Newsletter

Magazine

Inscription Newsletter

Abonnement Magazine

Cosmic Mountain Festival : le ski de printemps qui valait un modèle économique

Avril à Val Thorens ne ressemble à aucun autre mois de ski. À 2 300 mètres d’altitude, la neige tient encore ferme le matin, le soleil chauffe les terrasses, et la foule de janvier a depuis longtemps plié bagage. Ceux qui choisissent cette fenêtre-là savent exactement ce qu’ils viennent chercher : la rigueur de l’hiver en moins, la qualité de la neige en plus, un domaine de 600 kilomètres de pistes avec des remontées mécaniques quasi désertes. Mais ils savent aussi qu’en milieu d’après-midi, quand la neige ramollit et que les pistes perdent de leur praticabilité, il faut autre chose. C’est ce vide-là, structurel et quotidien, que le Cosmic Mountain Festival a décidé d’occuper.

La deuxième édition vient de s’achever avec Benny Benassi, Bakermat et Petit Biscuit, et avec elle, un rituel de fin de saison qui se consolide autour d’un lieu en particulier : La Folie Douce. Il y a dans cet endroit quelque chose d’improbable et d’assez difficile à expliquer à qui ne l’a pas vécu. Une terrasse en altitude où des skieurs en combinaison encore humide commandent un cocktail à côté d’un entrepreneur en après-ski soigné, sur une musique qui n’aurait pas détonné dans un club d’Ibiza. L’ambiance est urbaine, conviviale jusqu’à l’excès, et possède cette qualité rare dans les lieux qui se veulent branchés : elle ne semble jamais exclusive. « Rien ne ressemble plus à un skieur qu’un autre skieur, on est dans une démocratie absolue », dit Vincent Lalanne, directeur de l’office de tourisme, avec une formule qui résume mieux que n’importe quel argumentaire ce qui fait l’étrangeté attachante de Val Thorens. Le Bar 360, la Mainstage Arena et le Malaysia, présenté comme la plus grande discothèque d’Europe en altitude, complètent un dispositif où la journée se déroule par couches successives, chacune avec son tempo et son public.

Des épicuriens, pas des oligarques

© Cosmic Mountain Festival

Ce public, justement, dispose d’un pouvoir d’achat réel mais ne se reconnaît pas dans l’ultra-luxe figé de certaines stations voisines. « Ce sont des épicuriens qui veulent du bon et qui ont les moyens de le faire, mais qui ont aussi envie de s’amuser », dit Lalanne. Entre 35 et 55 ans pour l’essentiel, international à près de 80 %, avec une moyenne d’âge que la station revendique comme la plus jeune des grandes destinations alpines mondiales. Une clientèle que le festival contribue à attirer et à fidéliser, selon une logique que Lalanne résume avec une franchise un peu désabusée : « Le monde attire le monde. Le désert attire le désert. »

Cinq heures de route, zéro droit à l’oubli

Derrière cette expérience, l’organisation relève d’une logistique que Loïc Marino, directeur événementiel de Delta Event, l’agence marseillaise qui pilote le festival, décrit sans fard. Les entrepôts sont à cinq heures de route. « Si on oublie quelque chose, c’est dix heures perdues. Il faut être organisé bien en amont. » La première édition avait été marquée par une avalanche pendant le montage, un confinement d’une journée, puis une chaîne de camion rompue qui avait bloqué l’accès à la station pendant deux heures. « C’est de l’événementiel, ça arrive », dit-il, avec le fatalisme de quelqu’un qui a depuis appris à plier.

© DR

L’événement s’inscrit dans une mouvance plus large, celle d’une génération d’entrepreneurs pour qui durabilité et rentabilité se rencontrent, ou tentent de se rencontrer. Scène photovoltaïque, navettes au bioGNV depuis Moûtiers avec une réduction revendiquée de 80 % des émissions de CO₂ par rapport au diesel, boucle de méthanisation des biodéchets qui reviennent alimenter ces mêmes navettes, le tout développé avec GRDF et AEGide dans un montage inédit en France. « On sensibilise, on ne milite pas », tranche Marino. Les brigades vertes qui rappellent aux festivaliers de ne pas jeter leurs mégots dans la neige participent de cette même philosophie : éduquer sans moraliser. « On est respectueux de l’environnement par nature », confirme Lalanne. « Ce n’est pas une posture, c’est notre condition. »

L’altitude protège, le transport expose

© Cosmic Mountain Festival

Cette condition se trouve pourtant traversée par une contradiction que le réchauffement climatique rend de plus en plus visible. Jérôme Grellet, directeur général de la SETAM, la société des remontées mécaniques, construit déjà des infrastructures pensées pour deux scénarios opposés. « On aura probablement des variations de plus en plus violentes », dit-il. L’altitude protège Val Thorens mieux que d’autres stations, et pourrait même allonger la saison estivale à mesure que les températures montent, une opportunité réelle. Mais le même phénomène fragilise la mobilité vers la station : les voitures électriques peinent avec le froid, les liaisons ferroviaires directes depuis Londres ou Bruxelles ont progressivement disparu, et le transport des festivaliers reste le premier poste d’émissions de n’importe quel événement en montagne. C’est là, dans cette tension-là, que se joue la crédibilité du projet, bien au-delà du week-end de musique.

Salma Haouach
Salma Haouach
De formation ingénieure de gestion de Solvay en 2001, major finance, Salma Haouach a démarré sa carrière dans le secteur financier avant de travailler dans l’ingénierie marketing et la communication stratégique à Valencia, Casablanca, Bordeaux et Le Havre avant de revenir à Bruxelles il y’a 10 ans et poursuivre sa carrière dans le conseil en stratégie et leadership durable. Parallèlement, elle a construit une carrière médiatique comme chroniqueuse dans des médias audiovisuels nationaux à partir de 2008 (L’Express, La Première, La Deux, BX1), elle a créé un média online d'éducation aux médias (Le Lab.) puis éditant et présentant deux émissions économiques : Coûte que Coûte sur Bel RTL et Business Club sur LN24.

A la une