Filiale de BNP Paribas lancée commercialement en Belgique en juin 2022, Nickel assume un paradoxe : celui d’une néobanque dont le moteur reste la distribution physique. Aux 500 librairies partenaires s’est ajouté, en novembre 2025, un accord avec les 655 agences bpost, portant à environ 1.150 le nombre de points de vente proposant le compte de paiement à 25 euros par an. Emmanuel Legras, CEO de la succursale belge et premier collaborateur de l’aventure locale, détaille la mécanique de ce modèle typiquement « phygital ».
Forbes.be – Qu’est-ce que Nickel et depuis quand ce produit existe-t-il en Belgique ?
Emmanuel Legras – Nickel a été tout d’abord et créé en 2014 en France avant d’être racheté par le groupe BNP Paribas en 2017. L’entreprise est devenue la première néobanque à être rentable sur le marché européen en 2018 et a ensuite entrepris de s’internationaliser à partir de 2020 par l’Espagne, puis la Belgique, le Portugal et l’Allemagne. En Belgique, nous avons lancé les activités commerciales à partir de juin 2022 exactement, après une petite année pour tout préparer.
– Pourquoi avoir choisi un modèle numérique mais pourtant basé sur la présence physique en librairie ?
C’est toute la particularité du modèle de Nickel, qu’on appelle “phygital”. On essaie de combiner le meilleur du digital (application mobile, espace web) tout en ayant la simplicité et l’universalité en ligne de mire. Cette accessibilité passe par un réseau de distribution physique. On travaille avec des libraires-presse. Il y en a 500 en Belgique qui nous distribuent sur un modèle gagnant-gagnant. Le libraire diversifie son activité et reçoit des commissions, et le client trouve un service au coin de sa rue au prix le plus juste. C’est une manière d’être présent auprès de chaque Belge sans frais fixes lourds. En Belgique, nous sommes aussi les seuls à avoir un partenariat avec le réseau postal national. Depuis novembre 2025, on est en effet également distribués dans les 655 agences bpost.

– Quelle est la clientèle visée par Nickel ? Est-ce uniquement pour l’inclusion financière ?
– Nous offrons un compte de paiement classique avec un vrai IBAN belge. On peut scinder notre clientèle en trois tiers. Premièrement, l‘inclusion financière, avec des personnes en difficulté d’accès à la banque traditionnelle (incident de parcours, difficultés financières) ou des primo-arrivants. Nous adressons aussi les besoins simples : des gens peu à l’aise avec le “full digital” ou ayant une certaine défiance vis-à-vis des banques. Ils veulent payer et être payés sans fioritures. Ces deux tiers nous choisissent souvent comme compte principal. Et puis, le dernier tiers correspond à l’usage secondaire, pour des dépenses de vacances, des achats en ligne ou pour partir à l’étranger. C’est aussi extrêmement sécurisé car le découvert n’est pas autorisé.
– Comment le libraire peut-il assurer des services bancaires sans automate ?
– Le libraire permet de réaliser des opérations du quotidien : l’ouverture de compte, le remplacement de carte en 3 minutes et la gestion du cash. On peut déposer ou retirer du cash directement via la caisse enregistreuse du libraire ; c’est elle qui fait office de distributeur automatique. En Belgique, les gens sont attachés à leur libraire, qui est le premier réseau de proximité après la poste. Alors qu’il y a une rationalisation des réseaux bancaires, Nickel apporte une réponse complémentaire. Nous sommes le premier réseau en nombre de points de vente pour les services de paiement en Belgique avec environ 1.150 points (500 libraires et un peu plus de 650 agences bpost), auxquels s’ajoutent tous les autres distributeurs automatiques, ce qui nous fait culminer à 4.600 points cash. Le client Nickel est certainement celui qui bénéficie le plus de l’accès au cash en Belgique.

– La gestion du cash et la formation ne sont-elles pas un frein pour les libraires ?
– Beaucoup de libraires sont déjà diversifiés avec la Loterie Nationale, le tabac ou les paris sportifs. La Loterie leur impose déjà un fond de caisse d’environ 2.000 à 2.500 euros pour payer les gains. Gérer ces sommes fait partie de leur métier. De plus, nous limitons les dépôts à 950 euros par mois par client pour la lutte anti-blanchiment. Les retraits sont, eux, plafonnés à 1.000 euros par semaine. En général, les flux s’équilibrent dans le réseau. Le risque principal pour un libraire aujourd’hui, c’est plutôt le stock de tabac, pas forcément le service Nickel. Quant à la formation, elle est obligatoire et se recoupe avec ce qu’ils connaissent déjà pour le transfert d’argent ou la loterie (lutte contre le blanchiment, financement du terrorisme, vérification d’identité). Les libraires sont inscrits auprès de la Banque nationale comme agents Nickel et suivent un recyclage annuel.
