La rumeur dit qu’il y aurait actuellement 11 palaces en Belgique. Mais rien d’officiel et de cadré ne le confirme pour l’instant. Nous avons visité pour vous de la tour aux douves le Château d’Ordingen, un cinq étoiles+ qui mériterait ce titre.
Logé non loin de Saint-Trond au beau milieu des champs de fruitiers, l’ancien château millénaire des seigneurs d’Ordingen (Ordange) vaut réellement le détour. D’ailleurs, dès le printemps, nombreux sont les promeneurs à venir s’y poser dans le vaste parking arboré pour boire un verre dans la cour intérieure, sur la terrasse du Bistro Richard, la brasserie logée dans les murs de l’ancienne Maison du Commandeur récemment restaurée avec goût.
Le garde-frontière de comté devenu potentiel palace
L’ensemble du domaine bordé de douves porte toujours dans ses murs et ses dépendances les strates des époques qu’il a traversées, du haut Moyen Age au XXIe siècle, en changeant régulièrement de mains politiques. Ses lignes actuelles datent pour la majeure partie de l’époque où il fut détruit lors de la bataille de Brusthem et passa, jusqu’à la révolution française, aux mains de l’ordre Teutonique vainqueur, qui le reconstruisit. Il bénéficia alors d’une première restauration approfondie doublée d’une extension. La seconde restauration importante date du XIXe siècle, lorsque le château fut acquis par le baron Charles Pitteurs-Hiégaerts, un des rois du charbon local qui acquit sa fortune lors de la révolution industrielle, puis par son fils Léon, qui y rassembla une vaste collection d’art.
Après avoir été en partie détruit lors de l’invasion allemande de 1940 et suite aux disputes familiales liées à la nécessaire reconstruction, le château fut revendu en l’état à un médecin généraliste de Tongres, Henri Beckers, puis transmis à son fils Gerard.
En 1997 enfin, il passa dans les mains de l’actuel propriétaire, Richard Sleurs, patron de l’entreprise de construction en métal Bemas. Têtu et doué, celui-ci travailla d’arrache-pied durant 20 ans pour redonner au lieu son esprit d’antan avant d’y ouvrir en 2020 un domaine hôtelier de standing que Chantal et Koen, sa fille et son fils, animent depuis sous enseigne Relais & Châteaux et sous la direction de Tine Bollen, une Maître de maison qui déborde d’énergie et d’idées. Mais Richard et son épouse Miet n’ont pas pour autant coupé le cordon: ils gardent un pied dans l’orangeraie du château et un œil sur le plus long et le plus coûteux accouchement de leur vie, dont le budget total a explosé depuis l’acquisition.
Hôtel de standing à prix abordable
La partie hôtelière du domaine familial offre aujourd’hui 32 chambres et suites aménagées par le décorateur d’intérieur Pieter Porters. La nuitée est sans doute pour l’instant à classer au top des meilleurs rapports qualité-prix de ce standing, avec une chambre confort de 30 m2 avec coin salon et lit king size à partir de 187 euros.

Le complexe dispose également de deux restaurants, dont un gastronomique, l’Aurum. On y ajoutera un bar et un salon dont l’ambiance vaut réellement et le détour et l’arrêt prolongé dans les fauteuils d’époque chinés et recapitonnés.
Mention particulière, enfin, pour le partenariat original noué avec la société de location de motos Vespatours, dont un dépôt a trouvé place en bordure du château. Pour moins de 50 euros par personne, on peut y louer une Vespa flambant neuve et visiter les environs avec ou sans Pascal, le guide et responsable du bureau de location.
Seul bémol au tableau pour celles et ceux -nombreux- qui ne voyagent plus sans un passage par l’espace wellness: l’infrastructure actuelle, logée au rez de la Maison du Commandeur, ne correspond pas (encore) au standing général de l’offre disponible sur le domaine.
Etoile perdue
On apprend, au moment de mettre cet article en page, que Gary Kirchens, le chef étoilé originaire d’Eupen, et la direction de l’hôtel limbourgeois viennent de mettre fin à leur collaboration, officiellement « d’un commun accord ». Après avoir travaillé dans quelques-unes des meilleures cuisines de France et de Bruxelles,

Gary Kirchens avait repris les commandes de l’Aurum il y a cinq ans déjà. Dès 2022, il y avait décroché sa première étoile au Michelin. « Nous avions des visions d’avenir différentes. Chacun va suivre son propre chemin. Gary a indéniablement contribué à placer notre adresse au sein de l’élite gastronomique belge. Nous lui en sommes reconnaissants et lui souhaitons plein succès dans sa future carrière », commente Tine Bollen, la directrice.
« Notre objectif immédiat n’est pas de retrouver une étoile »
C’est le jeune chef Arne Beirinckx qui a repris depuis la mi-août les rênes du restaurant gastronomique désormais orphelin de son étoile. Formé à l’école hôtelière de Geel, celui-ci a notamment fait ses classes auprès des chefs étoilés Viki Geunes et Thierry Theys avant de montrer tout son talent au restaurant De Kwizien à Hasselt (14,5 au Gault&Millau). Concernant l’étoile perdue, Tine Bollen tempère: « Pour l’instant, nous voulons vraiment donner la priorité à nos clients. Notre objectif immédiat n’est pas d’en retrouver une. Mais si nous en obtenons une, ce sera évidemment un plus ».

Palace or not Palace ?
Hormis le bémol de l’espace wellness, le domaine pourrait sans conteste prétendre au statut de palace si ce label existait enfin en Belgique, ce qui n’est pas le cas pour l’instant contrairement à la France. « Nous militons depuis des années pour qu’un cahier des charges digne de ce nom, en ligne celui qui existe chez nos voisins français, soit enfin établi en Région bruxelloise, la compétence étant chez nous régionale. Cela constituerait un atout stratégique évident pour placer sur la carte internationale certains hôtels 5 étoiles qui méritent indéniablement de sortir du lot », insiste Rodolphe Van Weyenbergh, le secrétaire général de la Brussels Hotels Association (BHA). En Flandre ou en Wallonie non plus, rien de comparable à ce qui existe chez nos voisins français – où 31 palaces sont dûment répertoriés – n’est pour l’instant au programme des gouvernements en place.

