Des chiffres à donner froid dans le dos aux labels musicaux : récemment, Deezer a communiqué que les morceaux générés par l’intelligence artificielle représentaient désormais 44% de l’ensemble des nouveaux titres mis en ligne sur la plateforme de streaming française. Et pourtant, les labels musicaux ne voient pas l’IA uniquement comme une menace. Ils perçoivent également des opportunités pour le secteur. C’est du moins l’avis de la Belgian Recorded Music Association (BRMA), la fédération sectorielle belge.
Deezer est la seule plateforme au monde à signaler de manière transparente les morceaux générés par l’IA. Chaque jour, près de 75.000 titres non créés par l’humain sont mis en ligne, là où il n’y en avait « que » 10.000 quotidiennement début 2025. Cela représente à présent plus de deux millions de titres labellisés IA par mois ! Ils sont en effet détectés, puis marqués et retirés des recommandations. Grâce à cela, la consommation de cette « musique » reste très faible, entre 1 et 3 % du nombre total de streams, et une majorité (85 %) sont détectés comme frauduleux et sont démonétisés par Deezer.
Selon une étude réalisée l’an dernier par la plateforme française, 97 % des personnes interrogées ne sont pas en mesure d’entendre la différence entre la musique générée par l’IA et celle composée par des humains.
Le tableau pourrait donc paraître assez sombre pour les labels musicaux. Et pourtant, ils se veulent réalistes et optimistes.
L’IA, une opportunité sous condition pour les labels musicaux
« L’IA et la musique peuvent se développer conjointement si nous veillons au respect du droit d’auteur », pointe tout d’abord Olivier Vandeputte, le directeur général de la BRMA, interrogé par Forbes. Cela permettra en effet à la musique de prospérer, tandis que l’IA pourra continuer à s’appuyer sur des contenus musicaux de haute qualité. Pour les labels, c’est très clair : cette intelligence artificielle est une opportunité. Raison pour laquelle ils nouent des partenariats avec les développeurs d’IA qui respectent les droits des créateurs par le biais de licences négociées.
Pour garantir cette évolution commune, les gouvernements doivent maintenir les règles existantes en matière de droit d’auteur, qui exigent donc l’obtention d’une licence avant toute utilisation de la musique d’autrui, insiste le responsable de la fédération sectorielle. Cela afin que le marché puisse se développer sur la base d’une sécurité juridique.
Le risque d’une concurrence déloyale par l’IA générative
Mais, car il y a tout de même un grand « mais », « une menace existe cependant du côté des développeurs d’IA générative qui utilisent la musique protégée par le droit d’auteur pour entraîner leurs systèmes sans autorisation et générer de la musique en quelques secondes à partir de simples requêtes. Tout cela se fait donc sans licence ni rémunération du propriétaire ou du créateur de ce matériel. »
« Les productions issues de ces systèmes entrent ensuite en concurrence avec les œuvres originales et détournent les revenus qui devraient revenir aux artistes », déplore Olivier Vandeputte. Elles inondent alors les services de streaming et sont consommées d’une manière qui détourne les écoutes et les revenus au détriment des artistes.
Licences, droits d’auteur et partenariats responsables
Outre les partenariats avec les développeurs d’IA qui reconnaissent et respectent les droits des créateurs, les labels musicaux s’attaquent également aux acteurs malveillants qui utilisent la musique sans autorisation. Ces deux démarches reposent toutefois sur des lois relatives au droit d’auteur qui consacrent le principe fondamental selon lequel les développeurs d’IA doivent obtenir l’autorisation des ayants droit avant d’utiliser leur contenu, martèle le directeur général de la BRMA.
Il rappelle d’ailleurs qu’historiquement, l’octroi volontaire de licences directes a produit les meilleurs résultats pour la communauté musicale et a donné lieu à de véritables innovations grâce aux partenariats qui en découlent.
