À Gand, le musée des Beaux-Arts remet les femmes artistes au centre de l’histoire de l’art. Intitulée Inoubliables. Femmes artistes d’Anvers à Amsterdam, 1600–1750, une nouvelle exposition d’ampleur internationale entend réparer un oubli majeur : celui du rôle décisif joué par les créatrices dans la vie artistique des anciens Pays-Bas au XVIIe et au début du XVIIIe siècle.
Tout le monde connaît Johannes Vermeer, Antoon van Dyck ou Pierre Paul Rubens. Mais bien peu sont capables de citer une femme peintre de cette même époque. Elles furent pourtant nombreuses à exceller dans l’art du portrait, de la nature morte ou de la peinture d’histoire, rivalisant de talent avec leurs confrères masculins tout en naviguant dans un milieu artistique qui leur était peu favorable. Longtemps reléguées dans l’ombre de l’histoire de l’art, ces créatrices méritent enfin de retrouver la reconnaissance qui leur revient. L’exposition Inoubliables leur redonne enfin un visage et un nom.
Entre 1600 et 1750, les femmes ont participé pleinement à l’essor artistique des anciens Pays-Bas, région qui correspond aujourd’hui à la Belgique et aux Pays-Bas. Peintres, graveuses, sculptrices, dessinatrices, dentellières ou créatrices de papiers découpés : elles ont contribué à forger une culture visuelle dont l’influence se fait encore sentir aujourd’hui.
Mais si leurs contemporains les connaissaient et les appréciaient, l’histoire de l’art classique, construite a posteriori, les a en grande partie effacées. Peu à peu, leurs noms ont disparu, leurs œuvres ont été attribuées à des hommes, leur rôle dans l’économie créative a été minimisé.

Plus de quarante artistes
Fruit de plus de deux ans de recherche, Inoubliables est l’une des premières grandes exposition entièrement consacrée au rôle et à l’importance des femmes dans les arts du « long XVIIe siècle » dans cette région. Les commissaires y rassemblent des œuvres signées par plus de quarante artistes, actives entre 1600 et 1750, et déploient tout l’éventail des arts visuels : peintures, gravures, sculptures, textiles, ouvrages de dentelle et papiers découpés.
L’exposition montre combien les femmes étaient présentes dans presque toutes les disciplines artistiques et tous les segments de la production, bien loin de l’image marginale à laquelle on les a souvent réduites.
Le parcours convoque des noms emblématiques de l’époque tels que Michaelina Wautier, Louise-Hollandine du Palatinat, Judith Leyster, Maria van Oosterwijck, Clara Peeters, Rachel Ruysch, Anna Maria van Schurman, Maria Sibylla Merian, Alida Withoos, Geertruydt Roghman, Maria Faydherbe, Margareta de Heer, Johanna Koerten, Johanna Vergouwen ou Josina Margareta Weenix, mais aussi des créatrices anonymes, notamment celles qui ont réalisé les précieuses dentelles de l’époque. Ensemble, elles composent une autre histoire des arts des « Plats Pays », où les maîtres ne sont plus exclusivement des hommes.

Une collaboration internationale
Pour l’organisation de l’exposition, le musée gantois s’est associé au National Museum of Women in the Arts (NMWA) de Washington D.C., institution pionnière dans la mise en valeur des femmes dans l’histoire de l’art.
L’exposition s’inscrit dans un cycle de recherche que le MSK consacre aux femmes artistes depuis plusieurs années. En 2018, le musée avait déjà marqué les esprits avec Les Dames du baroque, exposition qui interrogeait la place des femmes artistes dans l’art baroque européen.
En 2024, le musée a également lancé une visite guidée thématique, Les Femmes dans l’art, invitant le public à redécouvrir ses collections permanentes à travers un prisme résolument féministe et critique. L’exposition actuelle en est un approfondissement majeur, qui consolide le rôle du musée comme acteur engagé dans la transformation du canon artistique.

Inoubliables. Femmes artistes d’Anvers à Amsterdam entre 1600 et 1750
Du 7 mars au 31 mai 2026
MSK Gand
