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Extension du domaine de la lutte

Rencontre avec Miet Warlop, artiste qui représentera la Belgique à la Biennale de Venise cette année, avec la performance « It Never Ssst ».

En choisissant Miet Warlop, la Communauté Flamande a voulu saluer plus de vingt ans de parcours artistique tout en mettant en avant une tradition belge forte : l’interdisciplinarité. Pour la première fois, la performance occupe une place centrale au sein du Pavillon belge.

À Venise, Warlop présentera l’exposition-performance « It Never Ssst« . Des performeurs et performeuseuses activeront régulièrement l’installation à travers des rituels physiques et sculpturaux. Le titre évoque le temps turbulent qui les pousse sans cesse vers l’avant, dans une tentative obstinée d’éviter toute forme d’immobilité.

L’œuvre explore l’urgence du lien humain dans un monde de plus en plus désorientant, et transformera le Pavillon belge en un espace d’énergie, de tension et d’expérience émotionnelle partagée. Rencontre avec l’artiste qui évoque son « mobile » à quelques jours de l’ouverture…

Forbes.be – Les concepts de mobilité et de communauté sont importants dans votre pratique…
Miet Warlop – Oui, en ce qui concerne la mobilité, je ne suis pas très doué pour créer un objet statique sans qu’il y ait une sorte de dynamique qui l’entoure. Quant au concept de communauté, je ne m’attribue jamais le rôle principal. Nous soutenons toujours une idée avec l’ensemble d’un groupe ou d’une distribution, une idée préconçue. Même si je pense toujours qu’il est important qu’il y ait beaucoup d’authenticité ou de réalisme dans mon travail.

 – Vous n’êtes pas actrice, plutôt metteuse en scène ?
 – Non, je ne suis qu’un artiste: je me considère davantage comme une plateforme, peut-être, que comme une artiste individuelle autocentrée. C’est l’idée qui prévaut à mes yeux, pas le médium. Lorsque vous évoquez le metteur en scène de théâtre, vous excluez beaucoup de choses; je préfère m’en tenir à la notion d’artiste, peu importe la forme.

– Mais avez-vous été influencée par les metteurs en scène de théâtre flamands ?
Bien sûr. Plus jeune, j’ai beaucoup appris, pas seulement des créateurs de théâtre, mais également d’artistes visuels, de cinéastes, d’amis, de mes parents…. C’est plutôt le temps consacré et sa qualité plutôt que le statut de la personne qui importe

– En matière d’art, Marina Abramovic est-elle un exemple pou vous ?
Bien sûr. Tout comme Erwin Wurm et Francis Alÿs dans ses performances: « Faith Moves Mountains » par exemple illustrait au travers l’absurdité de déplacer une montagne en faisant oeuvrer toute une communauté, le fait de résister: une œuvre à la fois intelligente, mais aussi très belge. L’artiste protéiforme Benjamin Verdonck a également été important pour moi.

– Et qu’en est-il de l’actionnisme viennois et de Fluxus ?
Certainement, mais le cinéma m’a également beaucoup inspiré, notamment le cinéma italien et Antonioni entre autres. Je trouve ce médium beaucoup moins inspirant désormais…

– Le rock’n’roll fut également une source d’inspiration…
Bien sûr, j’avais beaucoup d’amis musiciens: je n’ai jamais pensé devenir artiste: au début, j’étais vraiment gênée de demander aux personnes de consacrer du temps à mes performances: la durée a toujours été, maximum de 1 heure. J’ai intégré la musique à ma pratique parce que mes images son centrées sur une sorte de dramaturgie de l’objet et chanter le texte est différent que simplement accompagner l’objet d’un texte.
Par ailleurs, j’ai assisté à un spectacle où les musiciens devaient se placer derrière les rideaux et rester invisibles. Je les ai placés au milieu de la scène afin qu’ils deviennent véritablement les interprètes.

– Peut-on affirmer que vous sculpter les mots?
Non. Le mot s’est infiltré dans ma pratique par l’usage de la musique, car si vous ne mettez pas de paroles dans votre musique, celle-ci se transforme en une sorte de tapis sonore.

Miet Warlop © Bea Borgers

– Le concept de rituels est également essentiel…
C’est plutôt lié au fait d’entrer dans la communauté, de faire des connexions ou de vivre quelque chose ensemble, de suivre un mouvement, d’examiner une idée et de la concrétiser. Il y a bien entendu une sorte de rituel à la base, mais il est particulièrement important, que quelque chose se produise, y compris pour les personnes qui accomplissent et répètent cette performance.

– Votre travail se révèle très physique en comparaison de notre époque digitale…
Il s’agit de la réalité de choses touchantes et que l’on peut toucher.

– Le multilinguisme de la Belgique a-t-il une influence, sur votre art ?
Totalement. Tous les costumes, une partie de la communication se fait par le biais d’un de mes amis qui est wallon, Il est un fait que nos communautés respectives ne font pas toujours bon ménage. J’ai dès lors pensé qu’il était important à Venise de travailler avec des Francophones, mais aussi de s’exprimer en, italien, français, néerlandais, allemand et anglais. D’ailleurs, les textes que j’ai rédigés sont pour la plupart en italien.
Car j’ai également choisi des Vénitiens parmi les participants à la performance

– Et comment se déroulent les relations avec les Italiens ?
C’est très plaisant. Il s’agit aussi de montrer que Venise est également une ville où les gens vivent et pas seulement un décor historique: il me paraissait important de les rendre également visibles

– Quels sont vos influences ou vos maîtres au niveau de l’histoire de l’art en Belgique ?
Cela va des Primitifs flamands, de Van Eyck à Permeke, en passant par Roger Raveel; au niveau plus contemporain, je citerais Michael Borremans. Anne-Mie Van Kerkhoven, Ottobong Nkanga… et bien entendu Francis Alÿs, mon préféré…

Avant-première de la Biennale Arte : 6–8 mai 2026
Ouverture officielle du Pavillon belge : 6 mai 2026 à 12h00
Période d’exposition : du 9 mai au 22 novembre 2026, du mardi au dimanche.
www.itneverssst.be
labiennale.org

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