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Les fous de Dieu : un demi-siècle de terreur iranienne

Alors que la République islamique d’Iran, telle qu’elle s’est maintenue pendant quarante-sept ans, s’engage désormais dans une nouvelle ère, les métastases de son idéologie politique continuent de se répandre à travers le monde. En édifiant un système de pouvoir opaque et transnational, structuré autour de la confrontation violente et l’endoctrinement, la haine proclamée de l’Occident et l’activation de réseaux d’influence, le régime iranien a projeté hors de ses frontières les ressorts de ses ambitions hégémoniques.

Aux échecs, la paire de fous peut transformer l’équilibre d’une partie. Chacun contrôle une couleur, mais ensemble, ils dominent l’échiquier et frappent à distance dès que les diagonales se dégagent. Quand leurs trajectoires se croisent, l’espace de jeu et les options adverses se restreignent peu à peu. Les grands maîtres y voient alors un avantage stratégique durable, sauf si les pions parviennent à fermer les positions et neutraliser la portée des fous.

Depuis 1979, les ravages provoqués par ces « fous » déployés par la République islamique d’Iran sur l’échiquier international traduisent un hubris obsidional, combinant une logique d’encerclement à une quête d’influence et de domination basée sur une idéologie religieuse minoritaire à l’échelle du monde musulman. Dans cette lecture du monde, la pérennité du pouvoir repose sur une propagande sophistiquée où l’ennemi est associé à la puissance américaine et son allié régional, l’Etat d’Israël. Où la victime est incarnée par une communauté musulmane présentée comme opprimée, au premier rang de laquelle figure la cause palestinienne et son instrumentalisation.

 Jusqu’au 13 juin 2025, la guerre entre ces trois Etats se déroulait principalement dans la clandestinité, la dissuasion et les affrontements par procuration. Huit mois plus tard, le 28 février 2026, l’opération militaire menée conjointement par Israël et les Etats-Unis sur le territoire iranien inaugure une séquence historique appelée à redéfinir les rapports de force et les contours d’un nouveau Moyen-Orient. Déclenchée dans un contexte de massacres de masse perpétrés par la République islamique contre la population iranienne, cette confrontation ouverte met aujourd’hui en évidence l’ampleur d’un travail d’infiltration israélien de longue durée, déstabilisant les plus hautes sphères du pouvoir et les centres de commandement en Iran. Mais elle révèle également la solidité de la toile tissée par la République islamique sur l’ensemble de la planète.

L’alliance oubliée

Pourtant, si la haine à l’égard de l’Occident constitue le pilier idéologique du régime, les liens entre Iraniens et Juifs remontent à l’Antiquité. Parmi les événements les plus marquants de cette mémoire historique commune figure la libération, en 538 avant notre ère, des Juifs exilés à Babylone par Cyrus le Grand, fondateur de l’empire perse achéménide. Cet épisode charnière, mentionné dans la Bible et attesté en cunéiforme sur le célèbre « Cylindre de Cyrus », inscrit les relations entre les deux peuples dans une histoire longue, bien antérieure aux fractures contemporaines.

La conquête arabe et musulmane en territoire perse au septième siècle va modifier durablement la situation des Juifs vivant en Iran. Soumis durant des siècles à un ensemble de restrictions et de discriminations, leur égalité devant la loi n’est officiellement reconnue qu’au moment de la première révolution iranienne, qui aboutit à l’instauration d’une Constitution et d’un Parlement en 1911. Durant la seconde moitié du vingtième siècle, les relations entre l’Iran du shah Mohammad Reza Pahlavi et Israël prennent une dimension stratégique. Malgré l’absence de reconnaissance diplomatique pleinement assumée, probablement par pragmatisme vis-à-vis du clergé chiite, les deux partenaires développent une coopération dans les domaines économique, énergétique et militaire, convergeant leurs intérêts face à l’essor du nationalisme arabe et à l’influence soviétique dans la région. Dans ce contexte, les Etats-Unis font de l’Iran une pièce maîtresse du grand jeu régional, en dépit de la volonté du pays – devenu entre-temps la cinquième puissance militaire mondiale – d’afficher une posture de neutralité au sein du Mouvement des non-alignés. 

Les derniers mois de l’année 1978 s’achèvent dans un bain de sang qui va précipiter la chute du régime impérial.

A la fin des années 1970, le processus révolutionnaire s’enclenche de manière irréversible. Du point de vue interne, il prend cours en réaction à la nature autoritaire du régime impérial et à l’influence américaine sur la souveraineté nationale et l’exploitation des ressources du pays. Les courants marxistes et tiers-mondistes mobilisent en grande partie l’opposition iranienne. Du côté des forces religieuses, guidées par d’autres références doctrinales, leur pouvoir traditionnel et leur patrimoine foncier sont menacés par la modernisation du pays et les réformes socio-économiques entreprises notamment dans les domaines agricole, éducatif et de l’émancipation juridique des femmes. Les derniers mois de l’année 1978 s’achèvent dans un bain de sang qui va précipiter la chute du régime impérial.

Rouhollah Khomeini, fondateur de la république islamique d’Iran. © DR

1979, la rupture

La révolution iranienne de 1979 est un tournant majeur dans l’histoire contemporaine du Moyen-Orient, et plus généralement dans celle des relations internationales. L’avènement d’une théocratie, où le pouvoir ultime est détenu par une autorité religieuse – l’ayatollah Khomeini – appuyée par l’armée idéologique des Gardiens de la révolution islamique, transforme profondément les orientations politiques et diplomatiques du pays. La politique étrangère est désormais axée sur le rejet de toute forme de domination étrangère et la défense des droits de la communauté musulmane dans son ensemble.

Trois événements en particulier vont illustrer la radicalisation du nouveau régime. L’Etat hébreu ayant été décrété illégitime, une ambassade de Palestine est installée en lieu et place de la mission diplomatique israélienne, ravagée et mise à sac. Au même moment, l’invitation à Téhéran de Yasser Arafat, figure centrale du nationalisme palestinien, envoie un signal aux dirigeants du monde musulman dont les effets résonnent encore à l’heure actuelle: l’Iran soutiendra désormais la cause palestinienne, présentée comme un combat existentiel entre l’islam et l’Occident chrétien, perçu comme le parrain de l’Etat juif. Enfin, tandis que les Etats-Unis reconnaissent la jeune République islamique, la prise de l’ambassade américaine à Téhéran, le 4 novembre 1979, conduit à la séquestration de cinquante-deux diplomates durant 444 jours. Mais l’accès aux archives et aux renseignements de la représentation diplomatique américaine offre surtout à la garde révolutionnaire iranienne un levier décisif pour affirmer sa mainmise sur les affaires du pays et marginaliser les autres courants issus de la révolution. Cette prise d’otages va constituer le mythe fondateur du régime islamique et sceller la rupture entre les deux pays.

1982, la matrice libanaise

En pleine guerre Iran-Irak, déclenchée par l’invasion du territoire iranien par Saddam Hussein en septembre 1980, le Liban devient l’un des premiers terrains de confrontation indirecte entre la République islamique, Israël et les Etats-Unis. Déjà fragilisé par la guerre civile, le pays du Cèdre voit près de 90.000 soldats israéliens s’engager dans la zone frontalière contrôlée par les forces de Yasser Arafat. Contraint au repli, celui-ci va concentrer l’essentiel de ses troupes au sud de Beyrouth qui sera pilonnée à son tour. Israël apporte alors son soutien à la minorité maronite avant de se retirer de la capitale au profit d’une force internationale principalement représentée par la France et les Etats-Unis. Dans le sud et l’est du Liban, la communauté chiite – majoritaire – s’organise et prête allégeance à l’ayatollah Khomeini. Ce rapprochement s’explique notamment par deux réalités. Tout d’abord le chiisme libanais, ancien et solidement enraciné, est historiquement antérieur à celui de l’Iran. Ensuite, en amont de la révolution iranienne, plusieurs figures fondatrices du Corps des Gardiens de la révolution (chargé à la fois de l’appareil répressif en interne et de la politique étrangère via son unité d’élite al-Qods, en référence à Jérusalem) se forment au contact des milices libanaises et palestiniennes, contribuant à l’émergence de réseaux d’influence transnationaux.

C’est dans ce contexte que va éclore un nouvel acteur : le Hezbollah, le « Parti de Dieu », financé en hommes et en armes par la République islamique. Conçu dès l’origine comme une organisation clandestine, le mouvement fait du secret une règle stratégique : agir dans l’ombre pour favoriser son développement, préparer son expansion et assurer sa protection. L’objectif de Téhéran est de créer une force dominante au Liban comme instrument régional d’influence destiné à contrebalancer la puissance israélienne. Cette stratégie implique l’établissement d’un partenariat avec le régime syrien de Hafez el-Assad, auquel la République islamique fournit du pétrole en échange d’un accès à son territoire et des points d’appui locaux. L’axe Iran-Syrie-Hezbollah qui en découle introduit alors des modes d’action inédits, directement inspirés de la doctrine chiite du sacrifice.

Le 11 novembre 1982, à une dizaine de kilomètres de la zone frontalière, un jeune libanais de 18 ans se suicide au volant de sa voiture piégée, lancée à tout allure contre le quartier général de l’armée israélienne au sud Liban. Cet attentat acte le recours au martyre comme arme de guerre, un phénomène encore méconnu à l’époque, en raison notamment de la rareté des informations en temps réel et du manque de travaux académiques consacrés au chiisme libanais. L’enracinement social étant une condition essentielle pour s’imposer durablement, le Parti de Dieu, officialisé en 1985, s’engage dans l’édification d’une véritable contre-société, au sein de laquelle les individus sont éduqués, soignés, financés, socialisés et encadrés dès l’enfance jusqu’à leur enrôlement dans l’organisation à l’âge adulte. 
A la mort de l’ayatollah Khomeini en 1989, un an après le cessez-le-feu entre l’Iran et l’Irak, l’architecture stratégique à peine mise en place au cours de la décennie écoulée fait preuve d’un ancrage pérenne. La théocratie iranienne est renforcée par une guerre dont la société, elle, ressort exsangue. Surtout, le mode opératoire initié par Téhéran à travers la raison d’être du Hezbollah s’impose comme la matrice d’un nouvel ordre régional, appelé à étendre ses relais d’influence bien au-delà du Moyen-Orient.

De l’Europe à l’Amérique latine, en passant par l’Asie

Dans la continuité de cette stratégie de « guerre de l’ombre » et d’activation de sphères d’influence, l’Europe devient à son tour la cible d’opérations meurtrières. En 1985, en pleins préparatifs des fêtes de Noël, deux bombes explosent à quelques minutes d’intervalles dans le quartier de l’Opéra à Paris. La première dans les galeries Lafayette, la seconde à une centaine de mètres plus loin, au centre commercial le Printemps. Ces explosions, qui ont fait des dizaines de victimes, sont dans un premier temps revendiquées par plusieurs mouvements, dont le Front de libération de la Palestine. Quatorze attentats similaires frappent la capitale française les mois suivants. Le plus meurtrier a lieu le 17 septembre 1986 rue de Rennes, devant le magasin Tati, faisant 55 morts. L’ensemble de ces actes de terreur sera finalement revendiqué par le Hezbollah libanais, confirmant l’internationalisation des modes opératoires de la République islamique d’Iran.

En 1985, en pleins préparatifs des fêtes de Noël, deux bombes explosent à quelques minutes d’intervalles dans le quartier de l’Opéra à Paris.

Au cours des années 1990, l’Argentine est visée par une série de crimes ciblant la communauté juive, la plus importante d’Amérique latine. Le 17 mars 1992, un attentat-suicide à la voiture piégée atteint l’ambassade d’Israël à Buenos Aires. L’explosion ne détruit pas seulement le bâtiment diplomatique, mais aussi l’église voisine et un immeuble résidentiel adjacent. Le bilan s’élève à 29 morts, dont la plupart Argentins, et 242 blessés. Deux ans plus tard, l’Association mutuelle israélite argentine (AMIA) est entièrement pulvérisée par 275 kilos d’explosifs, faisant 85 morts et 300 blessés. L’enquête est entravée durant plus de vingt ans par de nombreuses irrégularités, des dissimulations de preuves, l’assassinat du procureur Alberto Nisman en 2015 et des faits de corruption impliquant la présidence argentine ainsi que l’appareil judiciaire et les services de renseignements, le tout au profit de l’Iran. Selon des témoignages d’anciens responsables iraniens publiés à l’époque dans The New York Times, la République islamique aurait versé dix millions de dollars au président Carlos Menem afin d’orienter l’enquête. Cependant, l’attentat ne sera jamais revendiqué ni totalement élucidé. Ce n’est qu’en 2024 qu’un arrêt de la Chambre fédérale de cassation pénale établit la responsabilité de l’Iran et du Hezbollah, donnant lieu à l’émission de mandats d’arrêts internationaux à l’encontre de plusieurs diplomates iraniens et personnalités influentes du régime condamnés par contumace, dont l’ancien ministre des Affaires étrangères Ali Akbar Velayati et l’ancien responsable des renseignements Ali Fallahian. En qualifiant l’Iran d’« Etat terroriste » et l’attentat contre l’AMIA de « crime contre l’humanité », la justice argentine inscrit alors l’affaire dans un cadre susceptible de relever de juridictions pénales internationales.

Durant l’année 2012, plusieurs pays révèlent avoir déjoué des projets d’attentats visant des civils israéliens sur leur territoire. Les arrestations de ressortissants iraniens et libanais tendent à confirmer l’existence de réseaux structurés, capables de planifier et de coordonner des cyberattaques et des actions terroristes à l’échelle internationale. En Azerbaïdjan, plusieurs attaques à la voiture piégée contre les ambassades israélienne, américaine et britannique sont désamorcés entre 2007 et 2012. Majoritairement musulmane, cette ancienne république soviétique est constitutionnellement laïque. Producteur majeur d’hydrocarbures, le pays abrite une communauté juive de plus de 9.000 personnes et partage 600 kilomètres de frontière avec l’Iran. En janvier 2012, les autorités azerbaïdjanaises annoncent la neutralisation de deux de leurs ressortissants impliqués dans la préparation d’attentats, pour le compte de l’Iran, visant l’ambassadeur d’Israël et un rabbin local. Le mois suivant, les intérêts israéliens sont à nouveau pris pour cible en Inde, en Géorgie et en Thaïlande où plusieurs explosions mettent en cause des citoyens iraniens et libanais, membres du Hezbollah.

Dix-huit ans jour pour jour après l’affaire de l’AMIA à Buenos Aires, le 18 juillet 2012, un attentat-suicide vise un autobus transportant des touristes israéliens peu après leur arrivée à l’aéroport de Bourgas, en Bulgarie, causant plusieurs morts et des dizaines de blessés. Si la République islamique dément, une fois encore, toute implication, les autorités bulgares imputent publiquement la responsabilité au Hezbollah. Cette attaque commise sur le sol européen conduit l’Union européenne à inscrire la branche militaire du Hezbollah sur sa liste des organisations terroristes.

Les réseaux chiites reliés à la République islamique d’Iran n’épargnent pas non plus la Belgique. A commencer par sa capitale, siège des institutions européennes, de l’OTAN et véritable carrefour diplomatique. Ces interfaces, dont certaines sont en connexion directe avec l’ambassade iranienne à Bruxelles, prennent des formes diverses et alternent entre structures légales, activisme de rue et réseaux d’influence institutionnelle. Il s’agit, par exemple, d’associations actives dans le soutien à la jeunesse, l’aide sociale ou la défense de droits humains. Des dentistes, médecins, informaticiens souvent d’origine iranienne et bien identifiés par la diaspora, se retrouvent à la tête d’ASBL chargées d’organiser des événements prétendument culturels ou religieux. Parmi les derniers faits en date, une commémoration initialement prévue dans des locaux situés à Molenbeek-Saint-Jean en hommage au guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué par un bombardement israélien le 28 février dernier en plein cœur de Téhéran.

Les réseaux chiites reliés à la République islamique d’Iran n’épargnent pas non plus la Belgique.

L’Afrique, pièce maîtresse de l’échiquier

En proie à de fortes instabilités internes et caractérisé par la présence d’une importante diaspora libanaise, le continent africain constitue un espace d’influence privilégié par la République islamique et sa créature le Hezbollah. Depuis quarante-sept ans, l’Iran y déploie et consolide des réseaux de financement illicite, capitalise sur les rivalités locales et procède à l’envoi de clercs chiites iraniens chargés de diffuser son idéologie. Le premier ancrage en Afrique subsaharienne s’opère au Nigeria par Ibrahim Zakzaky. Proche des Frères musulmans, il se convertit au chiisme dans le sillage de la révolution iranienne, avant de fonder le Mouvement islamique du Nigeria. La CIA relève par ailleurs la présence en Iran, dès les années 1980, de centaines d’étudiants originaires du Ghana, du Mali, de Mauritanie, du Niger ou encore du Sénégal.

Dans les années 1990, le Parti de Dieu renforce son emprise à mesure que la diaspora libanaise étend son implantation sur l’ensemble du continent. En Côte d’Ivoire, au Ghana, au Bénin, en Guinée, en Sierra Leone, en Angola ou en République démocratique du Congo, de puissantes familles d’origine libanaise sont suspectées de servir d’intermédiaires financiers au bénéfice du Hezbollah. Cette imbrication entre implantation économique et circuits financiers illicites est notamment documentée dans une enquête publiée par l’agence Reuters en 2013, qui met en évidence le rôle de la Lebanese Canadian Bank dans un vaste dispositif de blanchiment des revenus issus du trafic de drogue en provenance d’Afrique, dont « le Hezbollah a pu tirer des sommes substantielles ».

Les éléments attestant de l’implication du Hezbollah dans le trafic d’armes à l’échelle mondiale et l’exploitation de mouvements séparatistes en Afrique de l’Ouest se multiplient tout au long de la décennie 2010. Dans le port de Lagos, les autorités nigérianes saisissent un arsenal de guerre (composé notamment de roquettes d’artillerie et d’obus de mortier) dissimulé dans une dizaine de conteneurs étiquetés comme du matériel de construction. L’enquête révèle que ces armes, d’origine iranienne, proviennent du port de Bandar Abbas à destination de la rébellion du Casamance au Sénégal et la Gambie voisine, engageant directement des officiers de la force al-Qods des Gardiens de la révolution islamique.

Dans la foulée des projets d’attentats déjoués à l’encontre de civils israéliens durant l’année 2012, deux ressortissants iraniens sont arrêtés en possession de quinze kilos d’explosifs dissimulés dans un golf à Mombasa, au Kenya. Fidèle à la stratégie de l’ombre, Téhéran dément toute implication mais exerce des pressions diplomatiques pour obtenir, en vain, la libération des deux hommes condamnés à la prison à vie en 2013 pour « complot terroriste au profit de la force al-Qods ». Le soutien de la République islamique aux mouvances terroristes continentales gagne en effet l’Afrique de l’Est au milieu des années 2000. Dans des zones particulièrement instables, telles que la Somalie et l’Erythrée où opèrent les milices al-Shabaab affiliées à al-Qaïda, des réseaux de contrebande assurent la circulation de matériel militaire à destination des Houthis yéménites et du Hamas palestinien, deux partenaires stratégiques de l’Iran. Le Soudan occupe à cet égard une position centrale : des camps d’entraînement et des installations de production d’armement contrôlés par les Gardiens de la révolution sont identifiés autour du complexe militaro-industriel de Yarmouk à Khartoum, qui sera en partie détruit par des frappes attribuées à Israël en novembre 2012.

La coopération croissante entre les services de renseignement occidentaux et africains va permettre de démanteler des circuits de transferts de fonds depuis l’ensemble du continent vers le Liban. En mars 2022, la justice guinéenne ouvre une information judiciaire visant deux hommes d’affaires d’origine libanaise, soupçonnés de financer le Hezbollah par le biais de contributions religieuses (zekat), de pratiques d’extorsion et des réseaux économiques informels. L’un d’eux, Ibrahim Taher, est identifié par le Trésor américain comme « l’un des plus importants soutiens financiers du Hezbollah en Guinée », accusé d’user de « son statut de consul honoraire du Liban en Côte d’Ivoire pour entrer et sortir de Guinée avec un minimum de contrôle ». Selon une enquête du Monde publiée en octobre 2024, ces flux financiers s’inscrivent dans un ensemble plus large d’activités illicites reliant l’Afrique, l’Amérique latine et le Liban, incluant le blanchiment de capitaux, le crime organisé et les trafics de diamants, de véhicules, d’œuvres d’art et de contrefaçon. Ces réseaux hybrides mêlent activités légales (commerce, import-export) et pratiques criminelles, souvent facilitées par l’usage de sociétés-écrans et de complicités territoriales. Cet ancrage local leur confère une forte capacité de résilience et d’adaptation malgré des décennies de sanctions internationales.     

La République islamique, même affaiblie, continue de peser lourdement sur un échiquier mondial en pleine recomposition.

En s’infiltrant dans les vacuités intellectuelles, les défaillances politiques ou les précarités sociales, la République islamique, même affaiblie, continue de peser lourdement sur un échiquier mondial en pleine recomposition. Laissant entière la question de l’étendue de ses capacités d’actions à venir, autant que celle des pions encore en mesure d’entraver les trajectoires de ses fous destructeurs.

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