Forbes.be – Valère Burnon, comment vous est venue cette passion pour le piano ?
Valère Burnon – Quand j’avais cinq-six ans, on s’est rendu compte que je me débrouillais bien sur le clavier. Je reproduisais tout d’oreille sur un synthétiseur qu’on avait à la maison. Mes parents se sont donc dit « Ah, il faudrait quand même lui donner des cours ». Et ils ont eu du flair. Le piano a alors pris une place très importante dans ma vie et est même passé devant le violon, l’instrument que je voulais faire à la base. C’est ainsi que c’est devenu ma passion. De fil en aiguille, je suis arrivé au conservatoire de Huy, avant de rejoindre le Conservatoire royal de Liège, où j’ai effectué mon bachelier. J’ai également étudié un master en Allemagne, à Cologne, auprès de Florence Millet, puis j’ai fait trois ans d’études à Imola, en Italie. Depuis 2022, je suis artiste en résidence à la chapelle musicale Reine Elisabeth à Waterloo, ce qui a été une manière pour moi de boucler la boucle en revenant en Belgique et de me préparer activement au concours Reine Elisabeth.
– Pourquoi ce concours vous attirait-il tant ?
Ce fut une belle consécration de pouvoir y participer, surtout que cela s’est bien passé. C’était un rêve qui se réalisait pour moi.
– Il faut dire que le concours n’est pas consacré chaque année au piano…
– L’édition précédente avait eu lieu en 2021 et je sentais que c’était un peu tôt à ce moment-là. Je me suis donné quatre ans pour mieux me préparer. J’ai eu le temps de réfléchir à la manière dont j’allais articuler mon programme. Et, évidemment, en étant à la Chapelle, c’était certainement aussi le meilleur endroit possible pour pouvoir préparer le concours car le niveau d’enseignement et d’exigence y est très élevé.
– Comment avez-vous vécu votre participation au concours et l’emballement médiatique qui vous a entouré ?
– J’avais un peu anticipé cela car je sais bien comment ça se passe en général pour les candidats belges. Je sais que les médias s’affolent parfois. C’était chouette aussi qu’on parle de moi avant le concours parce que je sentais qu’il y avait quand même énormément de soutien. Durant le concours, j’ai ensuite senti ce soutien non seulement de la Wallonie, mais aussi de la Flandre, et qu’il évoluait au fur et à mesure que j’avançais dans la compétition. Évoluer à domicile, cela ajoute une pression. Mais je m’y étais donc bien préparé et je pense que j’étais d’ailleurs parmi les mieux préparés parmi tous les candidats, vu les attentes qu’il y avait sur moi. J’étais fier de représenter mon pays, qui plus est durant une épreuve belge, que je connaissais bien et où je savais que j’avais une vraie carte à jouer. J’ai essayé de jouer du piano de la meilleure manière possible, en me concentrant avant tout sur moi. Quand on se recentre sur soi, qu’on ne fait pas attention à plaire et qu’on essaie de prendre un maximum de plaisir, c’est là aussi une clé du succès. On prend le problème sous un autre angle. Et, évidemment, si les gens sont contents, c’est encore mieux.
– Que se passe-t-il une fois le concours terminé ?
– Dans un premier temps, ça ne s’arrête pas vraiment parce qu’il y a ensuite une tournée des lauréats. On pense erronément qu’on va avoir enfin le temps de se reposer. On a des réunions avec les orchestres avec lesquels on va devoir jouer pour les concerts des lauréats. Et puis il y a une tournée qui s’organise directement la semaine après le concours. On a l’impression d’être dans un cercle qui ne s’arrête jamais. Début juillet, j’ai tout de même pu faire une coupure et partir un peu à l’étranger me reposer. Je n’ai toutefois pas pu reprendre la vie d’avant. Cette aventure a complètement métamorphosé la manière dont mon agenda est constitué. Et c’est d’ailleurs aussi ce que je voulais: avoir pas mal de concerts et pouvoir jouer un peu partout. A ce niveau-là, l’objectif de me faire connaître en Belgique a donc été atteint. Et cela me permet aussi dorénavant de pouvoir vivre de ma musique, ce qui n’était pas le cas auparavant.
– Vous produisez-vous également à l’étranger ?
– Je savais que terminer « seulement » 3e du concours allait m’ouvrir moins de portes à l’étranger. Je n’ai pas eu énormément de concerts en dehors de la Belgique jusqu’à présent. Par contre, ici, ma carrière est lancée. Musicalement, je sais que j’y aurai toujours ma place. Ce serait toutefois bien de pouvoir s’internationaliser aussi. J’essaie dès lors de développer davantage de collaborations afin de me promouvoir à l’étranger. Mais ce n’est pas évident..; Peut-être devrais-je essayer de passer par un agent ou un manager pour booster ma visibilité à l’étranger.
– Et en Belgique, à quelle fréquence donnez-vous des concerts?
– Cela dépend. Il y a des périodes où j’en ai énormément, plusieurs jours d’affilée durant une semaine, et d’autres où c’est une fois par semaine. Depuis le concours (l’interview a eu lieu en février, NDLR), je dois avoir eu une cinquantaine ou une soixantaine de concerts, en comptant une pause durant l’été. En résumé, depuis septembre, ça ne s’arrête pas!
– Comment faites-vous pour garder votre visibilité, dans un milieu de la musique classique qui n’est pas connu de tous?
– Je ne pense pas qu’il faille non plus forcément connaître cette musique. Elle peut justement toucher tout le monde. Cette barrière que certains imaginent n’existe pas. J’ai parfois des gens qui viennent me voir et qui me disent qu’ils ont adoré ce que j’ai fait ou qu’ils ont adoré tel ou tel compositeur. Et je ne me serais jamais dit que ce compositeur aurait pu marquer des personnes qui ne connaissent pas la musique classique. On est parfois étonné de la manière dont la musique transcende.Déplacée ou démodée pour certains, elle aura toujours ce caractère universel car c’est la seule, je trouve, qui a vraiment ce côté “partage d’émotions”. Lorsqu’on se concentre là-dessus, la musique classique apporte une expérience unique car c’est avec elle qu’il y a le plus de notions de différence, parfois fortes, qui sont partagées. Des artistes qui jouent bien, vite et sans faute, il y en a plein. Mais ceux qui arrivent à capter, à captiver et à transmettre quelque chose d’un peu singulier et d’un peu inédit, ça c’est assez rare.
– Allez-vous sortir un disque ?
– Oui, j’ai un enregistrement de disque qui est prévu cette année-ci et qui sortira probablement fin 2026. Cela permet aussi une présence sur les plateformes de streaming et d’avoir une image de marque un peu partout. C’est aussi une manière de se promouvoir finalement. Je pense que c’est le bon moment pour le faire.
– Et cette distinction de Forbes 30 under 30, que vous a-t-elle apporté ?
– J’étais très content d’avoir été sélectionné. Ce n’est pas quelque chose à laquelle on s’attend en étant “seulement musicien classique”, qui est parfois un peu dans l’ombre ou à part. Cela fait plaisir d’avoir reçu cette reconnaissance, au milieu de grandes personnalités belges. Cela m’a permis d’avoir une belle visibilité et j’espère pouvoir garder cette visibilité et ce soutien par la suite.
– Pour finir, quel message donneriez-vous à des jeunes musiciens qui débutent dans la musique classique?
– Essayer de prendre du plaisir et ne pas se soucier de ce qu’on attend de soi. En général, quand on prend du plaisir soi-même, on le communique. Ce qui compte vraiment, c’est ce qu’on raconte et la passion que l’on dégage.
