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Air comprimé : Initium cède sa participation dans LVC Solutions à Atlas Copco

Le holding industriel limbourgeois Initium annonce la vente de sa participation dans LVC Solutions, distributeur genkois de solutions d’air comprimé, au groupe suédois Atlas Copco. La transaction, dont le montant n’a pas été communiqué, marque la sortie d’Initium après dix années de transformation de l’entreprise. Pour le géant scandinave, cette acquisition vient densifier son réseau de service direct dans l’est de la Belgique.

Annoncée le 5 mai 2026, l’opération voit la PME de Genk rejoindre la division Service du pôle Compressor Technique d’Atlas Copco. Les quatorze salariés de LVC Solutions intègrent à cette occasion le groupe suédois. Le prix de la transaction, non divulgué, suit la pratique habituelle d’Atlas Copco pour ce type d’opérations dites bolt-on, ces acquisitions de petite ou moyenne taille destinées à compléter un dispositif existant. Initium a été conseillé par BDO Corporate Finance pour le volet financier et par Monard Law pour le volet juridique.

Une PME genkoise reformatée en dix ans

LVC Solutions a été fondée le 28 décembre 1989 à Genk. Pendant ses premières décennies d’activité, l’entreprise s’est positionnée comme loueur de machines de chantier et de chariots élévateurs, profil relativement courant dans l’économie limbourgeoise. C’est en 2016, à la faveur de son rachat par Initium, que la société entame une mutation stratégique. Sous la direction de Luc Kenens et avec l’appui de Maarten Bynens, fondateur d’Initium, l’entreprise abandonne progressivement la location généraliste pour se recentrer sur les solutions d’air comprimé industriel : vente, entretien, maintenance et location de compresseurs, accompagnés d’études énergétiques. Un repositionnement qui n’a rien d’anecdotique, sachant que l’air comprimé pèse pour environ 20 % des dépenses énergétiques d’une usine.

Les chiffres traduisent l’ampleur du virage. En une décennie, le chiffre d’affaires de LVC Solutions est passé d’environ 2,3 millions à 4,6 millions d’euros, soit un peu plus du double. La marge brute s’élevait à 1,95 million d’euros pour l’exercice 2024. L’effectif est aujourd’hui de quatorze personnes. L’entreprise s’est par ailleurs construit un portefeuille de références industrielles dans le bassin genkois, parmi lesquelles Vandersanden Steenfabrieken, Carglass ou encore le Group Nivelles.

« Nous ne sommes pas un acheteur de type hit-and-run, qui achète une entreprise, la nettoie, en extrait les cash-flows et la revend rapidement »

Initium, un holding à rebours du capital-investissement classique

Fondé en 2009 par Maarten Bynens, entrepreneur natif de Genk, Initium est un holding industriel familial basé à Hasselt. Sa philosophie tranche avec les codes du private equity : la structure se présente comme un véhicule buy-and-build offrant à ses participations un horizon dit « infini », soit l’absence d’une logique de revente programmée à courte échéance. Le portefeuille compte aujourd’hui environ neuf sociétés actives dans des niches industrielles, parmi lesquelles Seculux et Entrya Technologies (automatisation de portails, à Lanklaar), GMF (mécanismes pour portails et piscines, à Genk), U Plastics (plasturgie, en Limbourg) ou encore Nowak (abris de jardin, à As).

La cession de LVC Solutions détonne, dès lors, avec ce discours de permanence. Initium la formule pourtant comme une décision pleinement assumée. Le holding évoque une décision prise « avec un pincement au cœur », justifiée par la conviction que l’adossement au groupe suédois constitue le meilleur scénario pour la suite.

« Dans un marché en consolidation constante, la règle est souvent la suivante : croître, ou devenir partie d’un ensemble plus grand. Dans ce cas-ci, le rapprochement avec Atlas Copco offre les meilleures garanties d’une croissance durable »

La structure souligne au passage que sa stratégie buy-and-build demeure inchangée pour ses autres participations, qu’elle dit vouloir continuer à étoffer avec une attention renforcée.

Atlas Copco, une mécanique d’acquisitions ciblées

Coté à la Bourse de Stockholm, Atlas Copco est un groupe industriel suédois fondé en 1873. Il développe des solutions de compression d’air et de gaz, des technologies du vide, de l’outillage industriel et des équipements de puissance, organisés en quatre business areas. Le pôle Compressor Technique, qui accueille LVC Solutions, en constitue l’activité historique. En 2025, le groupe a généré un chiffre d’affaires de 168 milliards de couronnes suédoises et employait environ 56 000 personnes à travers le monde. Présent en Belgique depuis plus de soixante-dix ans, son siège belge est établi à Overijse.

L’acquisition de LVC Solutions s’inscrit dans une cadence soutenue. La stratégie d’Atlas Copco repose largement sur le rachat de distributeurs indépendants, ensuite convertis en succursales de service factory-direct. En Belgique, la séquence est récente : le groupe avait déjà repris Masterfilter NV en mars 2025. L’annonce relative à LVC Solutions est par ailleurs intervenue simultanément à celle d’une autre opération, l’acquisition de Trident Compressed Air en Ontario.

Une opération modeste mais révélatrice

« Nous sommes heureux d’accueillir LVC au sein du groupe. Cet ajout viendra renforcer notre offre de service auprès de nos clients actuels et futurs dans l’est de la Belgique », commente Philippe Ernens, président de la Business Area Compressor Technique, dans le communiqué d’Atlas Copco. Pour le suédois, le bénéfice est double : l’opération consolide sa présence dans une zone industrielle dense, qui regroupe des activités automobiles, logistiques et agroalimentaires, et lui apporte un portefeuille de clients fidélisés sur trente-cinq ans, générateurs de revenus récurrents d’aftermarket, segment particulièrement valorisé dans l’économie de la maintenance industrielle.

Pour Initium, la cession valorise une décennie d’accompagnement opérationnel et de repositionnement. Elle peut aussi être lue comme une démonstration de la capacité du holding à transformer une PME conventionnelle en cible attractive pour un acquéreur industriel mondial. La cohérence entre ce désinvestissement et la promesse d’un horizon « infini » reste néanmoins une question ouverte : se séparer d’une participation aussi emblématique que LVC Solutions, alors que la marque de fabrique du holding repose sur la patience capitalistique, suppose probablement un arbitrage favorable, dont les ressorts ne sont pas explicités dans la communication officielle.

Un signal pour le tissu industriel belge

À l’échelle d’Atlas Copco, l’opération est de taille modeste : 14 collaborateurs, 4,6 millions d’euros de chiffre d’affaires. À l’échelle du tissu industriel limbourgeois, elle illustre néanmoins une dynamique observable depuis plusieurs années. Des PME de niche, professionnalisées par des holdings régionaux, finissent par intégrer des groupes mondiaux en quête de capillarité locale. Le mouvement n’est pas neutre. Il pose, en creux, la question du devenir des centres de décision industriels en Belgique et du rôle que les holdings familiaux peuvent jouer comme intermédiaires de cette recomposition.

Martin Boonen
Martin Boonen
Martin Boonen est journaliste diplômé de l'Institut de Journalisme de Bruxelles (2012). Il collaboré avec de nombreuses rédactions à différent niveau de responsabilité : journaliste, chef de rubrique, secrétaire de rédaction et rédacteur en chef, tant sur le web que pour la presse imprimée. Spécialisé dans les startups et l'entrepreneuriat à impact, il est devenu en 2025 rédacteur en chef du site web de Forbes Belgique. Il est affilié à l'Organisation Mondiale de la Presse Périodique depuis 2011.

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