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Entre promesses et investissements, où en sont les entreprises belges sur l’IA ?

L’intelligence artificielle suscite un engouement certain dans les entreprises belges, et les dirigeants sont nombreux à vouloir s’en saisir. Mais à l’heure des bilans, les stratégies manquent encore souvent de corps et les investissements, d’envergure. C’est ce que met en évidence le dernier Baromètre des entreprises de BDO Belgium, réalisé auprès de 438 cadres belges par le bureau d’études IVOX.

Sur le papier, l’élan est pourtant réel. Plus d’une entreprise belge sur trois (36 %) prévoit encore cette année de renforcer ses efforts en matière de digitalisation et d’intelligence artificielle. Les dirigeants évaluent leur niveau d’utilisation actuel de l’IA à 5,4 sur 10, et estiment pouvoir atteindre 6,2 sur 10 dans les années à venir. Une progression, certes, mais mesurée, et loin d’un basculement radical.

Car lorsqu’on regarde les budgets, le tableau se nuance. Dans six entreprises sur dix, moins de 10 % du budget IT est consacré à l’IA. Seules 16 % des entreprises dépassent ce seuil. Plus révélateur encore : 56 % des organisations ne disposent toujours pas d’une stratégie claire autour de l’intelligence artificielle, tandis que 34 % ont entamé ce travail de structuration. « Le fossé entre l’engouement autour de l’IA et les investissements réellement réalisés reste aujourd’hui important », résume Ignace Robberechts, Chief AI Officer chez BDO Belgium. « Sans choix stratégiques clairs, l’IA reste cantonnée à des expérimentations, alors que des investissements ciblés et une vision précise sont justement nécessaires pour générer un réel impact. »

Ignace Robberechts, Chief AI Officer BDO Belgium.

Les chatbots ne sont que la partie visible de l’iceberg

Dans la pratique, les entreprises privilégient les domaines où les gains sont les plus rapidement visibles. Les opérations arrivent en tête des usages (33 %), juste devant le service client (32 %), le marketing (30 %), les ressources humaines (25 %) et la finance (20 %). L’écart relativement faible entre les départements révèle quelque chose d’important : l’IA n’est plus cantonnée à une fonction technologique isolée, elle commence à traverser l’ensemble de l’organisation.

Parmi les applications concrètes, l’automatisation des processus et les chatbots se démarquent particulièrement. Aujourd’hui, 22 % des entreprises utilisent déjà des chatbots ou des assistants virtuels, tandis que 33 % prévoient encore de les implémenter. L’automatisation des tâches répétitives suit la même dynamique : 22 % des entreprises l’ont déjà mise en place et 42 % prévoient de le faire prochainement. En d’autres termes, dans un avenir proche, près de deux tiers des entreprises belges auront confié une partie de leurs processus à des machines.

D’autres usages commencent à émerger, notamment dans les campagnes marketing personnalisées, le lead scoring ou la maintenance prédictive des machines et des véhicules. Ces applications révèlent une transformation plus profonde : l’IA cesse d’être un simple outil de gain de temps pour devenir un outil de compréhension du monde, capable d’anticiper, de hiérarchiser, d’orienter des décisions qui relevaient jusqu’ici exclusivement du jugement humain. « La véritable valeur ajoutée réside dans l’analyse de grandes quantités de données et dans l’aide à la prise de décision. Les entreprises qui utilisent l’IA de manière stratégique s’appuient sur cette technologie non seulement pour accélérer leurs processus, mais aussi pour mieux évaluer les risques et identifier de nouvelles opportunités », poursuit Ignace Robberechts.

Plus l’IA progresse, plus les compétences humaines deviennent décisives

C’est peut-être le paradoxe le plus saisissant de ce baromètre : plus les outils technologiques gagnent du terrain, plus les compétences humaines s’avèrent déterminantes. La compétence qui tire son épingle du jeu n’est pas technique, mais bien critique : 47 % des dirigeants estiment que la capacité à évaluer avec recul les résultats générés par l’IA s’impose comme la compétence maîtresse. La créativité suit avec 37 %, devant la capacité d’apprentissage et d’adaptation (36 %), les compétences en communication (32 %), la collaboration entre disciplines (27 %) et les qualités de leadership (23 %). Un classement qui dit, en filigrane, que l’IA ne prend pas le pas sur le jugement humain, bien au contraire : « La technologie peut générer des analyses, mais celles-ci n’ont de valeur que lorsque les collaborateurs les interprètent de manière critique et les appliquent correctement. La véritable plus-value naît lorsque l’IA et l’expertise humaine se renforcent mutuellement », confirme Ignace Robberechts.

Ce qui freine encore les entreprises

Les préoccupations, enfin, restent nombreuses. Une entreprise sur deux cite la sécurité et la confidentialité des données comme principale inquiétude, devant la responsabilité en cas d’erreurs des systèmes d’IA (40 %), la dépendance technologique (39 %) et la complexité juridique (33 %). La perte potentielle d’emplois ferme la marche avec 31 %. Un chiffre qui interroge, tant la question sociale semble encore reléguée au second plan face aux enjeux de gouvernance et de conformité.

Sophie De Coninck
Sophie De Coninck
Sophie De Coninck est une journaliste spécialisée dans les thématiques lifestyle et société. Elle collabore régulièrement avec plusieurs médias du groupe Ventures, auquel appartient notamment Forbes Belgium.

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