Celui qui affirme que l’argent ne fait pas le bonheur n’a jamais tenté de payer un loyer seul, avec deux enfants, en freelance ou en CDD. Ce n’est pas une plainte, c’est une donnée macroéconomique. D’ailleurs, la Belgique investit 5 points de PIB de plus que la moyenne européenne en protection sociale pour des résultats moindres.
Peut-être faut-il réallouer plutôt qu’augmenter : miser sur l’émancipation, pas l’assistance. En Belgique, près d’une famille sur dix est monoparentale, dans 8 cas sur 10 menée par une femme. À Bruxelles, c’est une sur trois. Et 61 % d’entre elles vivent avec moins de 2 800 € nets par mois (SLRB, 2024). Traduction fiscale : surreprésentées dans les deux déciles les plus bas, quasi absentes des trois plus hauts. Ce n’est pas un plafond de verre mais un mur de capital. La gestion du budget ferait pâlir un directeur financier en pleine crise : près de 30 % des mères solos bruxelloises consacrent plus de 50 % de leurs revenus au logement. Sans compter les bailleurs frileux face aux fiches de paie solo (si tant est qu’il y en a…). Résultat : chaque imprévu est une crise. Une facture oubliée, un enfant malade et c’est la stabilité qui vacille. La vraie mesure aujourd’hui, c’est l’accès à la formation qui permet l’emploi bien rémunéré, au capital, aux opportunités. L’enjeu n’est pas le pouvoir d’achat, mais le pouvoir tout court. Le pouvoir de dire oui, non, de partir, de revenir, de voyager, d’éduquer leurs enfants en cassant la reproduction sociale. Car évidemment, les enfants de mères isolées tendent à moins bien réussir à l’école. Même en bâtissant, l’argent se fait désirer. En 2021, 52 % des femmes indépendantes gagnent moins de 20 000 € par an, contre 40 % des hommes. Alors que là où elles s’installent, leurs entreprises sont plus stables dans le temps, surtout dans la santé, les services, l’éducation (SPF Économie). Et pourtant ? Seulement 1 % du capital-risque belge leur est destiné entre 2017 et 2021. Une aberration. Selon l’OCDE, réduire l’écart d’activité femmes-hommes pourrait doper le PIB de 9 à 12 % d’ici 2030. L’égalité, ici, n’est pas un idéal, c’est un plan de relance. Ailleurs, on teste de nouvelles recettes: crèches accessibles au service universel et horaires décalés (Suède), formations ciblées et rémunérées vers les métiers d’avenir (Allemagne), congés paternité incitatifs (Portugal). Résultat : des mères actives, autonomes, qui investissent dans leur avenir. On parle ici d’économie, pas de symboles. Selon les données de la Banque nationale, 25 % des ménages belges vivent dans une situation de « hand-to-mouth » : le revenu est directement consommé, littéralement traduit « la main à la bouche » sans épargne disponible pour amortir un choc ou capital investi. Dans cette catégorie, les femmes seules avec enfants sont surreprésentées.
« Il s’agit de miser sur l’autonomie plutôt que l’assistance. Car pour les femmes, l’argent, c’est de la souveraineté »
