la lune.

La Bruxelloise Irène Laub présente l’Islandaise Gudny Rosa Ingimarsdottir qui manie le silence, la précision et la retenue en usant de chutes de papier, de découpes d’œuvres précédentes, fragments épars et assemblages en métamorphose, formes géométriques et organiques mûries lentement. Elle lui associe l’Espagnol Guillermo Mora, qui procède au contraire dans la vitesse, en arrachant et en collant le papier sur le papier. « Les frontières, dit-il, sont les lieux où les langues se mélangent. C’est cet aspect de la peinture que je poursuis. »
Enfin, l’Anversoise Eva Steynen, déjà présente à Art & Paper (Bruxelles) est à Drawing Now pour la première fois. « Nous sommes ici avec l’Allemand anversois Johannes Ulrich Kubiak, qui travaille la tempéra sur papier avec des pinceaux très fins et crée, avec un minimum de couleurs, le magenta et le jaune, des formes libres d’une grande densité. Et Benoît Félix, lui, vit près de Namur, et crée des dessins dans l’espace, avec du fil noué. »
