Issu d’un milieu qui regardait l’entreprise avec cironspection, Frédéric Panier a converti cette méfiance en force de traduction. CEO de AKT for Wallonia (l’ancinne UWE), artisan du dialogue économique, il connecte écoles, chercheurs et entrepreneurs pour remettre en mouvement la Wallonie et sa culture entrepreneuriale.
Le bureau s’ouvre sur la Sambre, là où Frédéric Panier a grandi et que son regard connaît depuis toujours. Il se sert un thé avec un geste précis : « Je suis un grand amateur de thé et du rituel autour. » Patience et minutie : deux qualités qui ne seront pas de trop pour la Wallonie cette année.
Janvier a été un mois de vœux et de rencontres : « C’est un exercice que j’ai appris à aimer. On comprend mieux ce qui vit chez nos entrepreneurs, bien plus que n’importe quel rapport. » Taxes, énergie, guerre des talents : tout afflue, mais le docteur en économie observe : « Notre économie n’est pas en récession. C’est un signe de résilience. »
Consultant chez McKinsey, docteur en économie, très impliqué dans le Pacte pour un enseignement d’excellence, son parcours lui permet de voir les deux faces du monde : privé et public, théorie et pratique. « Peu de gens connaissent vraiment les deux côtés. Pourtant, c’est de cette manière qu’on peut faire les meilleures recommandations. Mon doctorat, je l’utilise tous les jours : comprendre le fonctionnement global de l’économie pour trouver le chemin vers l’action concrète. »

Son apprentissage de la parole publique reste quotidien : « Avant, je voyais un journaliste à droite et j’allais à gauche. Maintenant, je lui parle. C’est nouveau, mais j’ai de bons conseillers. » Fils de Christian Panier, figure du monde judiciaire à Namur et exposé médiatiquement, il reconnaît dans cette exposition précoce un premier entraînement au dialogue.
D’un milieu d’intellectuels au monde patronal
Rien ne prédestinait ce fils d’intellectuels de gauche, baigné dans un univers peu favorable à l’entreprise, à devenir la voix des patrons wallons. Cette trajectoire lui permet de regarder le monde entrepreneurial avec distance et compréhension.
L’enseignement reste une passion structurante : « J’ai grandi dans une famille qui valorise le savoir. Pour moi, l’enseignement est une histoire d’amour de 40 ans. » Chez Akt, il rapproche école et entreprise : visites d’enseignants en entreprise, stages facilités, échanges avec les acteurs de l’enseignement (il est membre actif de la Fondation pour l’Enseignement).
Quatre chantiers pour 2026
Quatre priorités émergent pour 2026, nourries par son parcours et le regard qu’il porte sur la Wallonie :
- Éducation et talents : rapprocher écoles et entreprises pour que les jeunes acquièrent des compétences concrètes et se projettent dans le monde du travail. « Certes l’enseignement forme d’abord des citoyens. Il faut mettre néanmoins les élèves en mouvement, leur montrer le réel et les laisser expérimenter. Un enseignant est aussi invité à aller en entreprise pour mettre ses compétences à jour. »
- Entrepreneuriat et culture du risque : changer la perception de l’échec et valoriser ceux qui osent se lancer. « Si nous ne célébrons pas ceux qui échouent, nous ne célébrons pas ceux qui innovent. » Pour le Namurois, chaque initiative audacieuse est un petit tremplin pour l’économie wallonne.
- Innovation et valorisation de la recherche : transformer les résultats universitaires en start-ups et spin-offs, créer de nouvelles activités économiques. « L’innovation, c’est mettre le savoir en action pour créer de la valeur et des emplois. » La recherche appliquée devient un moteur concret pour générer des solutions et des marchés.
- Défis concrets des entreprises : énergie, fiscalité, simplification administrative : agir sur le court terme pour créer un environnement favorable. « Il faut reconnaître ce qui fonctionne, garder un regard critique et dialoguer à travers les réalités de chacun. »
Pour le docteur en économie, l’entreprise dépasse l’économie : elle est un pilier du bien commun. « Ceux qui créent de l’activité économique sont aussi importants que ceux qui s’engagent en politique ou dans l’associatif. » Le Namurois incarne ce pont entre deux mondes : entrepreneurs exigeants et ambitieux, secteur public méthodique et parfois distant. Son credo pour 2026 : « Nous avons devant nous 30 ans pour redresser notre région tous ensemble. »
Chaque matin, Frédéric Panier se lève avec la certitude de servir ce bien commun : l’entreprise, moteur de prospérité et d’émancipation individuelle et l’espoir que la Wallonie, lentement mais sûrement, apprenne à savourer sa propre infusion.
