Ethias, 3e assureur belge présent via ses 37 bureaux dans le pays, développe progressivement une démarche artistique intégrée à ses espaces de travail, pensée autant pour ses collaborateurs que pour ses visiteurs.
Forbes.be – Comment cette démarche artistique a-t-elle démarré ?
Philippe Lallemand – Tout est parti de la rénovation de nos bâtiments et principalement de nos sièges à Bruxelles, Hasselt et Liège. Nous avons la chance d’occuper de très belles architectures, et nous voulions que l’intérieur reflète la même attention au bien-être des collaborateurs. Le siège d’Hasselt, par exemple, évoque presque un hôtel international.
Historiquement, quelques œuvres existaient déjà, notamment des Pierre Devreux, un artiste de la province de Liège et quelques statues emblématiques… Lorsque nous avons intégré le bâtiment de Liège le 27 mars 2025, j’ai remarqué que la plateforme supérieure qui donne sur la darse était vide et nous souhaitions y installer une pièce forte, visible et inspirante. Les Jeux Olympiques de Paris venaient de se terminer. Connaissant bien Stéphan et Georges Uhoda, figures majeures de la scène artistique liégeoise, nous avons exploré l’idée d’introduire certaines œuvres repérées lors de cet événement. Les statues de Laurent Perbos, initialement prêtées, ont été tellement bien accueillies que nous avons décidé collectivement de les acquérir pour les installer durablement. D’autres œuvres du même artiste ont ensuite rejoint nos sites. Nous travaillons avec Georges Uhoda et nos équipes internes, notamment Sébastien Laporte, responsable de la partie infrastructure, pour identifier des propositions cohérentes, sans logique spéculative : nous privilégions ce qui peut apporter quelque chose à nos collaborateurs et refléter l’identité d’Ethias.
– Êtes-vous à l’origine de cette dynamique ?
– Dans ce cas-ci, oui, même si elle s’inscrit désormais dans un travail collectif porté par Ethias.
– Combien d’œuvres sont aujourd’hui présentes dans les espaces d’Ethias ?
– Pour en assurer le suivi, nous avons mis en place un catalogue numérique interne, qui recense actuellement 213 œuvres, dont 106 visibles dans nos bâtiments. L’outil permet de localiser les pièces, qu’elles soient affichées, en réserve ou prêtées. À Hasselt, nous privilégions des artistes belges, souvent bruxellois ou néerlandophones. À Liège, nous valorisons plusieurs artistes locaux : Marc Angeli, Charles-Henry Sommelette, Werner Moron… Depuis trente ans, je m’intéresse à l’art et je constate que les artistes perçoivent très vite les évolutions sociétales. Ces échanges nourrissent aussi la réflexion d’Ethias : ils nous aident à garder un lien sensible avec ce qui se transforme dans la société.
– Possédez-vous également des œuvres à titre privé ?
– Oui, mais cela reste très modeste comparé à ce que nous déployons au sein d’Ethias.

– Les artistes sont principalement belges ou français ?
– Oui, souvent, en fonction des propositions de Georges, mais sans casting préétabli et sans intention spéculative. L’idée que certaines œuvres puissent circuler ou être prêtées fait partie de notre approche ouverte et vivante.
– Les œuvres décorent les bureaux ?
– Elles ne se limitent pas à décorer. Elles créent un environnement stimulant, éveillent la curiosité et ouvrent parfois une porte vers un intérêt personnel pour la culture.
– Les collaborateurs peuvent-ils choisir les œuvres installées ?
– Nous testons d’abord la démarche avec les membres du Comité de Direction, avant de l’ouvrir progressivement à tous les collaborateurs. À terme, nous souhaitons aller plus loin, notamment via la projection digitale d’œuvres sur nos écrans internes ou dans nos salles de réunion.
– Quel est le lien entre l’assurance et la présence artistique ?
– La couverture des œuvres d’art peut exister via des spécialistes, mais ce n’est pas l’objectif premier. Ethias est un assureur qui place son personnel au centre de sa stratégie. Le bien-être passe par un environnement soigné : voir une œuvre dans son bureau, c’est plus inspirant qu’un mur gris et impersonnel. Cela participe aussi à l’image dynamique d’Ethias, sans volonté de constituer un patrimoine disproportionné. Notre ambition est de soutenir la culture, de créer des environnements inspirants, et de faire du bien à ceux qui vivent ou visitent nos espaces.
– L’art contemporain confère également une image aussi dynamique de l’entreprise ?
– Sans aucun doute. L’intention n’est pas de dépenser des sommes folles mais avant tout de donner un coup de pouce à des artistes et d’avoir quelque chose qui interpelle… pour constituer petit à petit un parcours artistique qui se renouvelle. Mais je ne me fais pas d’illusions : il faudra que mes successeurs continuent le mouvement.

– Georges Uhoda est un peu, si je fais une comparaison viticole, votre maître de chai ?
– Oui, Il faut toujours s’entourer de gens plus compétents que soi
– Imaginez-vous prêter des oeuvres de la collection pour des expositions ?
– Oui, nous le faisons déjà. Actuellement, trois œuvres sont en prêt auprès d’institutions culturelles :
– Une aquarelle du peintre belge Marcel Lucas, présentée dans le cadre d’une exposition temporaire au Durbuy History & Art Museum, consacrée au sculpteur Dimitri Pichelle, dont les œuvres sont mises en dialogue avec celles de Marcel Lucas.
– Une peinture acrylique sur toile de Marie Zalomian, exposée au WIELS, centre d’art contemporain à Bruxelles.
– Une gravure sur bois de l’artiste Albert Crommelynck, prêtée de longue durée à La Boverie, musée des Beaux-Arts de Liège (depuis 2011).
Ces prêts contribuent au rayonnement de notre démarche et encouragent nos collaborateurs à découvrir ces expositions.
– Quel impact cela a-t-il sur l’image interne et externe ?
– Il est positif, mais à mes yeux, la seule valeur qui compte c’est que le personnel ou les visiteurs se sentent bien et ce n’est pas toujours mesurable.
Mais jusqu’ici, je n’ai jamais une réaction négative que du contraire ; et ça fait du bien de faire du bien dans un monde en crise.
