Finhouse, la société de gestion gantoise fondée par Thomas Guenter, lance un nouveau feeder donnant accès au Smartfin Space & Defense Fund, le fonds spécialisé de Jürgen Ingels. À partir de 100.000 euros d’engagement, des investisseurs privés peuvent désormais prendre position dans des entreprises non cotées actives dans l’espace et la défense. Un horizon d’investissement de dix à quinze ans et une structure séparée du Finhouse Global Fund en font un véhicule à part entière, avec ses propres contraintes et ses propres ambitions.
Finhouse lance un fonds feeder qui permet à ses clients d’investir dans le Smartfin Space & Defense Fund, géré par l’équipe de Jürgen Ingels, l’un des investisseurs en technologie les plus en vue de Belgique. Le ticket d’entrée est fixé à 100.000 euros. Les appels de capitaux attendus sont de l’ordre de 10 à 15% par an, soit entre 10.000 et 15.000 euros annuels pour un engagement de 100.000 euros, sur une durée de huit ans. Le fonds cible des entreprises technologiques non cotées dans les secteurs de l’espace et de la défense, avec une orientation mondiale et un accent particulier sur les entreprises européennes, dont une partie sont belges.
Un feeder pour abaisser le seuil d’entrée
Un feeder est un fonds intermédiaire : il collecte les capitaux de plusieurs investisseurs pour les réunir dans un fonds cible auquel l’accès direct serait autrement réservé à des tickets beaucoup plus élevés. C’est précisément le modèle que Finhouse applique ici : en mutualisant les engagements, la société rend accessible le fonds Smartfin Space & Defense à un cercle plus large d’investisseurs privés fortunés qui ne pourraient pas y accéder individuellement.
Le feeder est structuré en private privak, pricaf privée, un véhicule belge fiscalement avantageux qui exonère les investisseurs de la taxe boursière et de la taxe sur les titres. Cette structure, déjà utilisée pour le Finhouse Global Fund, est présentée par Finhouse comme un argument différenciateur pour ses clients.
Satellites, radars et drones : le pari du secteur Space & Defense
Le Smartfin Space & Defense Fund se positionne sur des entreprises développant des technologies de rupture pour l’espace et la défense.
Jan Hollez, fondateur de Deliverect, la scale-up belge de gestion de commandes en ligne, est Managing Partner du fonds. Jürgen Ingels et l’équipe Smartfin assurent la gestion. Le fonds vise un rendement de 20% par an pour ses investisseurs.
L’horizon d’investissement est estimé à dix à quinze ans. Bien que cette durée soit comparable à celle de nombreux fonds de venture capital, le feeder a été conçu pour permettre des périodes de détention potentiellement plus longues et moins contraintes par un calendrier de distributions prédéfini. Cette caractéristique justifie sa structuration indépendante du Finhouse Global Fund.
Un comité consultatif entre Houston et Louvain
Le Space & Defense Fund s’appuie sur un comité consultatif dont la composition illustre l’ambition sectorielle du fonds. Anna Lee Fisher, ancienne astronaute de la NASA, en fait partie. Elle est accompagnée de Peter Grognard, fondateur de Septentrio, le fabricant louvaniste de systèmes de navigation de précision reconnu à l’échelle mondiale, et de Marc Melviez, ancien CEO de Luciad, le logiciel de visualisation géospatiale développé à Louvain et acquis par Hexagon. Ce trio réunit une expertise opérationnelle pointue dans les domaines de l’espace, de la navigation et des systèmes d’information géographique — autant de champs directement connectés aux cibles d’investissement du fonds.

La stratégie Finhouse : des feeders ciblés en complément du Global Fund
Avec ce feeder, Finhouse poursuit la logique qui a présidé à la création de son produit phare. Le Finhouse Global Fund, structuré en fund-of-funds, gère aujourd’hui 150 millions d’euros apportés par 850 investisseurs flamands — ce qui en fait, selon la société, la plus grande private privak belge en nombre de participants, un an seulement après sa création.
Le feeder Space & Defense s’y ajoute comme un satellite autonome. Là où le Global Fund offre une exposition diversifiée à une dizaine de fonds de private equity et de venture capital internationaux, le feeder permet une mise sectorielle concentrée sur un seul fonds. Finhouse indique vouloir proposer, à l’avenir, d’autres feeders autour de fonds soigneusement sélectionnés pour des opportunités jugées spécifiques.
Thomas Guenter : de Forbes 30 Under 30 à la gestion de fonds spatiaux
Thomas Guenter, fondateur et Managing Partner de Finhouse, est un profil singulier dans la finance belge. Premier étudiant de l’Université de Gand à avoir combiné les masters en ingénieur de gestion, orientation finance, et en droit, il a ensuite travaillé comme consultant en stratégie chez Arthur D. Little puis chez Boston Consulting Group, à Bruxelles et à Londres, avant de lancer Finhouse.
Il s’est d’abord fait connaître comme créateur de contenu financier : plus de 200.000 abonnés sur les réseaux sociaux, un ouvrage de finances personnelles vendu à plus de 20.000 exemplaires, un podcast classé parmi les plus écoutés de Belgique dans la catégorie « Affaires et finances personnelles ». Cette visibilité lui a valu d’être distingué fin 2024 dans la liste Forbes Belgium 30 Under 30, puis en avril 2025 dans la liste Forbes Europe 30 Under 30 dans la catégorie Finance — l’une des rares personnalités belges à cumuler les deux distinctions.
Forbes Belgium lui a par ailleurs consacré un portrait éditorial et il intervient dans le cadre du podcast Forbes Belgium « Celebrating Belgian Success ».
Reste que le secteur space & defense, pour attrayant qu’il soit dans le contexte géopolitique actuel, implique des horizons plus longs et des risques propres aux entreprises non cotées. Un ticket d’entrée de 100.000 euros, même abaissé par rapport à une participation directe, reste hors de portée du grand public. Finhouse vise explicitement un cercle d’investisseurs privés fortunés, pas une démocratisation au sens large.
Ce nouveau feeder témoigne néanmoins de l’évolution rapide de Finhouse depuis sa création : en moins d’un an, la société est passée d’un seul produit généraliste à une gamme qui commence à se diversifier, avec un premier fonds thématique positionné sur l’un des secteurs les plus en vue de la décennie. La cohérence de la stratégie, abaisser les tickets, sélectionner des fonds autrement inaccessibles, structurer fiscalement, reste apparente. La question de la durée, dix à quinze ans, sera l’épreuve de vérité pour les investisseurs qui s’y engagent aujourd’hui.
